Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

L’eau comme l’air sont des fluides impitoyables!

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En 1996, le Saguenay a constaté la force de l'eau.
L’eau fait partie du monde minéral et compte tenu de l’état dans lequel on la retrouve dans la très grande majorité des endroits du Système solaire, on peut dire que c’est sous forme de glace qu’elle est la plus courante. Sur Terre, H2O est ainsi en fait de la glace fondue, un oxyde en fusion, ni plus ni moins.

Par Ghislain Loiselle, blogueur

On peut aussi le qualifier de fluide, tout comme l’air. L’eau, aussi vitale que l’air, mais également mortelle comme peut l’être le vent soufflant et tourbillonant, est puissante, plus que l’air qui, on le sait, peut par sa force être lui-même très destructeur.

J’ai personnellement expérimenté la force de l’eau comme liquide extrêmement succionnant. Je n’ai jamais failli y laisser ma vie puisque c’était sous contrôle, sauf à une occasion où, ne connaissant pas ce qui m’attendait 250 mètres plus en aval, j’aurais pu, qui sait, mourir.

L’eau : rivière Jacques-Cartier, 2005

En 2005, à Shanon, près de Québec, je suis allé me baigner dans la rivière Jacques-Cartier, au pied du pont à une voie qu’on retrouve à cet endroit. J’ai fait le tour d’une petite île, au pied de la structure. Dans le sens du courant, j’ai parcouru la longueur de l’îlot en un temps record. De l’autre côté, en remontant le courant, bien que j’y mettais tous les efforts requis, et je suis assez bon nageur, je n’ai pu faire que du sur-place. Je restais toujours au même endroit. L’eau allait aussi vite que moi en sens contraire. J’ai alors regagné la rive de côté et j’ai marché pour rejoindre mon point de départ. L’eau, ça tire fort! Et il ne faut pas un si grand angle de descente pour voir agir la gravitation universelle, l’attraction vers le centre de la masse.

Bien qu’on vive à plein l’hiver, c’est sous sa forme liquide que l’eau nous réserve le plus souvent de mauvaises surprises.

L’eau : rivière Kipawa, 1978

En 1978, vêtu d’un  »wet suit » (habit de plongée sous-marine humide), de palmes, d’un masque et d’un tuba, j’ai descendu la rivière Kipawa depuis le barrage de la route 101 jusqu’à la halte routière située à l’est de Laniel. Nous étions un groupe. Il fallait aller à gauche, à un endroit donné, à cause d’une petite chute, localisée non loin. Moi et plusieurs autres étions du mauvais côté et avons été entraînés dans la fameuse chute qui n’était pas très haute. J’y ai laissé une palme. Un collègue s’est fait déchirer son costume de la hanche jusqu’à la cheville. Un autre s’est frotté la tête contre un rocher dans la descente. Il saignait. Mais personne n’est mort et il n’y a pas vraiment eu de blessés.

L’eau : rivière Outaouais, 1983

En 1983, lors de ma première vraie expédition de canot – je me trouvais avec mon frère Luc – nous avons appris la noyade d’un Américain de 16 ans dont la chaloupe avait été entraînée dans les rapides de l’Esturgeon suite à un arrêt du moteur hors-bord.

L’eau : rivière Kipawa, 1985

En 1985, avec des membres d’un club de plongée sous-marine de Rouyn-Noranda, j’ai redescendu la même rivière Kipawa de cinq ans plus tôt et tout le monde s’est retrouvé coincé sur un îlot alors que, moi, je me suis heureusement retrouvé sur la rive droite. Pourquoi? Parce que j’étais sûr que le prochain obstacle était la chute de 1978 et je ne voulais pas y tomber une deuxième fois. Ça ne l’était pas, mais il s’agissait néanmoins d’une bonne dénivellation qui ne se révélait qu’une fois rendu dedans. Je m’étais accroché à une roche afin de monter sur le bord pour longer plutôt la rive. J’avais beau mettre tous les efforts pour monter, l’eau me tirait comme s’il c’était agi de mercure.

L’eau me semblait comme telle, visqueuse, massive. Elle était comme une bête monstrueuse qui me voulait et m’aspirait. Finalement, en tirant sur ma roche, je n’avais d’autre choix que d’envoyer ma tête vers l’arrière et j’aspirais alors de l’eau par mon tuba. Au bout d’un moment, j’ai lâché prise et j’ai été entraîné dans le même courant que mes confrères et consœurs. Sauf que, moi, j’étais du bon bord, non prisonnier d’une petite île au milieu avec la chute non loin. Tout le monde est finalement venu me rejoindre en suivant mon conseil de traverser nettement transversalement. Un seul est passé dans la chute. Il n’a rien eu en bout de ligne. L’eau était assez haute. Le danger, en pareil cas, c’est de rester un pied ou une jambe pris entre deux roches et de se noyer ainsi piégé.

L’eau : chute Dorwin

J’avais été un peu troublé, en 2012, en apprenant le décès au début de l’été d’une jeune mariée qui avait voulu se faire photographier dans l’eau d’une rivière, un peu avant la chute Dorwin, à Rawdon. Sa robe toute trempée et ainsi alourdie avait alors été entraînée dans le courant et elle avec, piégée dans son vêtement qui se voulait celui du bonheur. Sa robe aura été celle de son malheur. Dramatique! On aurait voulu imaginer scène plus horrible qu’on n’en aurait pas été capable. La réalité dépassait la fiction.

L’eau : Témiscamingue et Abitibi

Après ma séparation en 2007, j’ai brièvement fréquenté deux femmes dont les conjoints s’étaient noyés, un dans la Grande Chute à Laniel, au Témiscamingue, l’autre dans des rapides à Matagami, en Abitibi. Le premier s’était baigné en haut de la chute et avait été entraîné dans celle-ci. L’autre avait plongé de la chaloupe à bord de laquelle il pêchait quand cette dernière avait été tirée par le courant d’une rivière dans lequel il s’était trop avancé. Il s’était alors malencontreusement enroulé un pied dans la corde de l’ancre du bateau qui l’avait entraîné par le fond.

L’eau : lac Témiscamingue

La tragédie du lac Témiscamingue, à la fin du printemps 1978, où 12 adolescents et un jeune adulte s’étaient noyés, a aussi montré comment soeur l’eau est un fluide puissant, malléable sous la puissance de son frère le vent, et sans pitié l’un comme l’autre puisqu’ils sont sans vie, bien que l’imitant parce que se mouvant.

Tout cela pour dire qu’il faut se méfier des éléments, eux qui ne répondent qu’aux lois de la physique et de la chimie. On peut les utiliser, mais avec beaucoup de discernement.