Des truites vivent séparées depuis 8500 ans en Abitibi

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On retrouve en Abitibi des truites de la même espèce qui vivaient ensemble il y a 8500 ans  et qui se trouvent aujourd’hui dans deux lacs distincts se trouvant à moins de 500 mètres l’un de l’autre, ne pouvant absolument plus entrer en contact entre elles!

Par Ghislain Loiselle

Mais que s’est-il donc passé au juste pour que ces frères poissons se retrouvent ainsi isolés?

Ces poissons ont été séparés par des forces géologiques. Il y a eu un soulèvement de l’écorce terrestre entre les deux lacs en question lorsque le grand glacier nord-américain qui s’étendait il y a 20 000 ans jusqu’à Chicago et New York a fondu et a fini par disparaître quelque part dans les environs de la rivière Caniapiscau, au sud de la baie d’Ungava.

Soulagé du poids de l’inlandsis laurentidien, le sol, par un phénomène dit d’isostasie, s’est relevé d’abord au sud, il y a 10 000 ans, après avoir été écrasé pendant 100 000 ans, mais, du côté nord, le relèvement n’est pas terminé. Il se poursuit encore en 2017 et cela durera encore des centaines d’années.

L’eau accumulée au pied du colossal glacier (le lac Ojibway-Agassiz) abritait les ancêtres de ces truites et lorsque le monstre de glace a assez fondu pour permettre à toute cette eau de s’écouler dans la mer d’Hudson,  le grand lac a fini par disparaître, laissant derrière lui, comme témoins du passé, les milliers de lacs qu’on retrouve aujourd’hui en Abitibi et au Témiscamingue, dont les lacs La Haie et Sault, entre lesquels passent la hauteur des terres, la ligne de partage des eaux.

Ainsi, les truites du lac Sault vivent dans le bassin versant de la mer d’Hudson alors que ceux du lac La Haie se trouvent dans le réseau hydrographique du fleuve Saint-Laurent.

Ces deux lacs se trouvent curieusement à être des failles dans l’écorce terrestre, fractures qui avaient été remplies de l’eau du lac Ojibway. À la vidange de cet immense lac ancien, leur existence a été révélée aux premiers arrivants sur le territoire, il y a 8500 ans, les ascendants des Algonquins d’aujourd’hui, qui, nomades, poursuivaient le gibier qui gagnait sans cesse le territoire libéré des glaces multi-millénaires.

Ces deux lacs très spéciaux se trouvent au parc national d’Aiguebelle, au nord de Rouyn-Noranda, Abitibi, Québec. Des routes asphaltées mènent aux différentes entrées de ce parc. Et, après avoir parcouru à peine quelques kilomètres dans des chemins de gravier, des sentiers permettent d’avoir accès, à pied, aux lacs La Haie et Sault. Une passerelle suspendue d’une longueur de 70 mètres passe au-dessus du lac La Haie, localisé du côté sud. La présence de ce pont à la Indiana Jones annonce qu’il y a des escarpements, des deux côtés du lac. On retrouve aussi des falaises au lac Sault, au nord. Les deux lacs de failles sont orientés sud-nord. Les paysages y sont magnifiques. On se croirait au Yukon, par moment, en explorant les environs. Pourtant, on se trouve dans la plaine argileuse de l’Abitibi. Toute hauteur, en Abitibi, est une exception qui confirme la règle d’un ancien fond de grand lac d’eau douce. Toutes les collines abitibiennes assez hautes constituaient des îles du lac Ojibway, il y a plusieurs milliers d’années. Les collines Abijévis, au coeur du parc national d’Aiguebelle, étaient ainsi des terres insulaires. Le mont Dominant n’est toutefois pas la plus haute élévation de cette région.

Les plus hautes montagnes abitibiennes se trouvent à l’est de Senneterre et n’ont même pas de noms. Ce plateau élevé de l’Est abitibien n’a pas été inondé par le lac Ojibway. C’est là que se rencontrent les régions de l’Abitibi-Témiscamingue, de l’Outaouais, de Lanaudière, des Laurentides et de la Mauricie.

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