Le putois violeur

remorquagevd

Juin 1984

Il fait chaud, une jeune femme se promène dans le parc Jarry, elle sort tout juste de la piscine. Un homme noir dégageant une forte odeur d’urée s’approche d’elle par derrière et l’agrippe violemment. La jeune femme se débat, mais le violeur est décidé. Pointant un couteau, il pousse sa victime dans les fourrés et l’agresse. Le tout dure moins de dix minutes, puis l’homme s’esquive rapidement.

Encore sous le choc, la jeune femme se rend au poste où les policiers prennent la plainte, vont à l’hôpital et font le nécessaire habituel.

Le lendemain, le gros Georges glisse la plainte sur mon bureau. Ayant fait une lecture rapide, je prends rendez-vous avec la jeune femme qui, malgré sa détresse, me raconte l’histoire.
– Il puait, le bâtard!

Après quelques minutes de discussion, je décide de l’emmener à l’identité judiciaire. Lucie, c’est le nom de ma victime, ne réussit pas à identifier son agresseur. Je la ramène et lui tend ma carte, lui enjoignant d’appeler immédiatement si elle se trouve confrontée avec son agresseur. Une fois au poste, je demande aux policiers du secteur de porter une attention spéciale et, dans mes moments calmes, j’arpente les allées du parc. On ne sait jamais.

Trois jours plus tard, dans l’après-midi, la jeune femme décide de retourner à la piscine du parc Jarry. Après une baignade de quelques minutes, elle sort de l’eau et s’étend sur le ciment. Tout à coup, se sentant surveillée, elle lève les yeux. Un homme accolé à la clôture la dévisage… le violeur!

Au bord de la panique, elle se lève et court appeler le 9-1-1. Quelques minutes plus tard, l’homme est retrouvé caché dans les haies entourant l’entrée de la piscine.

À mon arrivée au bureau, le violeur est en cellule. Juste à l’odeur, je sais qu’il est notre homme. Je dois me pincer le nez tant la puanteur est insupportable; pourtant, j’en ai l’habitude, mais là, il bat des records…
– Mais tu ne te laves jamais, toi?

Quelques mots me suffisent pour comprendre son état mental. L’homme me lance des phrases comme « Je suis Dieu et toutes les femelles veulent mon corps. »
Je n’ai pas envie de répondre et ça ne servirait à rien.

Finalement, tard dans la soirée, Lucie vient identifier le suspect sur une parade d’identification. Elle, qui semble malgré tout forte et au-dessus de tout ça, en sort tremblante, apeurée, presque démolie.
– J’aurais jamais pensé être aussi bouleversée. Il fait peur, ce câlisse-là!
Quelques semaines plus tard, le violeur plaidera coupable.

Puis, deux années passent et me voilà de retour dans Notre-Dame-de-Grâce. Une désagréable impression s’empare de moi lorsque je lis un rapport d’agression sexuelle. Un homme noir qui sent à plein nez.
Je convoque immédiatement la victime qui reconnaît la photo du suspect. C’est avec hargne que je reprends la traque et en moins de 24 heures, il se retrouve dans mes cellules. Même discours, mêmes effluves. L’homme-putois est devant moi.

Cette fois, je ferai tout en mon pouvoir pour que l’homme demeure en prison. Il finira à l’Institut Pinel. Mais à la fin de l’enquête, six jeunes femmes auront payé le prix fort pour cette incarcération définitive.

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