On ne peut pas perdre tout le temps

Par: Claude Aubin

Notre Dame de Grâce 1987

Je brassais encore mes affaires de jeunes qui frappent dans le métro quand Gilles, mon bedonnant lieutenant-détective, arrive à mon bureau. Le bonhomme semble tendu et quelque peu désarçonné. L’air d’un gars qui vient t’annoncer la mort de ta mère.

-Heu, Claude, faudrait que je te parle.
-C’est important, Gilles?
-Ho oui.

Bon, encore un autre truc pour me faire pleurer. Gilles semble tellement embarrassé qu’il n’ose me regarder dans les yeux.

-C’est quoi ta nouvelle?

Gilles se gratte la tête quelques instants, avant de m’envoyer de façon tout à fait confidentielle:

-On a un nouveau directeur qui vient d’arriver et ce n’est pas une bonne nouvelle.
-Et pourquoi tu dis ça?
-C’est Clovis C. qui s’en vient! J’arrive d’un meeting avec le capitaine qui m’annonce que Clovis a la mission de t’écraser.
-Ha!

Pourtant, Clovis, je le connais bien. Ce grand bonhomme fut mon directeur au poste 33 ou nous avons eu quelques bonnes engueulades et plus récemment, mon directeur au poste 42, où je l’ai obligé à garder intactes les heures d’arrivée des enquêteurs. Il n’avait pas trop aimé ma façon de faire, mais, bon joueur, il avait cédé.

-T’en fais pas, Gilles, j’irai le voir.

Mon pauvre lieutenant me regarde tout à fait interloqué. Lui, il aurait fait dans son froc avant de s’enfuir à toutes jambes. En fait, Gilles n’aurait jamais fait de vagues, point à la ligne.

-Moé, je pense que tu devrais faire ça cool et attendre ta mutation.
-Oui tu as raison, je vais faire cool. Je termine mes arrestations et je me déguise en courant d’air.

À peine est-il rentré dans son bureau, que je lance rageusement mes plaintes dans le classeur et je pars en direction du bureau de Clovis. Le capitaine est dans le passage, mais je n’ai pas de temps à lui accorder. Je sais bien qu’il me suit du regard et, de vous à moi, il peut bien aller se faire foutre. J’entre en coup de vent dans le bureau du directeur; Clovis reste un peu étonné.

-Salut boss, je viens d’apprendre ta nomination. Félicitations. Je viens aussi d’apprendre que tu as la mission de m’arracher la tête. J’aimerais bien le savoir tout de suite, comme ça je ne vais pas annuler mes demandes de mutation.

Un peu décontenancé, Clovis me regarde en riant. Il dépose lourdement un tas de dossiers qu’il avait en main et me fait signe de m’asseoir alors qu’il fait de même.

-Sais pas qui vous a dit ça, mais non, je ne viens pas vous arracher la tête.

Il attend quelques secondes avant de continuer.

-Tout le monde me dit que vous aimez faire des enquêtes, que vous ne portez pas de cravate, que vous ne faites qu’à votre tête et que vous avez du succès.

Clovis s’arrête un moment, un peu pour savourer son effet. L’homme me regarde d’un regard franc; Clovis est un bel homme, un homme sculpté dans un chêne. Je sais de lui qu’il n’a qu’une parole.

-Et si je vous à me faire suer à me battre pour une cravate et un veston.

-Je commence quand? donne un petit groupe d’hommes, seriez vous heureux de prendre les dossiers spéciaux?

Quelle idée? Je tente de ne pas laisser paraître que je suis époustouflé. Je n’aurai plus

-Maintenant, vous avez des noms à proposer.

Je lui tend immédiatement quelques noms sur une feuille de papier.

-Merci boss, tu ne vas pas le regretter.
-Je sais.

Je suis aux anges. Je m’attendais à une belle engueulade, à un départ précipité et à une déception de plus. Pourtant j’en ressors en charge d’un groupe d’intervention. Je passe juste à côté du Gros Robert, mon capitaine, qui ne semble pas avoir bien compris.

Une fois à mon bureau, ma joie est encore plus grande quand Nick m’annonce qu’il fait partie du groupe, Gerry vient de le lui signifier. Clovis ne perd pas de temps.

Dans le même après-midi, Jean et deux autres policiers viennent se greffer à nous, l’équipe sera la meilleure, ça c’est sûr. Alors pour fêter ça, Nick nous sort une petite affaire de vol à main armée, juste pour se faire la main.

-Regarde, selon la description c’est Tony B. Ce soir, on a juste à l’attendre et tout sera joué. Nos deux jeunes du métro peuvent attendre à demain.

En fait, Nick avait raison sur toute la ligne. Tony ferait l’affaire et les jeunes devaient attendre avec beaucoup d’anxiété que nous allions les cueillir. Tout se sait dans ce monde de jeunes, alors, ils dormiraient mal pour encore une autre nuit. Ces petits apaches ne perdaient rien pour attendre.

Nous partions à la recherche de Tony B.

À suivre.

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