LA RÉCIDIVE AU QUÉBEC : LES STATISTIQUES NE SONT QU’ILLUSION

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Sénateur Pierre-Hugues Boisvenu

Pour faire suite à mon article de la semaine dernière dans lequel je commentais l’état lamentable de la justice au Québec, je poursuis cette semaine avec la récidive et la réincarcération.

Au Canada, année après année, et ce, depuis plus de trois décennies, le discours mené par Juristat (Source de Statistiques Canada) entourant la récidive s’empêtre de courbes statistiques tentant à démontrer qu’à travers les programmes correctionnels, le taux de récidive demeure en baisse constante alors qu’à peine 31% des crimes sont rapportés à la police.

Des chiffres bien inférieurs aux tableaux officiels puisqu’aucune courbe statistique n’ose tenir compte de ceux et celles qui furent condamnés à des peines en Cour de la Jeunesse, en Cour municipale ou à des sentences inférieures à 2 ans moins un jour étant peine de prison et donc sous juridiction provinciale. Ces données n’apparaissent jamais dans les statistiques officielles sur la récidive, celles-ci ne concernant que les détenus fédéraux (peines de 2 ans plus 1 jour jusqu’à perpétuité).

Selon la vérificatrice du Québec dans un rapport rendu public à l’automne 2016, elle constate l’échec des programmes de réinsertion sociale au Québec. Faut-il rappeler que selon le ministère de la Sécurité publique du Québec, les premières données sur la récidive rendues publiques en 2016, sont de l’ordre du taux à 54%. Selon Yves Thériault, auteur du livre « Tout le monde dehors » publié en 2005, le nombre de séjours d’un criminel dans une prison québécoise est de 8 fois.

Voilà le type d’informations que beaucoup préfèrent taire ou ignorer par peur de scandale sur la dépense des impôts des citoyens.

Coûts pour le fédéral : 2,5 milliards

Coûts pour le Québec : 350 millions

Leur interprétation des statistiques est effectuée au seul regard des infractions déclarées aux forces de l’ordre et du faible taux de résolution, lequel varie selon le type de crimes, des priorités politiques du moment et ceux jugés moins importants sur le plan médiatique. Pour ne prendre que quelques exemples parmi d’autres, entre 2000 et 2010, seuls 42% des homicides perpétrés par des bandes criminelles ont abouti à une condamnation. En se reportant aux quarante dernières années, moins de la moitié des auteurs affiliés aux bandes criminalisées a été écrouée puis condamnée.

En 2010, lorsqu’il y eut « enregistrement d’une plainte », le taux de résolution était de 64% pour les agressions sexuelles, de 40% pour les vols qualifiés et de 10% pour les voitures volées.

Depuis 2014, plusieurs procès se sont soldés par des abandons de procédures à cause des délais trop longs. Cette situation inacceptable n’est pas appelée à être résolue à court terme. Au Québec seulement, à cause de cette situation liée aux délais, on estime que plus de 1 000 procès pour crimes graves risquent de ne pas avoir d’aboutissements et à l’AMF, 70% des dossiers risquent de ne jamais être jugés.

Donc, ce qui est très important à retenir  c’est que tous ces crimes qui ont réellement été commis ne feront jamais partie des statistiques sur la criminalité au Québec et cela donne l’illusion aux payeurs de taxes que la criminalité est en baisse au Canada, ce qui est tout à fait faux.

LA RAISON :

Jamais les ministères de la Sécurité publique provinciale et fédérale n’ont fait faire d’évaluation externe de leurs programmes de réhabilitation et de réinsertion sociale. Je le répète, jamais n’y a-t-il eu au Québec, ni au Canada, d’étude indépendante sur la performance des programmes de réhabilitation et de réinsertion sociale. Toutes les évaluations ont été faites par ceux dont les emplois dépendent des systèmes carcéraux.

LES SOLUTIONS:

1) Substituer la notion de récidive par la notion de réincarcération et intégrer dans le calcul tous les types de condamnation.

2) Mener une large étude indépendante sur la gestion des prisons du Québec et des pénitenciers au Canada et des programmes de réhabilitation.

3) Rendre imputable chacun des administrateurs des pénitenciers sur le taux de récidive de son institution.

4) Rendre les récidivistes de plus de trois crimes et ceux liés au crime organisé non admissibles aux avantages dont bénéficie la majorité des détenus.