Chasseur de mines abandonnées

J’aimerai vous partager une passion très marginale, mais pour de bonne raisons. Je m’appelle Jérôme Gemme, 26 ans et je suis chasseur de mines abandonnées aux Québec et anciens mineurs Abitibiens.

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Jérôme Gemme (Photo gracieuseté Mélynda Côté)

 

Gare à ceux qui ont des pensées quelconques, de les garder pour vous même. Il s’agit d’une activité très dangereuse et je suis pas responsable de quoi que ce soit. Écoutez ce que j’ai à dire plutôt!DSC_0087

Après ceux qui escaladent sans cordes, les explorateurs urbain téméraires dans le métro de Montréal, les cascadeurs ou même un clown! Ils y a une poignée de gens à travers le monde qui exercent le plaisir de descendre sous-terre en quête d’aventures et d’histoires méconnues du public, pour immortaliser et préserver un passé glorieux ou rempli d’échec. Extrémiste? Illégal? C’est ce que nous allons démystifier plus bas!

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Qu’est-ce que un chasseur de mine?                                        

Un chasseur de mine est un adepte du monde souterrain très différent d’un spéléologue des cavernes. Parfois il est doté d’une personnalité quelque peu hors du commun ou parfois une personne comme les autres. Cette passion relie plusieurs points clé qui font en sorte que cela est pour un but unique, voir élémentaire dans la préservation d’un passé très souvent oublié.

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Il joue le rôle du prospecteur-géologue, du photographe, de l’archéologue industriel et voir même de l’arpenteur et plus rarement du mineur. Sa passion est peu prisé, elle est vu comme très tabou selon les dires du public en général.

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Mais le sentiment de cette obscurité complète, de la profondeur, de ce silence qui règne dans les galeries souterraines et des odeurs parfois funestes, sont le carburant et le mode de vie d’un vrai chasseur.

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Car le fruit de tout ces travaux mène en ligne de compte, à une information que personne n’a pu acquérir et ce, parfois en plus de 160 ans d’histoire. C’est un sentiment très personnel et unique d’avoir eu une opportunité d’être présent en ces lieux.

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Le chasseur n’as pas que le sous-terre comme focus, il fréquente aussi les sites miniers de surface avec comme équipement un simple détecteur de métal et un marteau de prospecteur, dans l’espoir de déterrer quelque choses d’unique soit ; un lingot de cuivre brut de l’époque de la guerre de sécession américaine par exemple!

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Ou bien retrouver les vestiges d’un ancien bâtiment minier, le solage d’une maison de compagnie avec qui sait, un trésor!

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Pourquoi les mines?

Le Canada a une riche histoire minière remontant à l’époque des premiers colons, voir même des amérindiens, les mines ont étés le pilier qui as fait grandir l’industrie minérale au pays. Sans ces ressources on aurais pas eu un développement aussi rapide, le cuivre étant si utile, l’or pour la richesse et maintenant nous faisons face aux terres rares, minéraux de l’avenir.

Mais qu’est-ce qui en est de nos ancêtres qui ont travailler dans ces mines? Quelques musées sont là pour s’en rappeler, après tout, ont as quand même démolis et piller les fameux chevalements et installations étant des monolithes qui étaient bien visible aux dessus de la forêt. Un symbole nous rappelant que des gens ont donnés de leur vie à creuser pour gagner quelques dollars par jours.

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La vision de la société d’aujourd’hui, voit comme les anciennes mines, des pollueurs, des minières qui ont ramassées la crème et rien versées en dédommagement. Pourtant les gens gagnaient bien leur vie face à cette industrie qui était fleurissante et si profitable pour les gens locaux et parfois même des immigrants provenant d’Europe en quête d’un meilleur avenir.

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Et pourtant cette industrie, nous l’avons quand même perdu. Enfin presque, les sites sont nivelés, les puits et bâtiments.. démolis avec le symbolique couvert de béton avec une petite plaque en métal expliquant brièvement le nom de la mine et sa date de sécurisation.

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Ou remblayé complètement sous un amas de roches, perdus à tout jamais sous des millions de litres d’eau, des galeries, des vestiges désormais noyés par l’inconscience.

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Pourquoi explorer les mines? Tenter de rappeler aux gens, aux travers les photos historique, artefacts, photos d’expéditions ou peu importe! Ce qu’on a oublié, remettre le jadis à jour!

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Que fait tu exactement?

Cela fait maintenant 11 ans que j’exerce cette passion. J’ai commencé à l’âge 15 ans après que mon père m’ait fait visiter le musée minier Capelton en Estrie.

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C’était naturel pour moi d’être sous-terre ce jour là. Suite à ça, j’ai fouillé sur le net, par curiosité de savoir s’il y avait des mines abandonnées. Je suis donc tombé sur un site de chasseurs de mines Européen avec des photos saisissantes à un point tel que je savais déjà que c’était naturel de choisir cette voie.

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Restant sur la rive-sud de Montréal je ne pouvais pas vraiment profiter de cela, je me suis racheté dans l’exploration de conduites de drains pluviaux et l’exploration urbaine de bâtiments abandonnés en pleine métropole entre autre l’ancienne brasserie Dow, Canada Malting, Silo No.5, en recherche du sentiment d’obscurité.

