J’ai abordé le marché du travail avec des idées préconçues, à l’effet que les patrons étaient des exploiteurs, que les normes du travail étaient instaurées pour protéger les droits des travailleurs et qu’on devait faire valoir ces normes «minimales». Au fil des années, j’ai constaté que ceux qui réussissaient là où j’échouais, tenaient un tout autre genre de discours, et j’ai décidé de m’en inspirer. Ce fut le début de mon virage à droite et, de façon étonnamment rapide, de l’augmentation de mes revenus et de ma qualité de vie. D’où ma devise : Toujours indulgente, jamais complaisante.
Espiègle et polémiste, j’aime le choc des idées.

Je suis impliquée depuis quelques temps dans le Parti conservateur du Québec, mettant ainsi en actions ma principale passion, la politique.

Si #MoiAussi je parlais à la police

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Jessie Mc Nicoll

Tout le monde a son opinion au sujet du mouvement #MoiAussi. Beaucoup de femmes, mais aussi beaucoup d’hommes, en ont profité pour verbaliser une inconduite sexuelle qu’ils ont subie.

J’aime ça.

J’adore ça!

Comme on se sent, tellement soulagé, quand un gigantesque abcès qui nous fait souffrir depuis toujours finit par crever. Comme une paire de souliers trop serrés qu’on réussit à enlever et qu’on n’arriverait plus à remettre.

Ouf!

Et pour une fois, on a nommé le problème de telle façon que les personnes qui l’ont subi se reconnaissent. On parle « d’inconduites sexuelles ». Bravo! Parce que dans tellement de cas, si on utilise le mot « agression », la victime ne se reconnaît pas. Parce que « agression », ça sonne violent, alors que la majorité des inconduites sexuelles sont commises sans violence autre que l’absence de consentement ou que sa position d’autorité laissant planer une crainte de représailles, souvent implicite.

Et comme les grossiers personnages utilisent toutes sortes de subterfuges pour invalider la perception de la victime, cette dernière a souvent l’impression d’avoir commis une faute, d’avoir mal perçu les événements et se sent délégitimée dans son désarroi.

Elle a honte, quoi!

Qui plus est, dans notre culture, les victimes sont officiellement invitées à parler et à porter plainte, mais officieusement invitées à se taire. Et si elles parlent, officiellement on les en félicite. Mais dans les faits, elles sont rejetées, laissées en plan voire discréditées.

Et le mouvement actuel, par la voix de Léa Clermont-Dion, a étalé au grand jour ce travers de notre société en pointant du doigt Lise Payette, première ministre de la condition féminine, alléguant qu’elle aurait fait pression sur elle, allant jusqu’à lui faire miroiter qu’elle pourrait être poursuivie si elle allait de l’avant.

La totale quoi!

Soyons honnêtes. On peut bien clouer Lise Payette au pilori. En tant que féministe de la première heure, c’est vrai que ça semble spécialement hypocrite de sa part. Sauf que des Lise Payette qui font pression sur les victimes afin qu’elles se taisent, il y en a à la tonne.

Ça fait partie de notre culture profonde. Démoniser les étrangers qui commettent des inconduites sexuelles, tout en banalisant, en justifiant et en culpabilisant les victimes pour des abus commis par un proche.

On n’arrive pas à regarder la réalité en face quand le pédophile est un être dévoué et charmant à côtoyer, quand un abuseur est notre frère, notre père, notre amoureux, ni quand notre situation professionnelle dépend d’un violeur en série.

Heureusement, tout ça s’apprête à changer.

Mais tous n’aiment pas ce mouvement. Quelques femmes, mais surtout beaucoup d’hommes. Évidemment, un petit pourcentage d’entre eux ont des choses à se reprocher. Alors de voir s’écrouler toute la construction culturelle qu’ils ont utilisée pour s’assurer du silence de leurs proies ne peut que les inquiéter au plus haut point.

Mais il n’y a pas que ça. Il reste encore un tabou que le mouvement #MoiAussi n’a pas réussi à mettre en lumière : l’utilisation du système de justice par certaines personnes comme un levier pour nuire à quelqu’un. Les fausses plaintes, principalement pour agressions sexuelles.

Beaucoup d’hommes craignent d’être victime d’une « Alice Paquet » de ce monde, qui a détruit la carrière de Gerry Sklavounos en alléguant un faux viol qu’il aurait commis contre elle. Cette crainte n’est pas dénuée de fondement…

Il est temps qu’on se regarde tels que nous sommes réellement. Et il est temps de réaliser que notre système de justice est complètement inapproprié pour les inconduites de nature sexuelle.

