Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

Quelle est la profondeur du lac Témiscamingue?

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Cette image en trois dimensions du lac Témiscamingue avec le nord exceptionnellement à gauche nous montre, en bleu, l'endroit le plus profond de cette fosse tectonique, au nord de la pointe Mc Martin.

Le lac Témiscamingue, frontière naturelle entre le Québec et l’Ontario, cet imposant élargissement de la rivière Outaouais, véritable mer intérieure à 180 mètres d’altitude au-dessus du niveau moyen des océans, possède une superficie de 306 kilomètres carrés, une largeur maximale de 9 kilomètres et une longueur de 108 kilomètres.

Par Ghislain Loiselle, blogueur

C’est ce que publie la Commission de toponymie du Québec sur ce plan d’eau majeur, mais pas un mot sur sa profondeur.

Pourtant, Témiscamingue, qui dérive de l’algonquin  »timiskaming, de timi (creux, profond), de kami (lac, étendue d’eau) et de ing, au… est un nom qui signifie  »au lac profond ». Cela, la CTQ l’écrit. Mais quelle est sa profondeur, nom de Dieu?

Dans le volume relativement récent Histoire de l’Abitibi-Témiscamingue, pas un mot sur la profondeur du lac Témiscamingue, bien qu’on traite de cette nappe d’eau à de multiples reprises.

Wikipédia, sur Internet, fait état d’une profondeur moyenne de 120 mètres, mais ne dit pas un mot sur là où c’est le plus creux.

Nord de l’Ontario, Canada, vouée à la promotion du Temiscaming ontarien, avance, sur le net, le chiffre de 200 mètres ou 700 pieds, pour sa profondeur maximum.

366 mètres?

Enfin, dans son livre Notes historiques sur le Témiscamingue (1937), Augustin Chénier écrit que  »le lac Témiscamingue atteint, à certains endroits, des profondeurs énormes; ainsi à quelques milles de sa source, des sondes de 1200 pieds (ce qui correspond à 366 mètres) n’ont pu atteindre le fond ». Il souligne aussi :  »D’ailleurs, il doit son nom à cette étonnante profondeur. En langue sauvage,  »témi » signifie profond et  »gami » ou  »kami », étendue d’eau. »

Plus de 1200 pieds, est-ce réel? La sonde peut-elle avoir été transportée par le courant, adoptant un angle, s’éloignant de la verticale? J’ai personnellement plongé dans la rivière Outaouais et, au fond du cours d’eau, le fluide liquide est très tirant, très fort, beaucoup plus qu’à la surface.

Le lac Témiscamingue atteint 209 mètres!

Finalement, pour mettre fin au suspense, pour conclure qui est le plus près de la vérité, je publie aujourd’hui des données du Service hydrographique de Pêches et Océans Canada apparaissant sur une carte du lac Témiscamingue produite en 2004 et toujours valable aujourd’hui : 209 mètres! Telle est la profondeur maximale que je vois apparaître, ceci à 46 degrés, 57 minutes de latitude Nord et à 79 degrés, 20 minutes de longitude Ouest. La conversion donne 686 pieds. C’est profond, aucun doute à cet égard. Légèrement plus bas que ce point, j’aperçois 208 mètres, puis 205 mètres. Il n’y a pas d’endroits plus profond. C’est au sud du  »Grand Campment Bay » (côté ontarien) et, du côté québécois, c’est à la hauteur de l’ancienne station ferroviaire Tabaret, dans le canton du même nom. Plus à l’est, on retrouve l’île McKenzie, sur le lac Kipawa. Si ces repères en plus des coordonnées peuvent vous donner une idée de l’endroit où le lac Témiscamingue est le plus profond, tant mieux. C’est beaucoup plus au nord qu’Opémican.

Il va sans dire que les hautes falaises du lac Témiscamingue constituent un bon indice de sa grande profondeur.

Un tiers de kilomètre?

Ceci étant dit, la profondeur de 366 mètres rapportés par M. Chénier, dans son bouquin, il y a plus de 80 ans, était un tiers trop généreuse. Il faut toutefois souligner qu’à l’instar du cratère du Nouveau Québec, qui est beaucoup plus profond qu’il n’en paraît, une bonne quantité de sédiments ont recouvert le fond du lac Témiscamingue, depuis la fin de la glaciation du Wisconsin. Aussi, le vrai fond de la fosse tectonique témiscamienne, dans laquelle la rivière Outaouais a incorporé son cours, pourrait-il effectivement s’approcher du tiers de kilomètre de Chénier? Si tel est le cas, son chiffre serait accidentellement le bon, car il a bien dit que la sonde n’avait jamais atteint le fond… S’il peut s’être accumulé 300 mètres de rhyolite (poussière cosmique) sur la Lune sur des millions d’années, peut-il s’être déposé autant de particules minérales au fond du lac Profond en  »seulement » 20 000 ans? Qui sait!

En tout cas, de nombreuses excavations ici et là en région ont révélé sur de grandes épaisseurs des varves montrant la succession des saisons, les plus épaisses ayant été constituées en été, ceci pendant des centaines, voire des milliers d’années. On est en pleine cyclostratigraphie. Aussi, on peut voir sur certaines rives du lac Simard une impressionnante épaisseur de glaise remontant à la dernière époque glaciaire. Aussi, le lac Témiscamingue a vécu plus qu’une glaciation, puisqu’il s’agit d’une cassure dans l’écorce terrestre qui remonte à bien plus que plusieurs centaines de milliers d’années. On peut sans doute parler de millions. Aussi, il en a coulé de l’eau, par cet évacuateur de crue, de 100 000 ans en 100 000 ans!