Cold Heimatlos est un chroniqueur à la plume irrévérencieuse, aux commentaires cinglants et à l’humour qui fait grincer des dents. Enseignant au niveau professionnel, auteur d’un roman noir, sa plus grande préoccupation est l’état lamentable dans laquelle se trouve la relation entre l’Homme et la liberté. C’est sous cet angle qu’il aborde ses sujets : le rétrécissement constant des libertés doit être expliqué et compris par le citoyen avant d’être dénoncé. Il s’insurge devant la douce et thérapeutique dictature de l’État et du dressage sensitif de l’Homme. Cette citation reflète sa pensée :
« Les êtres humains n’ont pas grandi en même temps que les institutions issues de leur cerveau. Ce sont surtout la faiblesse intellectuelle et morale des chefs et de leur ignorance qui mettent en danger notre civilisation. »
– Alexis Carrel in L’Homme, cet inconnu

BLOGUE La tête pas de poule…

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Vous connaissez – j’en suis certain – l’expression populaire « agir comme une poule pas de tête » qui signifie ne pas réfléchir en posant un geste, à l’image de la carcasse du poulet qui se met à courir dans tous les sens, quelques secondes après qu’on l’ait étêtée. Une poule pas de tête, on en connaît tous une : dans la famille, parmi nos collègues et aussi au travers de nos amis. Parfois, elles sont drôles dans leur idiotie, mais au fond, c’est d’une tristesse de les voir agir ainsi, sans leur tête, comme si elles n’avaient aucune intelligence.

Mais connaissez-vous l’autre expression : « penser comme une tête pas de poule » ? Probablement pas, puisque je viens de l’inventer pour parler de nos dirigeants politiques. Une tête pas de poule c’est quelqu’un qui pense trop, mais qui n’agit ou ne peut pas agir. C’est quelqu’un d’intelligent et qui a des idées – trop d’idées –, mais dont la tête est restée sur la bûche pendant que la carcasse est occupée à courir avec le problème du sang qui pisse partout; quelqu’un de déconnecté des problèmes du petit monde en quelque sorte !

Si le peuple est cette carcasse de poulet qui, amputé de sa cervelle, court partout de façon tout à fait désordonnée et en étant incapable de se contrôler, la tête du poulet devrait être le gouvernement, l’Élite, qui décide, qui pense à l’organisation sociale, à légiférer ou pas, à négocier afin que le peuple (le corps) agisse de façon maîtrisée.

Quand la carcasse n’a plus sa tête, elle va de travers – il s’en trouve pour affirmer que toute gouverne est nuisible, j’en conviens, mais je ne veux pas m’étirer sur la douce utopie d’un monde sans gouvernement, autogéré et harmonieux –, mais une tête sans corps a tout d’inutile !

L’exemple parfait

Le meilleur exemple pour vous démontrer ce qu’est une tête pas de poule, c’est Jean-François Lisée, Grand Timonier du Parti québécois – ou de ce qu’il en reste. En août 2017, alors que personne n’écoutait, il nous a présenté son projet de loi 202… 202 comme 2 X 101 ! (C’est ça le gag… insignifiant, n’est-ce pas ?) Lisée a même proposé de l’adopter dans les 101 premiers jours d’un éventuel gouvernement du Parti québécois, après la prise du pouvoir en octobre 2018 ! (Hum… à moins de 19% dans les intentions de vote, sans Cloutier, Maltais et les autres démissionnaires, la prise du pouvoir par le PQ n’est même pas au niveau de l’hypothèse ! Ils peuvent se permettre de dire n’importe quoi, les langues les plus sales diront que c’est ce qu’ils font régulièrement !)

Ce projet de loi propose entre autre d’exiger que les candidats à l’immigration connaissent le français avant même d’immigrer au Québec, avant d’arriver ici ! Avant… Comment un politicien intelligent – enfin, c’est qu’on nous a fait croire, mais je commence sérieusement à en douter – peut-il arriver à nous proposer une telle stupidité ? Il faut que la tête de la poule soit coupée franc du reste de son corps, pour ne pas avoir idée de ce qu’il vit.

