Le mystère atikamewk de Louisa d’Obédjiwan

Il y aura bientôt 85 ans, le 30 décembre 1934, Louisa, 6 ans, de la réserve indienne d’Obédjiwan, en Haute-Mauricie, était égarée en forêt depuis des heures, en pleine nuit, en plein hiver.

Par Ghislain Loiselle

Les Atikamewks la cherchaient en vain. Les Indiens avaient beau crier, appeler, il n’y avait aucune réponse.

Le petit Jérôme, le frère jumeau de Louisa, était bien inquiet. Il regardait sans cesse par la fenêtre de leur maison, en direction du bois.

Soudain, contre tout attente, il a vu sa soeur arriver près de la résidence. « Voilà Louisa! » s’est-il alors écrié, étonné et heureux.

Louisa est réapparue…

La mère a aussitôt ouvert la porte et a aperçu sa fille qui, avant d’entrer, secouait la neige de ses bas.

 »Mais qui donc t’a retrouvée. Qui t’a ramenée? » a dès lors demandé la maman.  »Celui qui est derrière moi », a répondu sa fille. Sa mère a eu beau regarder, elle ne voyait personne. Il n’y avait personne derrière…

Pendant quelques jours, Louisa est demeurée absorbée, mystérieuse. Elle priait, les mains jointes, ce qu’elle n’avait jamais fait jusqu’alors.

Louisa raconte

Voici ce que l’enfant a raconté :  »Perdue, j’ai monté d’instinct une colline. J’ai vu près de moi un tout petit oiseau qui me regardait. J’ai alors entendu une voix d’enfant qui m’a demandé dans ma langue indienne  »Peux-tu retourner seule chez toi? » Je lui ai répondu que non. « Je vais te conduire! » a reprit la voix.

 »À l’instant même, comme si quelqu’un m’avait poussée sur les épaules, je me suis vue ramenée chez mes parents. J’avais beau tourner et retourner ma tête, je ne pouvais voir, en chemin, qui me touchait. On ne marchait pas dans la neige. Et je n’avais ni froid ni peur »…

Le père Guinard l’écrit

Joseph E. Guinard, oblat de Marie-Immaculée (o.m.i), écrit dans son livre de la première moitié du siècle dernier, intitulé Les Noms indiens de mon pays, leur signification, leur histoire, avoir été témoin de ce fait. Car il prêchait alors, à cette mission catholique-romaine Tête-de-Boule, aux Indiens d’Obedjiwan.

Obedjiwan… Opitciwan

L’histoire étant contée, voici à propos d’Obedjiwan. Il s’agit d’une réserve enclavée dans l’agglomération de La Tuque, au Québec. C’est la plus isolée de la nation atikamekw au Québec et au Nitaskinan.

Cette communauté est habitée par les Atikamekw d’Opitciwan, dans l’orthographe atikamekw standardisée. Le nom Opitciwan signifie  »courant du détroit » (de obé, oba : détroit, rétréci, et de djiwan : courant).

La réserve est localisée entre le lac Kamitcikamak à l’ouest et la baie Wopisiw à l’est. En face, donc côté sud, il y a la pointe Martel-Kiwam qui s’avance dans le lac Toussaint.

Le père Guinard écrit que ce détroit est élargi depuis qu’on a construit le barrage La Loutre sur la rivière Saint-Maurice, ce qui a constitué le réservoir Gouin appelé Mercier un certain temps.

Elle est précisément située sur la rive nord du réservoir Gouin. Voici les distances. 143 kilomètres à vol d’oiseau au sud de Chibougamau. 118 kilomètres toujours en ligne droite au nord de Wemotaci. Et 217 kilomètres en ligne directe au nord-ouest de La Tuque.

Cette réserve isolée est accessible par un long chemin forestier de gravier de 146 kilomètres qui rejoint vers l’est la route 167 (Québec) reliant Saint-Félicien à Chibougamau. De là, la distance par la route pour atteindre Chibougamau est de 124 kilomètres.

À partir d’Obedjiwan, la route forestière 1045 atteint vers l’ouest la route forestière 1009, construite dans l’axe nord-sud pour contourner le lac-réservoir Gouin par l’ouest. Cette route remonte jusqu’à Chapais.

Pas moins de 319 km séparent Obedjiwan et La Tuque, grâce à un chemin forestier contournant le lac-réservoir du côté est.

Entre Obedjiwan et Senneterre, la distance est de 260 kilomètres. Dans ce contexte d’éloignement, l’avion est un mode de transport très utilisé.

Un Obedjiwan à Duhamel-Ouest

Le nom algonquin du lieu historique national canadien de Fort Témiscamingue, communément appelé Vieux-Fort, est également Obedjiwan. C’est qu’il y a aussi un petit détroit et du courant, en ce lieu situé dans Duhamel-Ouest, près de Ville-Marie. Il s’agit d’un rétrécissement du lac Témiscamingue tout comme il y en a un au lieu-dit Opémican.

L’algonquin et l’atikamewk font toutes deux partie; comme langues, de la grande famille linguistique algonquienne (algonquien est un terme anthropologique et archéologique).

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