Russel-Aurore Bouchard (née Russel Bouchard le 4 octobre 1948 à Chicoutimi) est une écrivaine et historienne québécoise habitant la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Elle s’est spécialisée dans l’histoire de cette région et a produit de nombreuses publications sur ce sujet. Ses derniers ouvrages sur l’ethnogenèse du Peuple métis de la Boréalie québécoise lui valent, aujourd’hui, d’être reconnue comme une spécialiste en ce domaine ainsi que le lien de mémoire de son peuple.

FEMME OU PAS FEMME ? LES TRANSGENRES, À L’HEURE DU QUESTIONNEMENT…

Le débat est ouvert et c’est maintenant là que nous sommes rendus au Canada

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Russel-Aurore Bouchard
Journal de Montréal

Le débat est ouvert et c’est maintenant là que nous sommes rendus au Canada. J’ai lu ce texte, et je suis d’accord avec une partie des points de vue exprimés. Je dis bien une partie. Le problème, c’est que son auteure mélange les fonctions biologiques et le genre. S’il est vrai de dire qu’une femme trans aura toujours un corps d’homme et que les aménagements qu’on y fait sont d’ordre cosmétique (mise à part l’hormonothérapie, qui transforme les émotions et féminise réellement le corps), dans la tête, les choses ne sont pas si tranchées. Si on peut évaluer la part de l’acquis, on sera toujours dans le noir pour la part de l’inné.

Question : est-ce qu’une femme qui n’aura jamais d’enfant parce qu’infertile ou par choix, est moins femme ? Évidemment, non ! Et, pourtant, la fonction biologique n’est pas tout à fait conforme à la fonction d’une femme et d’une mère.

Nous ne faisons qu’entamer la question, comme société, sur un point de vue médical et psychologique. Pour l’heure, nous avons plus de questions que de réponses et il faudra attendre le fait après avoir expérimenté tout le cycle de la vie d’une transsexuelle, de l’enfance à la vieillesse, pour mieux connaître les limites et en comprendre la péréquation. Pour ma part, j’ai 69 ans et, je vous l’avoue, malgré l’hormonothérapie et mon vécu, mon corps biologique d’homme réclame aujourd’hui son dû. C’est un incontournable et j’ignore totalement la suite. Alors, pour ceux qui croient savoir, je vous dis un peu de prudence avant de statuer. Si j’ai eu un énorme mal être à ne pas pouvoir m’exprimer toute ma vie avec le genre que j’ai dans ma tête depuis ma plus tendre enfance, je suis et j’assume la part de l’homme dont j’ai héritée, ma paternité et ma grand-paternité. L’homme que j’ai été socialement et biologiquement jusqu’à mes 57 ans est curieusement toujours là. Expliquez-moi, si vous savez…

Qui suis-je, après tout ce que j’ai vécu ? Je me pose encore la question et je crois que je n’aurais jamais la réponse. Parfois, l’homme qui est en moi a encore le goût de s’exprimer. Difficile dilemme ! Et je vous avoue que, parfois, quand je vois évoluer le mouvement féministe au Québec, je me demande si je ne suis pas passée de Charybde à Scilla !…