Éternel étudiant mais surtout lecteur assidu souffrant d’une insatiable faim de boulimique pour la littérature française. Toutefois, ce n’est que sur le tard, qu’il résolut de devenir le plus grand écrivain de sa génération ; depuis, il y travaille d’arrache-pied mais ne pousse pas la chose au point de se les casser bien qu’il lui arrive, encore, d’écraser ceux de ses partenaires lors des soirées dansantes et mondaines.

BLOGUE | Un crime de lèse-sécurité

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C’est sur une berge d’un renommé fleuve dont les deux rives sont habitées qu’a débuté notre histoire. Un célèbre maire, dont nous tairons le nom et ne dirons que sa haute stature politique n’est point rendue par sa taille physique, y avait convié tout son monde afin de leur y faire une importante adresse.

Il était là, bien perché sur son estrade, mais, malgré cet avantage, peinait à dépasser les tailles les plus moyennes qui se trouvaient devant bien assises. On sait que cela avait été primordial dans son engagement politique, mais peut-être que depuis, la puissance et la gloire étant venues, il n’y pensait plus. Toujours est-il qu’après que quelques flashs de caméras eurent salué son arrivée au micro, il se lança :

– Bon, y’en a qui le savent peut-être pas, mais là, derrière moi, c’est une scène de crime. J’dis ça pas’que je sais qui en a qui le réalise pas, ça. N’empêche que c’est la vérité. Pis, que c’est ça. La semaine dernière, le fleuve a tué une jeune fille… hein? Oh pardon, un instant!

Il se retourna pour consulter un de ses attachés, après un court conciliabule, il revint à son public.

– Bon, on me confirme qu’elle s’identifiait bin comme une fille, y a pas de fluide dans st’histoire-là. Bin à part le fleuve-là! Pis, était belle en plus, la petite fille! Moi, je vous le dis, je trouve ça épouvantable pis je vous le dis, ça peut pas continuer comme ça. J’ai parlé avec le père de la victime, pis j’ai accepté sa proposition de légaliser le fleuve. On va tout faire pour faire bouger ce dossier-là, pis vite! Là, j’espère que le maire de la ville d’en face va nous épauler pis que les autres paliers de gouvernement vont comprendre que ça presse! Si tout va bien, on pourra commencer à drainer le fleuve avec nos cols bleus cet été pis finir d’ici quarante ans. Avez-vous des questions?

Des questions, il y en avait, mais elles furent brèves, car la déclaration échevinesque fut suivie d’un touchant témoignage du père de la victime qui sut bien remonter tous les membres de sa tribu contre les fleuves. Pour les quelques sceptiques, il fit une grande tournée des plateaux médiatiques culminant par une certaine émission du dimanche soir où son passage fut très remarqué et applaudi de part et d’autres, faisant disparaître l’habituelle partisanerie en attendant d’en faire autant du meurtrier cours d’eau.

Le maire de la ville d’en face fit savoir qu’il s’opposait au projet : sa ville n’en avait pas les moyens et il préconisait plutôt un pont ou un tunnel ce qui rendrait, selon lui, obsolètes les tentatives de traversées à la nage et qui devrait, toujours selon lui, réduire à zéro les noyades. Cette sortie fut la cause d’une grande querelle entre les maires des deux rives. Heureusement, contrairement aux anciens usages des anciennes querelles entre princes, personne n’eut à périr si ce n’est que quelques neurones appartenant à ceux qui décidèrent de bravement suivre le débat entre les deux hommes.

Sentant le vent, aucun membre du Parlement ne souhaitant être associé à un fleuve qui avait déjà pris la vie d’une jeune fille, au demeurant fort belle et jeune, vota comme un seul homme la proposition du premier maire. Pour la mesure, on décida de tout de même construire le tunnel du second, mais je dois dire que cette mesure d’apaisement donna lieu à de houleux débats et qu’elle ne se vota qu’avec les trois quarts des élus du peuple – un moment déchirant de notre démocratie!

La suite de l’histoire, vous la soupçonnez peut-être? Se trouvant privée d’eau, la population dut s’abreuver exclusivement dans ses dépanneurs, ce qui l’exposa aux dangers plus insoupçonnés et d’autant plus vastes de la tentation de certaines boissons contenant plus de 6% d’alcool et d’autres vilaines choses encore ; on appela cette période La Grande Boucherie des Jeunes Filles.

Heureusement, on abolit cela aussi et le peuple mourut de soif et l’on eut enfin la paix.