Ce n’est qu’à mes 18 ans que j’ai eu mon premier véhicule, c’est a ce moment que ça a explosé. À explorer des mines, majoritairement seul avec un équipement de base, c’était jouer avec le feu, mais j’avais un instinct de sécurité après tout, je ne voulais pas me faire mal donc je descendais avec jugement et j’allais pas trop loin sous-terre. Je prenais 10 000 photos et les sentiments à chaque sortie ont été des moments mémorable dans ma vie de jeune adulte, imprégnés littéralement dans l’esprit.

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A 20 ans je ne voulais pas en rester à ça. Je me suis enrôlé à l’école national des mines à Val-D’Or pour compléter avec un grand succès le DEP en extraction de minerais. J’ai fais presque tout les métiers de la mine dont ; Mineur, Opérateur, etc. J’ai acquis beaucoup d’expérience, mais bon, j’ai reçu sur la gueule deux fermetures consécutives, la mine Géant Dormant et la mine Francoeur. Le prix de l’or ayant chuté j’ai dû délaisser le domaine minier par faute d’emplois dans une autres mine,  perdu une stabilité et perdu tout mes biens et en terminer avec une sauvage dépression..

La nostalgie de la fièrté du mineur est toujours omniprésente et l’espoir d’y retourner gagner ma vie en serait un honneur.

J’ai toutefois préservé la passion première, la chasse de mines désaffectées. J’ai continué de mon plein gré à explorer, mais avec une approche différence, celle de rentabiliser cette activité. Les documents historiques, les photos devenues plus accessible, l’acquisition du permis de prospecteur, la connaissance des minerais et la géologie ont changés le cap sur ma vision des choses. Après tout, les sites sont presque tous restaurés, sécurisés et scellés. Ils m’ont bien forcé de changer le mode exploratoire et de minimiser les descentes sous-terre. La conscience et les responsabilités ont bel et bien changées, le temps de l’extrémisme est loin derrière!

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Seul les photos en sont les souvenirs saisissants. Suis-je devenu prospecteur minier à présent? Je dirais que oui, mais également historien par les mémoires. Je ramasse ici et là des spécimens minéraux, je cherche des reliques à la surface aux détecteurs de métaux, je lis attentivement les rapports historiques et complète les endroits de cette manière.

As-tu le droit?

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La grosse question! Dans le passé, je me demandais toujours si j’avais le droit, ça arrivait parfois d’entendre un coup de carabine en me demandant si je n’allais pas me faire tirer dessus..! À 26 ans, je crois que la conscience est la meilleure amie!

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Le permis de prospecteur permet de prospecter les sites, tant qu’il ne sont pas sous « Claim » par un autre ou dans un périmètre urbanisé. Du fait même que les propriétaires de terrains de surface n’ont pas le droit d’interdire à quelqu’un de prospecter un ancien site minier avant d’y apposer sont claim minier, lui donnant le droit d’accès au sous-sol.DSC_0236-2

Il y a une certaine flexibilité sur le plan gouvernemental, exigeant maintenant à toute compagnie, la responsabilité de sceller les ouvertures et démolir toute les infrastructures de surface. Cela va de soi, les anciens sites qui ont échappés aux bulldozers sont encore des sites riches en histoire.

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En Abitibi, les mines sont partout, scellées bien sûr. Nous pouvons facilement prendre une marche sur le site tout bonnement. Les collectionneurs de minéraux aiment bien fréquenter ces endroits, mais en Estrie c’est une autre paire de manches. Les terrains miniers sont légués à des promoteurs immobiliers prêts à bâtir une maison, un pâté de condos directement sur ces sites et tout ça pour faire la piastre! Ou bien quelqu’un a simplement décidé de se bâtir assez près que se serait de l’introduction par infraction s’y approcher. C’est pitoyable. Dans ces cas, une permission est nécessaire pour pouvoir visiter un site quelconque.

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Il arrive parfois que des sites ont été oubliés par le ministère et ils poserait un certains danger. Parfois, un simple puits de quelques mètres de profondeur, rien de palpitant, mais toutefois j’archive l’endroit et si nécessaire, je fais venir un des agents des ressources naturelles pour venir y faire une restauration. Il y a des bons coups à être responsable.

C’est risqué?

Oui! C’est très risqué lorsqu’on pense qu’à une certaine époque on utilisait aucuns moyens de soutènement pour garder les galeries stables, bien qu’il dynamitait à la poudre à canon, le plan de fracture n’étant pas le même, les parois se tenaient très bien, malgré la répartition de pression du toit des galeries beaucoup plus saine qu’aujourd’hui avec les gros sautage, il y a toujours risque d’effondrement.

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Il y a d’ailleurs un risque d’empoisonnement aux Monoxyde de Carbone, comme certains endroits, le monde aime bien partir des feux pour aucune raison! Également le manque d’oxygène, plus rare et graduel est un danger. Mais le pire de tout est le Sulfure d’hydrogène (H2S). C’est un gaz qui s’accumule par la pourriture du boisage sous-terre en particulier, elle laisse une odeur âcres d’œuf pourris, et peut bien être fatal en forte concentration s’il y a aucune ventilation naturelle.

