Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

Le chemin des Quinze a été la 1re route de l’Abitibi-Témiscamingue!

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Une vue du village de Baie-des-Pères (Ville-Marie) d'où partait le chemin des Quinze.

La première route à avoir été construite en Abitibi-Témiscamingue l’a été au Témiscamingue, première de ces deux régions à avoir été colonisée. C’est le chemin des Quinze, qui reliait et joint encore Ville-Marie (alors Baie-des-Pères) et la baie Gillies, au sud-est du lac des Quinze.

Par Ghislain Loiselle, blogueur

Ainsi, on peut être sûr que lorsqu’on roule sur la 382, entre Fugèreville (alors Notre-Dame-du-Mont-Carmel) et la baie Gillies, vers Latulipe-et-Gaboury, on se trouve sur la toute première artère routière de cette partie-ci du Québec.

C’est le capitaine Alex Dupont et son équipe qui l’ont construite, à l’automne 1884. C’était pour les chantiers de Allan Grant, ainsi qu’on peut le lire dans Notes historiques sur le Témiscamingue de 1937 d’Augustin Chénier, régistrateur. M. Grant était un grand colonisateur du Témiskaming ontarien.

Le chemin des Quinze… par Lorrainville

Le chemin des Quinze passait par Lorrainville. La section de route reliant Ville-Marie et cette ville en fait donc partie.

On réalisait plus, à l’époque, la nécessité des voies de terre.

Le chemin des Quinze… par Fugèreville

On peut par ailleurs lire dans le livre du Centenaire de Fugèreville (1912-2012) que, aussi,  »cette route emprunte les rangs 10 et 11 (ou X et XI qui est la forme normalement utilisée) ». Elle surgit donc du sud du village de Fugèreville depuis Lorrainville en passant par le petit carrefour en Y menant toujours à Fugèreville aujourd’hui, mais conduisant également, si on vire vers l’est, au lac Moran et à Hunters Point en suivant le chemin de pénétration de Béarn-Kipawa.

Une précision doit toutefois être apportée. Une carte de 1958 du  »Département des terres et forêts de la province de Québec » montre qu’après la fourche en s’en allant vers Fugèreville depuis Lorrainville, au début du grand droit, au sud de N.-D.-du-Carmel, une branche de chemin continue vers l’est en suivant la ligne des rangs X et XI, traverse vers le nord-est le rang X et le rang IX à 45 degrés et débouche directement à la courbe en haut de la grande côte du mont Carmel. Cette portion de route était probablement une partie du chemin des Quinze puisqu’on dit bien qu’il traversait les rangs X et XI. Ma carte indique clairement les cantons, les rangs et les lots. Le chemin des Quinze devait à l’origine avoir comme section celle qui coupe des lots jusqu’au croche du haut de la côte du Carmel. Et, de là, se rendre à la baie Gillies (la route asphaltée qu’on utilise encore en 2018). Si le chemin a effectivement continué sa course entre les rangs X et XI du canton Laverlochère, les 7e, 8e, 9e et 10e lots du rang X ont été coupés par le chemin des Quinze ainsi que les 10e, 11e, 12e, 13e et 14e lots du rang IX.

Depuis le village de Lorrainville jusqu’à la baie Gillies, toute cette affaire de chemin des Quinze se déroule dans le canton Duhamel pour la section Ville-Marie-Lorrainville et, pour le reste du chemin, dans le canton Laverlochère qui a été proclamé en 1895. Les deux poches de population de Lorrainville se situent à la jonction des cantons Duhamel et Laverlochère.

Deux branches peuvent toutefois très bien avoir été utilisées pour rejoindre la baie Gillies au bout d’un certain temps, après quelques décennies. Fugèreville a comme date de départ officielle 1912. Le chemin des Quinze peut donc avoir eu deux branches, à un moment donné, celle coupant une dizaine de lots et l’autre faisant un équerre en passant par le village et en suivant les limites des rangs en n’entrecoupant aucun lot jusqu’en haut de la côte du Carmel. Les deux se rejoignent au même endroit, au haut de la côte. Le chemin entrecoupant les lots existe-t-il encore sous forme de sentier ou autre? Il faudrait aller marcher les terres pour le savoir. En attendant, on peut voir le chemin sur de vieilles cartes.

Comme l’écrit M. Chénier, en hiver, le chemin des Quinze faisait assez bien la job. Mais au printemps et à l’automne, à cause des pluies et du terrain délavé, il fallait souvent deux jours juste pour parcourir Ville-Marie et Lorrainville. Le chemin était donc plus ou moins carrossable de part et d’autre des équinoxes.

En 1888, un M. Bureau avait été envoyé dans la région par l’État québécois pour s’assurer de l’amélioration de ce chemin que la Société de colonisation avait fait élargir ou du moins éclaircir, en attendant, en 1886. Même chose pour un autre chemin que les colons avaient tracés le même automne 1884 entre Baie-des-Pères et le canton de Guigues. Un petit réseau se mettait peu à peu en place.

Intéressantes citations

 »Pour que la voiture passe, sur le chemin des Quinze, il faut parfois que toute la famille en descende pendant que les hommes la poussent et la retiennent pour ne pas qu’elle tombe à la renverse. Le voyage est parfois long et épuisant. Par tous les moyens, on essaie de rendre cette route pratiquable. En plus de mettre des croûtes de bois et des résidus de moulins à scie pour la solidifier, on improvise des canaux d’égouttement, un de chaque côté, en faisant un trait à la charrue. Les colons doivent aussi crever les ventres-de-boeuf causés par l’accumulation d’eau sous la glaise qui compose une grande partie des terrains. On se sert aussi du cheval.

Si le cheval  vient à s’embourber, il faut le pousser afin qu’il n’ait pas le temps de s’enfoncer trop profondément. On doit planter des poteaux. Sans doute qu’ils servent de points d’ancrage pour tirer. Ce n’est qu’en été et en hiver que ce chemin et les autres sont passables entre les localités. Selon les saisons, il faut donc choisir les meilleurs temps pour se rendre chez les parents et amis ou aller chercher les nécessaires provisions, ici et là, dans les villages avoisinants. Pour pouvoir circuler le mieux possible sur le chemin des Quinze comme sur les autres, des hommes y passent à plusieurs reprises un rouleau tiré par des chevaux. Aussi, chaque famille est responsable d’entretenir son bout de chemin. » C’est ce qui est notamment écrit dans le volume des 100 ans de Fugèreville concernant les routes.