Voici ce que le chef péquiste avait à dire :

« Pour la première fois de son existence, le Parti québécois dit : il faut une mesure extrêmement forte, soit qu’à partir du moment où nous serons au pouvoir, le 1er octobre 2018, 100 % des immigrants et de leur conjoint-conjointe devront démontrer une connaissance intermédiaire ou avancée du français, avant de venir au Québec. C’est une condition éliminatoire. »

J.-F. Lisée

Commençons par quelques questions :

Il est facile d’imaginer un vieux Polonais, une Hongroise, un Suédois, une Chilienne ou un Mongol, ayant la volonté d’immigrer au Québec, et seulement au Québec, perdre deux ans de leur vie à faire des leçons de français dans leur pays natal avant de partir, mais…

1- Comment appliquer cette loi ? L’immigrant devra venir faire son examen ici et s’il échoue, il devra repartir ? Et si, d’une famille de 5, seule la mère échoue, on la retourne elle, ou sa famille au complet ?

2- Qu’est-ce que la maîtrise intermédiaire ou avancée du français ? Parce qu’il suffit de faire passer un examen de français dans les polyvalentes de la province, en secondaire 5, pour se rendre compte que notre propre français est loin d’être maîtrisé. À l’épreuve ministérielle d’écriture à la fin du second cycle en 2014 (épreuve d’écriture qui consiste à rédiger une lettre ouverte d’environ 500 mots) 31% des élèves ont échoués. Sachant qu’ils ont droit à leurs feuilles de notes, tout dictionnaire usuel ou spécialisé, à une grammaire et un recueil de conjugaison, il n’y a pas de quoi être fier du résultat… et combien n’ont fait qu’atteindre le minimum et passer le seuil de réussite ?

3- Cette tête pas de poule a-t-elle réfléchi à comment ou par qui sera enseigné le français à ces immigrants ? Il est possible qu’il y ait d’excellentes écoles où l’on enseigne le français au Bengladesh ou au Tadjikistan… elles sont surement accessibles à tous !

4- Que fait-on avec les demandeurs d’asile, les réfugiés comme les Syriens ? On leur demande d’apprendre le français avant de fuir un pays en guerre ?

Ce ne sont là que quelques questions qui me viennent à l’esprit… Elles n’expliquent toujours pas en quoi le Parti québécois est déconnecté.

Continuons…

Selon l’idée du péquiste en chef, il faudra surement préconiser l’immigration provenant de pays francophones. Et quels sont ces pays ?

Il y a : le Bénin, le Burkina Faso, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Guinée, le Mali, le Niger, la République Démocratique du Congo, le Sénégal, le Togo, le Cameroun, les Comores, Djibouti, le Tchad, Madagascar, Haïti, la Suisse et évidemment la France. On peut aussi penser au Maroc où près de 40% de la population parle et écrit le français, l’Algérie à 60% et la Tunisie à 63% et quelques autres du Maghreb où le français est bien présent.

Jusque-là je ne vois aucun problème, puisque je suis un produit du Folklore de la Zone Mondiale et que je crois aux bienfaits de la diversité culturelle (mais pas au multiculturalisme, cette répugnante récupération politique libérale). D’aucuns verront peut-être le problème suivant : l’islamisation du territoire québécois. (Je sais, c’est le maudit mot qu’il ne faut pas dire…) Alors voici : la Côte d’Ivoire (38%), le Burkina Faso (62%), la Guinée (85%), le Mali (93%), le Sénégal (97%), Djibouti (97%), l’Algérie à (98%), la Tunisie (99%), le Niger (99%) et le Maroc (99,9%).

C’est quoi ce pourcentage ? C’est celui de la population du pays qui est de confession musulmane. Ces chiffres datent de 2010 et proviennent du PEW Research Center. Il est permis de douter qu’ils soient à la baisse !

Encore-là, il n’y a de problème que si vous croyez que c’en est un. Ce qui, pour les Patriotes, les « de souche » et autres militants de l’identité québécoise, généralement proche du Parti québécois en est un.

« L’été 2017 se termine alors que les nuages s’accumulent au-dessus de l’identité nationale québécoise. Il faut donc riposter avec force et opérer un redressement qui nécessite le retour d’une volonté nationale réelle et structurante aux commandes à Québec. »