Pour ceux qui pensent aux coups de grisou (poche de méthane) ce n’est que dans les mines de charbon qu’il y a ce risque ou dans les plans de failles dans les mines ultra-profonde comme à la Mine Laronde en Abitibi. Concernant le risque de chute, c’est le risque selon moi, à une certaine époque, les mineurs suivaient des plans de veines sans nécessairement faire de belles galeries droites. Il arrivait qu’ils dirigeaient les minerais au travers des ouvertures de manière aléatoire. Parfois elles sont comblées d’un simple plancher en bois (bulkhead) maintenant pourris avec un peu de roches, devenant un piège fatal pour celui qui met le pied dessus. Les roches branlantes sont aussi un risque très grave. Il suffit parfois d’un simple déplacement d’air, de parler trop fort pour qu’un effondrement se produise. Et les explosifs oubliés sont un autre de ces risques. Sensibilisés avec le temps, peuvent devenir très dangereux. C’est loin d’être une promenade du dimanche ou d’une marche en montagne. c’est un risque bien réel. Même des gens expérimentés y ont déjà laissés leur vie dans d’autres mines dans le monde. Pour ma part c’est chose du passé. Un risque inutile maintenant.

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Est-ce qu’il y a d’autres chasseurs?

Évidemment, je ne suis pas le seul! Au Québec, je dirais que ceux qui en font sont de simple amateurs en quête d’adrénaline, des gens qui osent s’y aventurer avec leur VTT dans les ouvertures. Moi pour ma part c’était pour une bonne raisons. Il y a plusieurs organismes à travers le monde qui exercent ce genre d’activité, pour la préservation du patrimoine, mais surtout pour faire connaître au public l’histoire qu’on a parfois mise trop de côté. Ici s’est vu comme de l’extrémiste  alors c’est à voir si un jour ça sera mis en valeur, puisqu’il y a moyen d’en faire un attrait pour les générations futures. Mais chaque année il y a des chasseurs qui se blessent, se perdent et même se tuent dans cette activité et ce à travers le monde.

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Dans le passé, au Québec. Il y avait déjà eut des groupes de chasseurs très sérieux au tournant des année 50 et plus tard dans les années 80. Maintenant c’est des directeurs d’entreprises de sauvetages dans les mines et dans sa généralité et d’autres sont devenus gérants de musées miniers et voir même médecins! Ma génération est selon moi la dernière existante qui prend cela avec cœur. Les mines intéressantes sont scellées l’une après l’autre, c’est une activité en déclin. Il est d’ailleurs illégal de désobstruer une dalle de béton, de creuser pour y en avoir l’accès. Toute personne tentant de désobstruer est passible d’une amende! À l’époque les sites étaient plus ou moins scellés et la réglementation était presque nulle, il y avait encore un certain jeu, ce qui n’est plus le cas maintenant. Toutefois il est nécessaire de garder le cap sur le plan historique sur lequel je me démarque, après tout!

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Est-ce qu’il y a un futur?

Selon moi il y aura toujours un futur, les excavations sont faites, simplement noyées par le temps. Il y aura toujours place à une réouverture de mine ou bien alors une revitalisation d’un site minier historique dans le but précis de conserver la mémoire de ce passé minier! Gardons espoir!

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Conclusion

Les mines nous ont tant inspirées l’histoire de ceux qui ont travaillés de leurs bras, fait vivre leur famille pour une bouché de pain, de grands chevalements glorieux signifiant la richesse de notre sous-sol québécois. Les mémoires de ces familles subsistent toujours et bien que ces sites n’existent plus, elles sont bien présentent milles lieux sous-terre! Peut être sous l’eau, peut être effondrées, elle auront servit à faire virer l’économie dans les grands booms miniers, les dépressions, les guerres. Il serait bien qu’on ne les oublies pas, pas sur le plan négatif qu’on s’acharne tant, mais plutôt du courage de ces gens qui ont travaillés aux fleurets et à la masse dans des conditions lamentables.

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Depuis le tout début des mines exploitées industriellement en Estrie-Beauce au tournant des année 1850, jugé Sherbrooke étant le berceau des mines aux canada, en remontant droit vers le nord, le Nickel de Sudbury, l’Argent de Cobalt, aa découverte de la mine Horne à Rouyn-Noranda, de la Vallée de l’Or d’Abitibi dans les années 1920 et jusque dans les confins du nord du Québec en quête de  nouveaux minerais et de l’or qui coulent dans nos veines, nous québécois.

Je vous dis merci de votre patience face à cette lecture! Les mines abandonnées sont dangereuses, tenez vous à l’écart je vous en donne ma parole!

Un vidéo d’un de mes camarades américain, l’exemple parfait: https://www.youtube.com/watch?v=fNtnVFKDBIQ

Jerome Acton Drilling

Merci!

Jérôme Gemme

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