Éternel étudiant mais surtout lecteur assidu souffrant d’une insatiable faim de boulimique pour la littérature française. Toutefois, ce n’est que sur le tard, qu’il résolut de devenir le plus grand écrivain de sa génération ; depuis, il y travaille d’arrache-pied mais ne pousse pas la chose au point de se les casser bien qu’il lui arrive, encore, d’écraser ceux de ses partenaires lors des soirées dansantes et mondaines.

BLOGUE | Quelque chose comme un drôle de peuple

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L’autre jour, un ami me parla d’un peuple aux mœurs bien particulières et ce qu’il m’en dit me parut si formidable que je ne me garde pas du plaisir de vous le partager.

D’abord, je me dois de vous dire que je ne connais ni le nom ni la location de cette peuplade. Mon ami qui a beaucoup voyagé en a entendu parler d’un officier de la marine marchande alors qu’il se trouvait à Alexandrie. Il s’agit d’un peuple si isolé que même le grand Levi-Strauss ne les approcha jamais et que seules quelques personnes mortes ou vivantes ont affirmé être entrées en contact avec ces gens. Et, j’avoue que si mon ami ne m’avait assuré solennellement de leur existence, je n’en croirais rien tant leur mode de vie, tel qu’il me le décrit, me parut si singulier et étrange.

Mais enfin, vous en serez juges!

En ces contrées, que je ne saurais vous décrire avec détails puisque personne ne les a vues, la vie est sans doute en bien des aspects semblables à celle que nous connaissons ici et je ne m’y étendrai donc pas. Convenons simplement que vous devez vous figurer des gens comme vous et moi, du moins sur le plan physique, car pour l’esprit c’est bien autre chose, comme vous allez le voir.

Ce drôle de peuple n’aime pas les désordres et pour les éviter, il s’est doté d’un roi. Il faudra revenir sur la figure du monarque, mais avant, je veux vous parler d’autres usages. Très égalitaire dans ses fibres, cette peuplade ne semble connaître ni les extrêmes pauvres et à peu près pas de grands opulents ; sauf, en ce qui concerne une caste bien étrange! En effet, ce peuple qui ne tolère que bien mal les têtes qui dépassent n’est rien de moins que follement prodigue lorsqu’il s’agit de couvrir de ses libéralités cette classe vivant à part des autres. Mon ami n’a pu me donner le détail de son rôle, mais il m’en dit tout de même que rien ne leur est jamais refusé et il me partagea une histoire à laquelle je n’ajoute que peu de foi : apparemment, chaque fois que l’un des membres de cette singulière caste daigne mettre une tenue cérémonielle, la non moins singulière peuplade lui jette de l’or — mais, cela parait incroyable même à moi, je vous avais prévenu.

Ce que fait le roi

Maintenant, revenons à ce roi dont le pouvoir sur son peuple est suffisamment grand pour qu’il vaille la peine d’en parler longuement. Je l’ai dit plus haut, la présence du monarque s’explique par l’aversion qu’ont ces gens pour les désordres. Sachez, que le roi n’est point nommé à vie et qu’il ne sert que pour un temps limité. Mais, je vous prie de prendre patience, avant de vous indiquer comment ce peuple choisit son sir, je vais vous parler de son rôle principal. Certes, ce dernier a pour but premier d’assurer le gouvernement et il le fait en assumant d’abord un rôle religieux. Mais attention! Cette religion n’est en rien comme celles que nous connaissons et ne prétend à aucune forme de transcendance, purement pratique, elle rappellera beaucoup les usages des peuples anciens.

Donc, le roi est entouré de mages qui lui tendent des feuilles sur lesquels se trouvent des tableaux, me dit-on, et bien des chiffres. Il n’est pas une décision que ne prend le maître de ces lieux sans avoir consulté ces drôles de feuillets et s’il ne les comprend pas, les mages qui les lui ont fournis les lui expliquent en détails. Si cela est magique, ça ne passe pas pour bien sorcier, en voici le procédé : le maître se penche sur ces papiers, en lit les chiffres et si la tendance de ces derniers est haussière alors le maître adopte une résolution et si ce n’est pas le cas, il la dédaigne. Il n’y est rien, en ce pays, que l’on ne décide de la sorte. Rien, je vous l’assure! Gardez cela en tête, je vous prie, nous allons maintenant passer à comment ils se donnent leur roi.

Le choix du roi

C’est un drôle de procédé que le leur et qui a aussi sa part de cette étrange religion que je viens de vous décrire. Donc, à date ponctuelle, le peuple se réunit en un endroit et tous ceux qui aspirent à l’empire tâchent de les convaincre qu’ils feraient le meilleur maître. Pour se faire, ils leur tendent ces feuilles avec des chiffres et ils citent leurs propres mages. Le peuple porte beaucoup d’attention à ses babillages et lorsqu’il ne les écoute pas, il écoute d’autres gens qui leur expliquent en compagnie d’autres mages laquelle des feuilles chiffrées est la meilleure — ils sont rarement d’accord entre eux. Cette drôle de coutume dure un certain temps et après l’étalement de bien des tableaux et d’encore davantage de chiffres, le peuple se choisit un roi. À la prochaine échéance, le peuple lui demandera des comptes sur l’évolution de ces chiffres et sera sans pitié s’ils sont baissiers mais oubliera volontiers toutes les offenses qui lui ont été faites s’ils sont haussiers.

Peut-être, ne me croyez-vous pas sur ce dernier point et pourtant, mon ami m’a rapporté une histoire assez édifiante sur la question. Je vous la livre :

À un moment qui me serait impossible de vous indiquer avec précision, un de ces monarques choisis eut une lubie. Celle-ci ne lui était dictée par aucun mage ou feuille à chiffres. Non. C’était plutôt un profond mépris pour ses charges qui la lui inspira et il profita que ses mages et feuilles lui indiquèrent de fortes tendances haussières pour la mettre en application. Il décréta que tous les débuts de semaines, le peuple devrait venir à lui afin qu’il leur infligeât, à tous, un violent soufflet au visage. Puis, il associa à ce décret un second qui stipulait que le peuple devait revenir à lui le lendemain afin de présenter ses excuses à Sa Majesté de ce que leurs rudes visages aient causé quelques douleurs à la royale main. Ce décret fut respecté tout le temps que dura le règne de ce roi.

Je dois vous dire de nouveau que je ne porterais aucune foi à ce récit si mon ami ne le tenait, lui-même, pour sûr, ce dont il m’en fit plus plusieurs fois l’assurance. Donc, pour nous, il est évident que ce roi ne se verrait pas reconduit dans ses fonctions régaliennes lors du prochain choix et pourtant, le peuple fut tant impressionné par ses chiffres à la hausse ainsi que ses libéralités envers les membres de la caste qu’il décida de le garder pour roi, et ce, pour plusieurs règnes!

Je pourrais encore vous raconter bien d’autres choses que m’a dit mon ami voyageur de cette exotique peuplade dont ne sait où mais je me doute qu’après toutes les histoires, bien que vraies, mais paressant invraisemblables aux esprits sensés, que vous venez d’entendre, vous auriez le sentiment que j’abuse de votre crédulité et en viendriez à ne plus croire en l’existence même de ce peuple; et avant que vous ne traitiez mon ami de menteur, je préfère m’arrêter ici.