Diplômé d’un baccalauréat en littérature française (Université du Québec à Trois-Rivières) et d’un certificat en journalisme (Université Laval), Olivier Kaestlé a commencé à s’exprimer dès 2006 dans les tribunes d’opinion sur une pléthore de sujets. C’est en créant son blogue en 2009 qu’il a choisi de se consacrer presque exclusivement à la condition masculine et à la dénonciation des injustices et iniquités vécues par les hommes et les garçons, tout en se vouant à la lutte à l’intégrisme religieux, qui menace de plus en plus les femmes et les filles ayant la chance de vivre selon les valeurs civilisées du Québec. Olivier co-anime également avec Lise Bilodeau l’émission « Tant qu’il y aura des hommes…  » sur les ondes de Radio Média Plus.ca.

BLOGUE État de siège !

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Les toilettes, véritable champ de bataille si souvent propice à la guerre des sexes...

Ne vous êtes-vous jamais demandé, assis dans les toilettes de parents ou d’amis, quelles protestations déchirantes, quelle détresse poignante en ont déjà fait retentir la cuve ? Avouez. Si les cabinets d’aisance pouvaient parler, quels tristes secrets familiaux confesseraient-ils ? Bien sûr, il y a la chasse d’eau oubliée, le rouleau de papier fini et non remplacé, le nettoyage négligé ou les occupants qui prennent les lieux pour une salle de lecture.

Mais il y a pire, vous ne le pressentez que trop ! Un psychodrame répétitif, qui illustre la trop fréquente incompréhension entre les sexes. Le nœud gordien, cause de ces tensions, enserre le siège des toilettes dans un étau tragique. Doit-il rester baissé ou levé ? On aura beau dire l’homme fondamentalement territorial, il faut lui reconnaître, sur cet enjeu domestique, une position de repli défensif. L’expression « reine du foyer » prend ici force de loi.

Sur cette question, n’en déplaise aux aficionados des études de genres, les deux sexes sont rattrapés par leurs différences morphologiques. L’homme voit le siège bidirectionnel tandis que sa partenaire tend à l’envisager unidimensionnel.

Il semble que ce n’est pas avant la vie à deux que certaines femmes entrevoient l’autre versant du siège des toilettes, enfin relevé et révélé, une prescience qui ne dépend pourtant pas d’un doctorat en génie mécanique. Le manque de modèles masculins et la problématique du père absent se cristallisent ici avec acuité, comme si paternels et frérots avaient vécu leur vie durant hors du pays, ou exilés dans le grand Nord québécois.

Imaginez une épouse infortunée, au lendemain de sa nuit de noces, avançant à tâtons vers la salle de bains, et découvrant pour la première fois d’un œil incrédule et horrifié un siège en position sinistrement verticale. Du coup, une ombre tragique voile son regard et ébranle sa stabilité conjugale, alors même que jaillit sournoisement de nulle part une musique stridente à la Psychose, semblable à celle où Anthony Perkins liquide Janet Leigh sous la douche !

L’esprit embrumé par sa polyvalence, l’homme, trop souvent, ne comprend pas la hantise verticale de sa partenaire, brutalement privée de ses repères. Il baisse ou lève l’objet à sa guise, avec une coupable insouciance. Comment peut-il continuer à vivre dans pareille insensibilité ? Pourquoi s’enlise-t-il dans la négation de la différence ?

Sa conjointe le suppliera de se pencher sur sa vulnérabilité, favorisant ainsi sa rédemption par la femme. De vilaines langues accuseront celle-ci d’asseoir son autorité domestique, après avoir choisi la maison, décoré l’intérieur, sélectionné les meubles, brûlé le vieux linge du conjoint et fait euthanasier son chien. Comment voir dans sa quête de compréhension une quelconque soif de contrôle ?

Par-delà ces considérations éthiques, des impératifs sécuritaires doivent alerter le compagnon soucieux du bien-être de sa partenaire de vie. Si celui-ci, par sa vision innée à deux sens, vérifie instinctivement la position du siège avant de s’asseoir, sa conjointe, qui garde du même objet une image figée, n’aura pas toujours ce réflexe. On devine, chez un être aussi peu assuré qui, dit-on, peut penser jusqu’à trois choses à la fois, les mille dangers qui peuvent l’assaillir.

De tels périls pourraient cependant être évités par une approche éducative dès le plus jeune âge. Dans leur marche résolue vers l’autonomie, les femmes de demain pourraient développer, dès l’école maternelle, une prise sûre et préventive sur leur devenir par l’initiation à la complexité de la bidirectionnalité du siège de toilettes.

Des exercices pratiques, simples et concrets, tels le lever et le baissé du siège, effectués à intervalles réguliers, pourraient développer chez les fillettes des automatismes salutaires. Finis, une fois adultes, les crises de panique et les sentiments d’impuissance devant un siège dramatiquement relevé.

En attendant cet âge d’or, la standardisation de sièges fluorescents, aisément repérables dans l’obscurité, et l’ajout de rampes de sécurité pourraient réduire considérablement les risques d’accident.

Devant les défis futurs de la vie à deux, prévention, altruisme et autonomie nous garderont de positions âprement assises…