Une arrestation difficile

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Comme d’habitude, c’est quand je suis occupé que Marty arrive pour demander un service. Marty, c’est mon policier de Shawbridge; il s’occupe des enfants pas très sages qui n’arrêtent pas de s’évader de son institut correctionnel.

– Claude, I need you, Andrew Collie s’est encore évadé et je sais exactement où il va être dans quelques minutes.

Andrew est un de ces jeunes qui aura quelques années plus tard une longue peine d’incarcération, en fait plus de 25 ans pour quelques meurtres. C’est un jeune d’une violence incroyable et sans remords, un vrai psychopathe. Mais ça, nous ne faisions que le pressentir.

Je me tourne donc vers Nick qui travaille avec moi depuis quelques semaines. Celui-ci hausse les épaules dans un pourquoi pas sans équivoque. Jean et Robert sont aussi de ce groupe; je les ai pour quelques jours, quelques semaines peut être. Les deux hommes sont déjà sur quelque chose alors je ne vais pas les déranger.

– Faudrait les garder en isolement. tes bêtes fauves.
– Je le voudrais bien, mais la charte!

C’est toujours la même vieille blague : on sait bien qu’on ne va pas garder ces jeunes en cage, mais ça détend l’atmosphère.

– Les gars, vous venez chez moi cette fin de semaine? Je vous invite.
– Sais pas… Je suis goï et peut être que je serai pas accepté dans ton coin.

Ça aussi ça fait partie intégrante de notre humour. Marty est Juif, Nick, Ukrainien, et moi, je suis le frenchie. Alors les blagues pleuvent plus encore que les mauvais tours, car nous sommes tous les trois de joyeux lascars.

– Oui, mais il faut te faire pousser des tresses.
– Bon, on verra, il est où, ton évadé?
– Il va jouer au basketball à l’école qui est sur Fielding. C’est un autre centre communautaire.
– Ils y sont nombreux?
– Non, pas habituellement.

Je regarde l’heure; il me reste un gars à terminer et comme il ne va pas sortir de cellule je peux me permettre d’aller faire ma bonne action. Andrew n’est pas un garçon facile. Il parle plus souvent avec ses poings qu’avec sa langue.

– Claude, tu demandes aux deux autres de venir en back-up?
– Non, c’est juste un ti-cul, jamais je vais croire qu’on ne peut en venir à bout.

C’est donc à trois que nous partons dans mon vieux K car brun. Il n’est pas trop discret, mais c’est ce qui reste comme voiture. Nous faisons une passe rapide devant l’école avant de se stationner.

– Pas trop loin cette fois Claude.

Marty ne semble pas avoir oublié la fois où nous avons dû marcher sur deux coins de rues avec un jeune qui ne cessait de se débattre. Pourtant, ce n’était pas ma faute cette fois-là.

Nous voici à l’intérieur du centre d’entraînement. Il y a plus de deux cents jeunes qui courent sur plusieurs surfaces de jeu. En fait, ils lancent des ballons dans les paniers ou se les lancent dans des passes savantes.

– Par chance qu’il n’y a que peu de monde.

Marty me fait un sourire gêné, puis d’un coup, il me montre du doigt notre jeune évadé. Mais lui aussi nous a vu. Nick et Marty foncent sur lui à toute vitesse, pendant que la horde de jeunes s’arrête pour regarder ce qui se passe. Il s’en suit une échauffourée digne d’un film western. De mon côté, je fais face à une cinquantaine de jeunes qui commencent à s’exciter.

– Ok les kids, on est de la police, on ramasse ce jeune et vous continuez votre partie.
– Hey, laissez-le tranquille.
– Gang de flics à marde!

Je me retrouve d’un seul coup encerclé par le groupe qui devient de plus en plus menaçant. Pas qu’ils me fassent peur ces mômes, mais je n’ai pas envie de terminer la soirée dans une mini-émeute, à moucher des gars de quinze ans.

– Retournez jouer, les gars, c’est pas de vos affaires.
– Fuck-you cop!

C’est assez clair comme réponse, alors je me prépare pour une petite séance de chamaillage. J’ai déjà ciblé un ou deux leaders quand une voix tonitruante retentit derrière moi.

– Get to your f… baskets boys!

Je me retourne vivement, pour me retrouver face à face avec une jeune noire de plus de cent vingt kilos de muscles. J’ai presque l’air d’un enfant à côté d’elle.

– Come on, now!

L’ordre est donné et d’un seul coup, tout le groupe devant moi se disperse sans même souffler mot. Il semble que cette travailleuse sociale ait un ascendant certain sur cette joyeuse bande trouble fête. J’ai presque envie de l’engager comme flic.

– Merci, mademoiselle.

La jeune femme me regarde froidement et réplique d’une seule traite.

– Je ne fais pas ça pour vous, mais pour mon gang.

Et sur ce, ramenant ses cent vingt kilos, elle retourne avec aisance vers ses activités.

Andrew est finalement ramassé et Marty est heureux. Malheureusement, dès le lendemain, c’est à recommencer. Andrew venait de frapper un moniteur de la détention et il me fallait encore une fois lui courir après. Mais ça, c’est une autre histoire.

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