Et si…

Si on envisageait de changer nos façons de faire? Si on envisageait la possibilité qu’une victime seule en cour devant un agresseur a un fardeau de preuve beaucoup trop lourd à faire? Et si on se disait qu’on veut agir pour protéger les victimes tout en reconnaissant qu’on ne veut voir aucun innocent faussement accusé?

Actuellement, soit tu accuses ton agresseur au criminel, que tu passes des années sur le dossier, qu’on attaque ta crédibilité et qu’on te victimise à nouveau pour qu’au mieux, il ait une tape sur les doigts.

Soit tu coules l’info à un(e) journaliste et tu espères qu’il (elle) trouve d’autres présumées victimes qui acceptent de parler.

Soit tu dénonces ton présumé agresseur directement sur Facebook… Avec tous les risques de vengeance que ça représente, ce n’est qu’une question de temps avant qu’un présumé agresseur soit une réelle victime.

Protéger et servir.

Pourquoi ne favoriserait-on pas une approche différente? Comme signaler à la police sans vouloir procéder au criminel. Et là, je réfère à une expérience personnelle qui, je crois, pourrait être élargie au dossier qui nous intéresse.

Il y a une vingtaine d’années, j’ai eu un copain violent qui avait entre autres menacé de poser une bombe sous ma voiture. Inutile de vous dire que j’étais terrorisée chaque fois que je mettais la clé dans le contact…

Il avait été condamné pour m’avoir proféré des menaces et le juge avait ordonné qu’il soit deux ans sans entrer en contact avec moi, que ce soit directement ou indirectement. Ordonnance qu’il a respectée à la lettre.

Mais une fois les deux années écoulées, il était libre de faire ce qu’il voulait. À l’époque, je travaillais dans une station-service et je devais travailler régulièrement le soir, où c’est peu achalandé. Il s’amusait à prendre des marches, aller-retour devant la station-service, en me lançant un regard insistant.

À aucun moment il ne s’est adressé à moi, mais j’étais terrorisée… D’autant plus quand je travaillais de soir…

Bref, je suis allée à la police de Trois-Rivières et je leur ai raconté mon histoire. Les policiers* ont été très gentils avec moi et ont fait preuve d’une réelle volonté de me venir en aide. Pourtant, leur boulot était loin d’être facile puisque, dans les faits, l’interdiction de contact n’était plus en vigueur et qu’il n’était pas entré en contact directement avec moi.

Plusieurs policiers sont passés sur le dossier avant qu’un d’entre eux voit une solution.

Ils ont déposé une plainte au procureur pour harcèlement, sachant très bien qu’aucun procureur n’y donnerait suite. Puis un policier est allé rencontré le type en lui faisant comprendre que cette fois-ci, il n’y aurait pas de conséquence, mais que si des faits similaires se reproduisaient, il s’exposait à des poursuites puisque le tout était documenté.

Bref, j’ai finalement eu la paix. Plusieurs années plus tard, je me suis retrouvée à quelques tables de lui dans un restaurant. Quand on s’est vus, il a détourné le regard, fini son assiette et quitté le restaurant quelques minutes plus tard.

Le problème était réglé. F-i-fi, n-i-ni!

Pourquoi ne pourrait-on pas faire ce genre d’interventions pour des inconduites sexuelles?

Ça implique très peu de frais, puisqu’on ne passe pas par les tribunaux. C’est très efficace puisqu’une personne qui perçoit que son comportement peut avoir de lourdes conséquences risque fort de le modifier.

On augmente de façon exponentielle la probabilité qu’une victime signale le comportement puisqu’elle n’aura pas à subir un contre-interrogatoire où on la discrédite. Elle n’aura même pas à raconter publiquement ce qu’elle a subi. Elle n’aura pas non plus la crainte qu’un juge déclare son agresseur non coupable, faute de preuves. Et disons-le, aucune victime ne veut être seule à dénoncer.

Ça redonne un pouvoir à court terme à la personne qui subit les inconduites.

Ça diminue le risque d’une fausse accusation, puisque le tout est traité sans que ça ne soit rendu public.

Et finalement, les policiers peuvent documenter les inconduites sexuelles, et recontacter les victimes lorsque le type récidive avec quelqu’un d’autre. Puisque lorsqu’il y a récidive au-delà de l’avertissement initial, ça devient non seulement plus pertinent d’utiliser le système judiciaire, mais aussi beaucoup plus facile de faire une preuve au-delà de tout doute raisonnable, puisqu’on n’en est plus limité à la parole de l’un contre la parole de l’autre.

Mais plus que tout, ça permettrait de redonner un peu du pouvoir aux victimes sans augmenter le risque de fausses accusations.

*Si vous vous reconnaissez, je ne vous remercierai jamais assez.