Stéphane Gagné est diplômé en Arts et Lettres et a aussi été candidat du Parti Conservateur du Québec. Ancien membre du Parti Québécois, il a même fait partie de l’équipe de campagne électorale du député et ancien premier ministre du Québec Bernard Landry. Élevé dans la mentalité gauchiste, c’est son obsession à arriver au fond des choses pour obtenir la vérité qui l’a éventuellement poussé à changer son fusil d’épaule et devenir un gars de droite. Au fil des années il a partagé ses opinions par écrit sur plusieurs médias et aussi comme conférencier.

BLOGUE | Je suis indécis

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Concernant le cas de cette jeune aspirante policière qui souhaite conserver le droit de porter un voile avec son uniforme, je vais vous surprendre; je suis indécis. Pourquoi? Parce que d’abord le problème est plus complexe qu’il n’y paraît, et qu’on ne doit pas l’aborder sur la simple base de nos réactions émotives.

Plusieurs sont sous l’impression que je suis antimusulman; or, il n’en est rien. Si sur les réseaux sociaux je partage parfois des articles de journaux sur le sujet c’est simplement que, comme plusieurs citoyens, je me sens concerné par la vitesse fulgurante à laquelle nos instances gouvernementales ouvrent les portes aux arrivants de tous acabits, et ce, sans se soucier le moins du monde du choc des cultures qui en résultera inévitablement. Je suis inquiet également du manque d’écoute de nos gouvernements face aux soucis légitimes exprimés par les citoyens. Nous ne pouvons ni ne devons ignorer ce fait social. Le cas de la jeune Sondos Lamrhari ne fait que rouvrir le débat que les libéraux tentent obstinément de réprimer.

Il ressort beaucoup d’arguments valables autant du clan du « pour » que du clan du « contre » et voilà pourquoi je demeure indécis. Mais il ressort aussi beaucoup d’erreurs de jugement envers ce cas et c’est surtout ce que je souhaite faire ressortir ici. Ce cas semble un cas excellent pour remettre les pendules à l’heure en ce qui concerne la définition de la laïcité. Premièrement, analysons quelques arguments offerts :

« — Le port de l’uniforme devrait être obligatoire pour tous les agents. »

La demoiselle ne refuse pas de porter son uniforme, ni ne souhaite y soustraire quoi que ce soit. Elle souhaite simplement y faire un ajout. Si elle voulait se soustraire à un élément de l’uniforme, le cas serait déjà différent, mais ce n’est pas le cas ici.

« — Si elle porte ça, qui dit qu’elle sera neutre dans sa manière de traiter les gens? »

Même si elle ne le met pas, rien ne garantit qu’elle ou aucun autre policier traitera les gens équitablement. Cela ne tient pas à un bout de tissus.

« — Les personnes qui représentent le gouvernement ne devraient pas porter de signes religieux apparents. »

Voici certainement un point valable qu’il est absolument essentiel d’analyser et définir :

Premièrement il faut clarifier : que doit-on entendre par les « personnes qui représentent le gouvernement »? J’ai remarqué que ces belles paroles sont utilisées à toutes les sauces de nos jours et que ça permettait souvent à notre gouvernement d’en abuser. Alors je vous propose de regarder certains points un par un :

1) Il est grand temps de faire la différence entre un EMPLOYÉ de l’État et un REPRÉSENTANT de l’État. Dans notre belle société de plus en plus socialiste, l’État fourre son nez partout! Les soins de santé? L’État a dit « JE paie! ». Les garderies en milieu familial? Le gouvernement, toujours sous prétexte de nous faire une bénédiction, dit encore « JE paie! ». Etc., etc.

Or, il y a une différence entre être payé par l’État et représenter l’État!

Une infirmière ou un préposé sont peut-être rémunérés par l’État, mais ils n’en sont certainement pas ses représentants! Ce n’est pas leur boulot. Nous dira-t-on qu’une monitrice de garderie est une représentante de l’État?!? Si c’est le cas, aussi bien dire que nous sommes rendus en ancienne URSS!

Les gouvernements (tout comme nous, les citoyens) doivent réaliser que lorsque l’État se fourre le nez dans une entreprise, ça ne fait pas automatiquement des individus de cette entreprise des représentants du gouvernement. Un enseignant ne représente pas l’État – encore une fois, nous ne sommes pas en URSS ou sous le régime des Khmers rouges – un enseignant représente l’apprentissage et le savoir académique, et ces derniers n’ont pas d’appartenance politique. Il ne parle pas au nom de l’État, pas plus que l’infirmière et pas plus que la monitrice de garderie.

Donc, voici : nous devons comprendre que la différence entre un employé/fonctionnaire rémunéré par le gouvernement et entre un « représentant de l’État » devrait être discernable de par sa fonction selon l’élément suivant; est-il/elle un « magistrat »? Voyons la définition du terme :
1
. Fonctionnaire ou officier civil investi d’une autorité juridictionnelle, administrative ou politique.

2. Fonctionnaire public de l’ordre judiciaire, ayant pour fonction de rendre la justice ou de réclamer, au nom de l’État, l’application de la loi.

