LE CANADA S’EST FAIT AVOIR PAR LES USA ET LE QUÉBEC PAR L’ANGLETERRE

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Point de vue territoire, le Canada s’est bien fait avoir par les États-Unis. Et le Québec par l’angleterre!

Les USA ont mangé allègrement dans le territoire canadien lorsqu’on a finalisé la frontière séparant notre pays du 49e État, celui de l’Alaska. Et l’Angleterre a joliment grugé dans le territoire québécois quand on a arrêté les limites du Labrador toujours considéré comme partie de Terre-Neuve.

Bien qu’aimant les États comme le Canada, j’analyse géopolitiquement ces deux événements qui sont des irritants. À cause de l’injustice qu’ils démontrent. Analysons.

La frontière entre le Canada et l’Alaska avait été établie, en principe, lorsque ce dernier territoire était possession russe. En 1825, un traité entre l’Angleterre et la Russie avait fixé la frontière orientale de l’Alaska sur le méridien du mont St-Élias et avait accordé à l’État russe une bande côtière d’une soixantaine de kilomètres de large jusqu’au goulet Portland au sud, à proximité de Prince Rupert. Mais il était impossible de localiser en certitude la position de cette frontière sur le terrain à partir d’une côte qui était extrêmement sinueuse, creusée de quantité de fjords et de goulets. Le tracé n’en avait pas encore été déterminé lorsque les États-Unis ont acheté l’Alaska aux Russes en 1867.

Un laxisme qui coûte cher. D’où la controverse qui a surgi quand, en 1896, des milliers de prospecteurs ont voulu transiter par le port de Skagway pour leur quête d’or, au Klondike, Yukon, Canada. Pour clarifier la situation, les USA demandaient le recul de la frontière jusqu’à la première ligne de crêtes de la chaîne côtière alors que le Canada prétendait simplement tirer une ligne jusqu’à l’océan si proche pour se ménager un accès à la mer. Faute d’entente, les deux pays, en 1903, s’en sont remis à l’arbitrage de six juristes, d’un côté trois Américains et de l’autre un diplomate canadien, le futur lieutenant-gouverneur de la province de Québec et un Britannique, lord Alverstone. Or ce dernier, au lieu d’appuyer la position canadienne, s’est rangé à une  »solution » de compromis des Américains tout à fait défavorable aux intérêts canadiens. Voyez plutôt la carte. Clairement, le Canada est privé de centaines de kilomètres de côtes. Cet échec a incité notre pays à ne plus faire confiance à la diplomatie britannique pour la défense de nos intérêts et à s’affirmer de plus en plus dans les relations internationales.

LE LITIGE DU LABRADOR

La question du Labrador maintenant. Après la conquête anglaise de la Nouvelle-France, des affectations successives tantôt à Terre-Neuve, tantôt au Québec, accompagnées de délimitations territoriales plus ou moins rigoureuses, ont occasionné un litige frontalier entre les deux provinces. La cause est allée jusqu’au Conseil privé de Londres. Et cette cour britannique a tranché en 1927. Elle a repoussé les limites ouest du Labrador jusqu’à la ligne de partage des eaux, ce qui fait que Terre-Neuve a littéralement pénétré dans le territoire québécois au point où la province québécoise y voit un viol de son intégrité territoriale. Voyez plutôt la carte. Depuis, et encore aujourd’hui, le Québec conteste ce tracé qu’elle considère encore comme non définitif. Mais le dossier traîne en longueur.

Lors de son passage à Rouyn-Noranda en 1980, le Premier ministre du Québec d’alors, René Lévesque, répondant à ma question sur le Labrador, avait dit que le dossier était toujours pendant, sans plus. Le problème de cette ligne du Labrador a créé entre les deux provinces un profond dissentiment. Mais, si on se met dans la peau d’un empire qui a gagné la bataille pour la conquête de la Nouvelle-France, il est assez normal, stratégiquement, qu’il veuille couper l’accès à la mer à une province qui pourrait éventuellement vouloir faire sécession.

Actuellement, le Québec n’a aucun accès direct à l’océan. Par le nord, ça donne sur des baies, des détroits, à l’est, c’est coupé, et tout en bas il y a un détroit (de Belle-Isle), partout à l’ouest, c’est l’Ontario, au sud-ouest encore l’Ontario et les USA, au sud-est le Nouveau-Brunswick et les États-Unis, encore. Reste le golfe St-Laurent. Or les eaux et îles (sauf l’île d’Anticosti, les Îles-de-la-Madeleine et de petites îles du fleuve, vers l’ouest) sont de juridiction fédérale. Les eaux du golfe sont considérées par le Québec comme intérieures et faisant partie intégrante du territoire québécois. Ottawa ne pense pas de la même manière. Ce territoire est ainsi contesté. Le litige demeure, comme pour le Labrador. Tout cela n’empêche toutefois pas les USA, le Canada, la Colombie-Britannique, le Québec et Terre-Neuve-Labrador de fonctionner.

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