Jean Bottari est préposé aux bénéficiaires depuis 30 ans dans un centre de réadaptation physique. Il a aussi été impliqué dans le monde syndical au sein d’une organisation qui représente majoritairement des personnes œuvrant en santé. Avec ces deux emplois, Jean a donc été en mesure de constater à quel point notre réseau de la santé et notre gouvernement – tous partis confondus – n’accordent pas ou peu d’importance aux sort réservé aux aînés vivant en CHSLD ou en résidence privée, et ce malgré leurs promesses. Des dizaines de ses lettres d’opinions ont été publiées dans divers journaux.

La mafia et moi

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Jean Bottari

Plus jeune je travaillais dans la restauration. Il y avait parmi les nombreux clients, des boxeurs, des promoteurs, des animateurs radio ainsi que des personnes connues pour d’autres raisons. On voyait souvent ces personnes aux nouvelles. Ils ont même été les vedettes d’une certaine commission. Et oui la commission Charbonneau n’est pas la première et ne sera probablement pas la dernière a faire comparaitre les présumés criminels.

Un homme venait régulièrement. Il n’était jamais seul. Il avait une démarche particulière, une voix rauque et semblait avoir une raideur au cou. Les cheveux blancs et toujours tiré à quatre épingles. L’homme était poli mais sans plus. Sa conversation avec moi se limitait à commander son repas. Ce monsieur à qui tous vouaient un grand respect était nul autre que Vincent Cotroni, présumé parrain de la mafia calabraise de Montréal.

Un soir c’est la consternation dans la cuisine. On annonce à la radio qu’un certain Paolo Violi à été abattu dans son commerce de la rue Jean-Talon.

Les semaines et les mois passent. Monsieur Cotroni et ses amis ne se pointeraient plus au restaurant.

Plusieurs années plus tard alors que je travaille ailleurs et tout a fait par hasard ce boulot a fait en sorte que j’ai connu un homme, un septuagénaire. L’homme pas très grand, les cheveux noir corbeau et toujours bien mis aimait bien parler. Lorsqu’il a appris que j’étais moi aussi Italien il me jasait de sa ville natale Cattolica Eraclea. Mais aussi et surtout de son séjour au Venezuela où il disait posséder encore des propriétés. Il me racontait combien il aimait ce pays et le plaisir qu’il y avait eu. Ses yeux s’illuminaient et il parlait de longues minutes de ce pays qu’il considérait presque sien.

J’ai un défaut. Je fume la cigarette. Un soir alors que j’étais en pause et en grille une, un homme s’en allume une lui aussi à côté de moi. Il me dit bonsoir en français. Je le reconnais. Non pas que je l’ai déjà côtoyer. Non mais je l’ai déjà vu à la télé, aux bulletins de nouvelles. Je lui adresse donc moi aussi un «buona sera». Constatant que je parle la même langue que lui, l’homme mince et grand engage lui aussi la conversation. Nous parlons de tout et de rien. J’apprends qu’il est le fils du septuagénaire qui affectionne tant le Venezuela.

Chaque soir que je travaillais l’homme plus âgé et son fils m’ont parlé. Toujours respectueux et polis les deux hommes et moi avons conversé et fumé ensemble. Je ne les ai jamais plus revus en personne depuis.

Un soir en regardant les nouvelles j’apprends que le plus âgés des deux est mort. On lui a tiré une balle dans la tête.

Je sais que ce vielle homme n’était pas un saint, loin de la. Mais croyez-le ou non il m’aura fallu deux jours afin de ne plus penser à la façon tragique dont il est mort dans sa cuisine devant sa femme et sa fille.

Son fils est mort lui aussi. Lui est mort de causes naturelles après avoir purgé une peine de prison aux États-Unis.