Notez bien que les magistrats de la loi doivent se revêtir des uniformes que l’État choisit pour cette fonction. Pourquoi? Dans le système britannique, d’où nous tenons l’origine de la noblesse des toges/robes, il y avait (après les grandes réformes religieuses) pluralité de confessions religieuses chrétiennes parmi ceux qui occupaient des positions de juges ainsi que parmi les officiers de l’État tels que les policiers et les procureurs. Pour assurer la neutralité de l’État dans les jugements rendus par ces instances officielles, tous comprenaient l’importance de revêtir l’uniforme d’usage pour assurer cette neutralité. C’était au point où chacun devait même porter la perruque blanche qui illustrait les cheveux blancs de la sagesse.

Le but de la toge n’était pas de renier ses croyances religieuses, mais bien de savoir se placer dans la posture de représentant de l’État et non de sa chapelle. Cette posture ne change rien aux valeurs et convictions qui habitent l’officier de justice, mais ça change tout pour celui qui est jugé et qui sait que la Loi qui le juge n’est pas celle de l’homme sous la toge, mais la Loi qui impose la toge. (Merci à mon copain historien Réal Gaudreault pour ces explications.)

Donc, un bon point en faveur du respect de l’uniforme, mais qui vient en même temps de nous rappeler quelque chose qu’il est temps de régler une fois pour toutes :

Ceci ne s’applique pas à la simple fonction publique non magistrale! Une infirmière n’est PAS une représentante de l’État! Lorsqu’il/elle a prêté serment d’Hippocrate le/la médecin n’a jamais porté serment de représenter l’État dans l’exercice de ses fonctions! Donc réglons ça une fois pour toutes :

La laïcité ne peut être imposée à un individu uniquement sous prétexte qu’il est rémunéré par l’État.

2) Si la laïcité (séparation de l’Église et de l’État) est parfois applicable pour certains représentants du gouvernement, CES DERNIERS N’ONT ABSOLUMENT AUCUN droit de l’imposer aux citoyens. Le citoyen n’est pas concerné par cette obligation de séparation. C’est la séparation de l’Église et de l’État ET NON celle de l’Église et du CITOYEN! Je le répète, le citoyen n’est pas concerné. Sinon, ce sont NOS droits et libertés qui sont menacés.

À titre d’exemple, prenez la scène familière suivante : vous vous trouvez au comptoir d’une succursale de la Société d’Assurance Automobile du Québec (SAAQ) après avoir attendu 45 minutes, bien entendu. La ou le représentant derrière le comptoir doit-il se voir interdire le port d’un signe religieux? À proprement parler il n’est pas un magistrat et son employeur ne lui impose aucun uniforme, mais le point que je veux faire comprendre avec cet article est le suivant :

La règle pour celui qui est DERRIÈRE le comptoir (le préposé au service) ne s’applique PAS à celui ou celle qui se trouve DEVANT le comptoir, soit le bénéficiaire du service (vous)!

Pourquoi est-ce si important pour nous de comprendre ça? Car il en va de la préservation de nos droits et libertés. Le cas suivant vous le prouvera :

Récemment l’éditeur de dixquatre.com a reçu le témoignage d’un homme à qui des préposés de la SAAQ ont EXIGÉ de retirer la toute petite croix qu’il avait à son cou avant de prendre sa photo de permis de conduire. Comme vous êtes à même de constater sur la photo de la croix en question, le bijou ne cachait nullement son visage.

(Merci à l’homme en question qui nous a permis de publier cette photo.)

Ceci est l’exemple parfait d’un ABUS illégal. Comment un gouvernement qui permet désormais d’aller voter avec le visage couvert peut-il par la suite interdire à ses citoyens de porter une petite croix au cou pour une photo du visage?!?

Ces préposés de la SAAQ ont clairement outrepassé leur autorité! Si le gouvernement qui les emploie exige d’eux de ne porter aucun symbole religieux (ce qu’ils pourraient contester), eux, en revanche, n’ont absolument aucune autorité leur permettant d’exiger la même chose d’un citoyen! La séparation de l’Église et de l’État s’applique d’abord aux magistrats qui représentent la loi, et possiblement aux représentants de l’État durant leurs heures de travail, point! (En dehors de ses heures de travail, il est évident que même un magistrat ou un représentant de l’État a le droit de fréquenter une église.)

À la lumière cette analyse, je dois conclure que la demoiselle qui souhaite joindre les forces policières ne devrait probablement pas avoir le droit au port du signe religieux. Je conclus également que le gouvernement (et ses diverses instances) abuse régulièrement de son autorité en la matière lorsque ça concerne les citoyens réguliers (nous). Donc, si nous tenons à préserver nos droits et libertés gardons l’œil ouvert. La laïcité est un principe qui s’applique à l’État et qui ne peut empiéter sur la liberté des citoyens. Pour ma part, je ne porte pas de bijoux normalement, mais là j’avoue qu’à ma prochaine photo pour la SAAQ, j’ai bien envie de me trouver une petite croix à porter juste pour l’occasion.