J.F. Lisée

On s’enfonce un peu plus…

« La défense du français est une cause noble » nous affirment ad nauseam les militants de la Sainte Cause. NON ! Elle ne l’est pas… Dans la vie de tous les jours, nous défendons ce qui est faible. La langue française au Québec n’est pas fragile (et à défendre) à cause du nombre décroissant de ceux qui la parlent à la maison, mais à cause de sa piètre qualité. Notre français n’est pas à défendre, mais à renforcer ! Il a un grand besoin d’estime de soi, nous devons en être fiers et cela ne passera jamais par un gavage forcé, par des quotas radiophoniques, de télé, qui nous imposent ou nous font subir une quantité de contenu francophone de qualité médiocre, provoqué par l’absence totale de sélection. Limiter l’accès au produit international, majoritairement anglophone il faut le dire, c’est créer un désir, une demande, et les jeunes – beaucoup plus ouverts sur le monde – se tournent vers les nouvelles plateformes pour y avoir accès. La rareté crée la demande ! Les artistes québécois se plaignent de ne plus vendre de disques, d’être à peine téléchargée sur les Spotify et autres plateformes du genre; normal, les consommateurs de musique ont un ras-le-bol pas possible de les entendre. La playlist de mon fils de treize ans a 154 groupes de musique différents, de toutes les langues; la seule artiste francophone : Marie-Mai… Pourquoi elle ? Parce qu’elle fait de la musique au goût du jour. Elle chanterait en malgache que ça ne changerait rien au fait pour mon fils; sa musique est entraînante et c’est ce qu’il recherche.

Défendre la langue française… si votre enfant est malingre, chétif et qu’il se fait malmener… passerez-vous le reste de votre vie à le défendre ? Vous lui ferez des frères et des sœurs afin qu’il soit plus fort par le nombre, ou vous l’encouragerez à s’entraîner et se faire des muscles; à apprendre à rétorquer et à ne plus se laisser faire ? Ne répondez pas…

La tête pas de poule croit qu’avec le projet de loi 202 et en augmentant le nombre d’individus francophones dans la province, la langue française se portera mieux… NON ! Elle sera plus nombreuse, c’est tout. Croire qu’un immigrant, même s’il maîtrise le français, achètera des disques de Paul Piché, de Safia Nolin ou de Pierre Lapointe, c’est de croire en un drôle de Père Noël !

Est-ce que le Québec, lui, s’en portera mieux ? Je ne sais pas. La sensibilité de la question musulmane, l’acceptation et/ou le refus d’un accommodement (raisonnable ou pas), l’extrême différence de nos cultures, une certaine incompatibilité dans les croyances renforcée par une ignorance à peu près totale de ce qu’est l’autre et surtout une augmentation rapide, exponentielle, incontrôlée, de l’immigration musulmane fait en sorte que nous sommes assis sur une poudrière à révolte. Avec son projet de loi, le PQ (ou ce qu’il en reste) veut augmenter la quantité de poudre noire, alors que la poudrière commence déjà être suffisamment pleine, et ce, au nom de la sacro-sainte défense de la langue française…

N’est-ce pas ce même Jean-François Lisée qui aurait dit (en 2012), selon Lise Ravary, « qu’un Chinois de Shanghai qui connaît le français ne devrait pas être égal à un type de Bordeaux en France aux yeux des autorités de l’immigration. Parce que le Français va vivre en français alors que l’autre ne fera que parler français » alors que la question devrait être : qui du Chinois de Shanghai ou du type de Bordeaux vivra en Québécois, selon nos valeurs et respectant notre mode de vie ?

Tous les pays du monde voudraient l’immigrant parfait…

Existe-il ? Oui… Mais plus l’État augmente la quantité de normes pour le définir, moins il y en a. Ainsi, aux yeux de la population, la portion d’immigrants « dérangeants » sur le total sera toujours plus grande. Plus l’État dit au peuple que l’immigrant doit ou devra respecter un lot de règles pour être à l’image de la nation d’accueil, plus le citoyen de cette nation s’attend à ce que l’immigrant soit à son image dès son arrivée. Alors quand ce n’est pas le cas, par exemple avec les réfugiés, c’est l’État qui a provoqué ce sentiment d’envahissement par des gens aux valeurs différentes.

Tout bon péquiste vous dira, question de détourner le débat, que leur projet indépendantiste n’est pas que pour la protection de la langue, mais une farouche protection de la culture québécoise en générale. Parfait, demandons-leur de nous définir cette culture québécoise en 10 points. En étant fort probablement incapables de le faire, ils vous diront ensuite que l’important, c’est de pouvoir se diriger en tant que nation, de gouverner avec nos propres décisions politiques, de prendre en main notre avenir.

Alors faites-leur lire ce texte.

Leur tête pas de poule risque de tout faire foirer et leur mesure identitaire se retournera contre eux.

Ceci dit, ne soyez pas inquiets, tous les partis ont une tête !

CQFD !