Quand la rumeur se veut vérité

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Jeune policier dans les années 70, mon professeur d’entrevues et enquêtes criminelles, le capitaine Gorges Gimkas nous répétait ad nauseam: questionnez-vous, ne prenez pas pour acquis votre raisonnement sur l’enquête, vérifiez votre hypothèse deux fois plutôt qu’une, vous avez la vie d’un être humain entre vos mains. Et… en anglais dans le mot «assume», il y a le mot  »ass ». Ainsi, ce mentor nous forçait à réfléchir et à ne pas tenir pour acquise la première hypothèse élaborée.

Et de l’autre côté, un autre de mes professeurs, lui aussi capitaine, enseignant «Fonction et organisation de la police» disait clairement: «il faut savoir démontrer un semblant d’efficacité. Si vous savez qu’il est mort, continuez à prodiguer les soins, des gens vous regardent, montrez que vous faites quelque chose.» Donc, frimer pour la galerie et vendre du vent.

Il semble que depuis quelques années, plusieurs membres du SPVM, mon ex-département de police, aient décidé d’adopter le semblant d’efficacité et la paresse intellectuelle comme façon de travailler. Pire, le carriérisme à outrance, le mensonge et la veulerie.

Dans les dernières années, il y a eu le cas du sergent détective Mario Lambert, un enquêteur solide et intègre, un enquêteur aux multiples sources d’information, qui après cinq années d’âpres luttes, fut blanchi de toutes les accusations portées contre lui. L’homme et sa famille auront passé par des moments terribles. Pour ceux qui ne s’en souviennent pas: Costa Labos un officier supérieur responsable des affaires internes, tentera de cacher une information disculpant totalement Le S/D Lambert. Finalement, le département de police sera déculotté de belle façon et la ville en viendra à une entente secrète et lucrative avec lui. Mais, quelle perte pour le département de police…

Puis, il y aura tout dernièrement l’affaire Lagacé ou un enquêteur a pour le moins, coupé les coins ronds, fait des rapprochements douteux et obtenu des mandats avec du vent et beaucoup d’air soufflé. Il y a celle des quatre policiers arrêtés qui va se terminer elle aussi par peu de choses.

Il y a maintenant l’enquête et les accusations du sergent André Thibodeau, un super contrôleur de sources, qui après deux années d’opprobre, de salissage apportant un lot d’anxiété intolérable, se terminent par le retrait de toutes les accusations. Les procureurs qui étaient méprisants et inaccessibles, croyaient sans vérifier les dires des enquêteurs. Puis, d’un coup, ayant réalisé à la lecture des mandants toute la créativité et le manque de professionnalisme de ceux qui les avaient écrits, n’eurent d’autre choix que de laisser tomber l’affaire. Donc 78 mandats sous scellé et plouf…! Rien à déclarer. 130 policiers pour l’arrestation de dix personnes, deux équipes de SWAT, la filature et tout ça pour strictement rien. Savez-vous combien ça coûte? Des centaines de milliers de dollars.

Le problème est que tout part d’un ballon gonflé à l’hélium et, croyez-moi, je l’ai vu souvent dans ma carrière.

Nous pourrions intituler cette enquête : «Les folles rumeurs». Car c’est à partir de ragots et de spéculations totalement farfelues, que des enquêteurs ont bâclé une enquête qui n’aurait pas même dû remplir une page d’un rapport. Mais voilà, on en fera des caisses de papier. Il y aura des arrestations avec SWAT, des perquisitions à la tonne, des saisies de documents et même l’ordinateur du fils autiste d’André Thibodeau y passera. Le problème est que tout part d’un ballon gonflé à l’hélium et, croyez-moi, je l’ai vu souvent dans ma carrière. Une idée préconçue, une mauvaise perception, une petite ambition personnelle font qu’un flic honnête et surtout compétent devient un ripou aux yeux de tous et même de hauts dirigeants de la Fraternité.

Maintenant que tout est fini, alors, comme pour Mario Lambert, il restera les dommages collatéraux. Le sergent Thibodeau et sa famille ont vécu ce qui ressemble à un crash d’avion, oui… 13 jours de détentions, des menaces pas même voilées, une caution de 25 000$ plus une garantie sur la maison. Plus de travail, une bataille pour une pension réduite, une famille en miettes. Une réputation défaite à jamais.

Puis, d’autres dégâts: des procès importants où ce policier intègre devait témoigner. Sept bandits remis en liberté, faute de son témoignage. La perte d’informations vitales pour le département de police, la perte d’amis policiers et je sais par expérience que ça ne va pas s’arrêter là. Les rumeurs ont la vie dure, des gens disant savoir continueront à colporter des calomnies. C’est arrivé à mon ami Allan Gosset , souvenez-vous de la phrase malheureuse de cet ex-capitaine ivre dans une soirée: «je vais te montrer comment on tue un nègre». Allan en aura souffert tout au long du procès. Ça m’est arrivé ainsi qu’à mon partenaire, c’est arrivé à Mario Lambert et ça ne va pas s’arrêter.

Quand les rumeurs restent des rumeurs, ce n’est pas joli, mais peu dangereux. Mais quand des enquêteurs s’en emparent et voient l’opportunité de plaire aux patrons ou de tout simplement grimper les échelons, c’est criminel. Tout ce que je peux espérer est que ceux qui ont monté cette mascarade soient un jour sévèrement punis. En attendant, la ville devra encore une fois débourser probablement dans les sept chiffres, pour acheter la paix et le silence. Soyez assuré que le directorat est en réunion cette semaine. Philippe Pichet risque de perdre encore plus de cheveux.

Honte à vous, les manipulateurs et honte à ceux qui croient sans se poser de questions. Je ne sais pas ce qui est pire… calomnier ou croire sans vérifier.

Il y a autre chose. Les médias… Trois pages sur les arrestations et un entrefilet sur l’arrêt des procédures. Il aurait été sage d’en faire plus, mais bien sûr, c’est moins vendeur.

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