BLOGUE | Les pays d’en haut, nouvelle version : tout compte fait, je préfère la dernière…

Parlez-en en mal, parlez-en en bien, mais parlez-en dit l’adage ! Pour une fois qu’on a une série télévisée qui nous replonge dans notre passé pas si lointain, ce passé qui est bel et bien à nous, faut-il vraiment s’émouvoir des petites erreurs historiques et des anachronismes que d’aucuns disent y avoir notés. Quelle est la part du vrai et la part du faux entre la Donalda de la première version et celle de la seconde ? Entre le Buies de la première et celui de la seconde ? Entre le Séraphin tenu par Jean-Pierre Masson et celui tenu par Vincent Leclerc ?

Pour les puristes qui s’ennuient de la première version et aimaient bien voir Donalda soumise comme une poupée, pour ces messieurs qui aimaient bien le Ti-Père Ovide joué par Pierre Daigneault et tous ces autres, cessez de vous en faire pour si peu, tout compte fait j’aime beaucoup mieux la seconde version que la première, car elle a au moins le mérite de lever un coin du voile sur un côté oublié de la vie quotidienne dans notre ancien temps.

Il faut lire les Mémoires de Val-D’Ombre (pseudonyme de C.-H. Grignon), pour savoir comment il a construit ses personnages. Et il ne faut surtout pas tenir rigueur à la dernière version westernisée pour le déphasage de la fresque historique. Pour être en mesure de faire sa production télévisée et filmographique, Grignon a dû se plier à la censure de l’Église catholique, trahir tous ses personnages et en faire des êtres soumis, pleutres et incapables de quelque rébellion. Ce qui n’était manifestement pas la réalité.

D’ailleurs, la version que nous écoutons est inspirée de la série Deadwood, produite par HBO voilà une dizaine d’années. Personnellement, j’aime mieux le Séraphin et la Donalda d’aujourd’hui, qui sont infiniment plus près de la réalité historique que dans la version première. Pour l’utilisation des armes à feu, je vous signale que le port d’arme dans les rues était tout à fait légal jusqu’en 1935, dans les villages des régions. Regardez les fresques de Krieghoff et vous allez voir des Indiens portant fusils à la main dans les rues de Québec au milieu du XIXe. Même le port du revolver, quoi que moins populaire que chez nos voisins du sud, était totalement libre jusqu’au milieu des années trente.

Pensez-vous seulement qu’il n’y avait pas de violence à cette époque ? Pas de femmes homosexuelles ? Pas de femmes à la cuisse légère ? Pas de femmes rebelles ? Pas de coups de fusil dans la nuit ? Pas de curés libertins aimant le whisky blanc ? Pas de maires pourris ?

Ben voyons donc !

Pour celui qui, ce matin sur le net, s’est offusqué d’avoir vu apparaître un « maudit Musulman » [sic], qu’il se console, ce n’était pas un musulman, mais un Syrien. Et il était probablement chrétien ?! Car il y en avait plein au Québec à la fin du XIXe. De même que les Doukhobors venus de Russie, des Irlandais, des Écossais, des Français, etc. Ces Syriens se faisaient « peddleurs » comme on disait à l’époque. Au Saguenay comme dans toutes les régions de colonisation, ils ont partagé cet espace publique avec les commis voyageurs, ont fait connaître les premiers produits exotiques comme les oranges et les bananes, et présenté les premiers spectacles visuels avec la fameuse lanterne magique (eh oui, ce sketch était éminemment véridique et d’époque !)

C’est exactement ce que l’on voit dans la nouvelle version des Pays d’en Haut. Oui, il y a plusieurs erreurs historiques dans ce dernier cru, mais cette version est plus près de la réalité que la première où tout le monde était soumis envers les institutions, ce qui est loin d’être vrai.

Prenez, par exemple, l’anti-cléricalisme d’Arthur Buies. Eh bien, le bonhomme s’était même engagé, dans sa jeunesse, dans les Troupes de Garibaldi, l’armée populaire levée pour combattre le pape par les armes. Alors, quand on le voit brutaliser un faux prêtre et critiquer l’archevêque, cela tient le coup. Buies ne s’était converti au christianisme que sur la fin de sa vie, après avoir eu, dit-on, une apparition de la Vierge Marie.

Russel-Aurore Bouchard (née Russel Bouchard le 4 octobre 1948 à Chicoutimi) est une écrivaine et historienne québécoise habitant la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Elle s’est spécialisée dans l’histoire de cette région et a produit de nombreuses publications sur ce sujet. Ses derniers ouvrages sur l’ethnogenèse du Peuple métis de la Boréalie québécoise lui valent, aujourd’hui, d’être reconnue comme une spécialiste en ce domaine ainsi que le lien de mémoire de son peuple.

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