Léo Boulet, l’expert en moppes  et lavettes !

Y a-t-il une différence entre une moppe et une vadrouille ? Pour Léo Boulet, oui, selon qu’on se trouve au Canada français, notamment au Québec, ou en France !

Par : Ghislain Loiselle

M. Boulet, un fabricant de moppes, a une petite anecdote à nous conter à ce sujet.

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« On appelle ça une moppe, madame !

« Un jour, alors que j’étais à la petite école, notre institutrice a demandé à un élève d’aller chercher une vadrouille au sous-sol, parce qu’il y avait eu un dégât d’eau dans la classe. Au bout d’un moment, le garçon revient avec une vadrouille. La maîtresse lui lance alors : « Ce n’est pas ça que je t’ai demandé. C’est une vadrouille pour éponger du mouillé qu’il faut, pas pour ramasser la poussière sèche sur le plancher. » » Léo Boulet a alors pris la parole : « On appelle ça une moppe, madame ! » Cette dernière lui a donné tort. M. Boulet est revenu à la charge, avec son dictionnaire des années 1940-1950 en mains. « Mop » y était inscrit. En anglais. Un anglicisme, mais accepté en français. C’était un canadianisme. Il équivalait à vadrouille. Marc Favreau, lui, faisait dire à juste titre à son célèbre clown, Sol, « vadrouille humide ». La précision est nécessaire.

L’atelier de Moppe Idéale. 10-04 MÉDIA

Des vadrouilles

J’ai mis la main sur un dictionnaire Bélisle de la langue française au Canada datant du milieu du 20e siècle et le mot « moppe » s’y trouve ainsi libellé. On retrouve une fleur de lys vis-à-vis, ce qui veut dire que ce mot est propre au Canada. Puis on précise qu’il vient de l’anglais mop. Pas surprenant, avec cette majorité anglophone qui nous entoure. On y donne un équivalent pour définir moppe : vadrouille. On comprend dès lors qu’il y a nécessairement des vadrouilles humides et des vadrouilles sèches. Au Québec en tout cas, on dit communément moppe pour désigner la vadrouille humide servant à laver le plancher ou l’éponger.

Balai à laver

J’ai aussi trouvé un livre qui consacre deux pages à la moppe. C’est un peu compliqué, l’histoire de la moppe. Dans Expressions et mots québécois, Jean Séguin ironise ainsi : « C’est en France que j’ai appris qu’une moppe n’était pas une moppe, mais une serpillière »… On n’est pas sortis du bois. « Serpillière non plus, je crois, n’était pas une dénomination de bon aloi », s’empresse-t-il d’ajouter. « Une moppe, c’est un balai à franges », écrit-il. Mais il se trouve que M. Boulet ne fait pas ses moppes avec des franges de coton, mais bien avec des fils de coton. Donc, on oublie le balai frangé, pour ses moppes à lui en tout cas. M. Séguin fait savoir que dans le Glossaire du parler français au Canada, on retrouve le mot mop écrit en anglais et on le décrit en première définition comme étant un balai à laver, fauber, vadrouille. On précise : vient de l’anglais mop.

Il serait issu du vieux français, mappe, un torchon dont on se sert pour essuyer les meubles, du latin mappa. Mais qui essuie des meubles avec une moppe ?

Depuis 1959

Pour M. Boulet, l’outil de ménage qu’il fabrique depuis 1959 est une moppe, rien d’autre. « Je l’écris moppe. C’est moi qui ai ainsi francisé le mot mop », précise-t-il. En fait, il n’est pas le seul à l’avoir fait. Les moppes, ça fait partie de l’Histoire du Québec, du Canada. Et ses moppes miniatures pour laver la vaisselle, il ne les appelle pas moppettes, bien que ce serait amusant et joli, comme nom. Pour lui, ce sont des lavettes. Moi, j’ai toujours appelé lavette l’espèce de débarbouillette à carreaux faite spécifiquement pour laver la vaisselle et qu’on nous vend d’ailleurs à cette fin. Bon, les micro-moppes sont des lavettes.

23 000 unités par année

Âgé de 78 ans et né à Saint-Pierre-de-Broughton, en Beauce, M. Boulet a commencé sa manufacture à 21 ans, à Bellecombe (alors dans le Témiscamingue), où ses parents étaient déménagés en 1939. Vers 1982, notre « jaret noir » a poursuivi ses activités à son épicerie, au 314, Pinder Ouest, au coeur de Rouyn-Noranda, Abitibi. Cela fera bientôt 35 ans qu’il y tient son dépanneur tout en fabriquant des moppes et des lavettes. Il met 3 minutes pour faire une petite moppe et 6 à 7 pour une grosse. Pour une lavette, c’est plus vite. Sa production moyenne est de 23 000 unités par année, soit, grosso modo, 15 000 moppes et 8 000 lavettes. Ça donne plus de 1 334 000 d’unités pour 58 ans de production. Le manche de ses moppes mesurant entre 48 pouces et 54 pouces de longueur, on pourrait couvrir une sapristie de bonne distance, si on les mettait bout à bout. Ça marche, les moppes, pour M. Boulet. Il a déjà fait un chèque de 125 000$ pour sa matière première. C’est pour dire. Et jamais un de ses chèques ne lui a été retourné. Il fournit de façon assidue le grossiste en alimentation Ben Deshaies. M. Boulet a 12 000 manches de moppes dans sa cave, prêts à servir. Pour ses lavettes, on parle de quelques milliers facile. Ce commerçant lace aussi des raquettes et des chaises, siège et dossier.

M. Boulet est la vedette d’un petit film de Carol Courchesne portant spécifiquement sur lui.

Nota bene. Mon collègue de DixQuatre.com Pierre Frigon publie un texte complémentaire sur Léo Boulet, sur ce blogue. À lire à tout prix. Lien de l’article de Pierre Frigon  »ICI »

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