Le mystère atikamewk de Louisa d’Obédjiwan

Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d'autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.
Ghislain Loiselle

Le 30 décembre 1934, Louisa, 6 ans, de la réserve indienne d’Obédjiwan, en Haute-Mauricie, était égarée en forêt depuis des heures, en pleine nuit. Les Atikamewks la cherchaient en vain. Les Indiens avaient beau crier, appeler, aucune réponse.

Par Ghislain Loiselle, blogueur

Le petit Jérôme, son frère jumeau, était bien inquiet. Il regardait sans cesse par la fenêtre de leur maison, en direction du bois. Soudain, il l’a vue arriver près de la résidence. « Voilà Louisa! » s’est-il écrié.

Louisa est réapparue

La mère a alors ouvert la porte et a aperçu sa fille qui, avant d’entrer, secouait la neige de ses bas.

 »Mais qui donc t’a amenée? » a demandé la maman.  »Celui qui est derrière moi », a répondu sa fille. Sa mère a eu beau regarder, elle ne voyait personne. Il n’y avait personne derrière…

Pendant quelques jours, Louisa est demeurée absorbée, mystérieuse. Elle priait, les mains jointes, ce qu’elle n’avait jamais fait jusqu’alors.

Louisa raconte

Voici ce que l’enfant a raconté :  »Perdue, j’ai monté d’instinct une colline. J’ai vu près de moi un tout petit oiseau qui me regardait. J’ai alors entendu une voix d’enfant qui m’a demandé dans ma langue indienne  »Peux-tu retourner seule chez toi? » J’ai répondu que non. « Je vais te conduire! » a reprit la voix. À l’instant même, comme si quelqu’un m’avait poussée sur les épaules, je me suis vue ramenée chez mes parents. J’avais beau tourner et retourner ma tête, je ne pouvais voir qui me touchait. On ne marchait pas dans la neige. Je n’avais ni froid ni peur »…

Le père Guinard l’écrit

Joseph E. Guinard, oblat de Marie-Immaculée (o.m.i), écrit dans son livre de la première moitié du siècle dernier intitulé Les Noms indiens de mon pays, leur signification, leur histoire avoir été témoin de ce fait, car il prêchait alors à cette mission catholique-romaine Tête-de-Boule, aux Indiens d’Obedjiwan.

Obedjiwan… Opitciwan

Obedjiwan est une réserve enclavée dans l’agglomération de La Tuque, au Québec. C’est la plus isolée de la nation atikamekw au Québec et au Nitaskinan. Cette communauté est habitée par les Atikamekw d’Opitciwan, dans l’orthographe atikamekw standardisée. Le nom Opitciwan signifie  »courant du détroit » (de obé, oba : détroit, rétréci, et de djiwan : courant). Le père Guinard écrit que ce détroit est élargi depuis qu’on a construit le barrage La Loutre sur la rivière Saint-Maurice, ce qui a constitué le réservoir Gouin.

Elle est précisément située sur la rive nord du réservoir Gouin, à 143 kilomètres à vol d’oiseau au sud de Chibougamau, à 118 kilomètres toujours en ligne droite au nord de Wemotaci et à 217 kilomètres en ligne directe au nord-ouest de La Tuque. La réserve est localisée entre le lac Kamitcikamak à l’ouest et la baie Wopisiw à l’est. En face, donc côté sud, il y a la pointe Martel-Kiwam qui s’avance dans le lac Toussaint.

Cette réserve isolée est accessible par un long chemin forestier de gravier de 146 kilomètres qui rejoint vers l’est la route 167 (Québec) reliant Saint-Félicien à Chibougamau. De là, la distance par la route pour atteindre Chibougamau est de 124 kilomètres. À partir d’Obedjiwan, la route forestière 1045 atteint vers l’ouest la route forestière 1009, construite dans l’axe nord-sud pour contourner le lac-réservoir Gouin par l’ouest. Cette route remonte jusqu’à Chapais. La distance routière entre Obedjiwan et La Tuque est de 319 kilomètres, grâce à une route forestière contournant le lac-réservoir du côté est. La distance Obedjiwan-Senneterre est de 260 kilomètres. Dans ce contexte d’éloignement, l’avion est un mode de transport très utilisé.

Un Obedjiwan à Duhamel-Ouest

Il est à noter que le nom algonquin du lieu historique national canadien de Fort Témiscamingue, communément appelé Vieux-Fort, est également Obedjiwan. C’est qu’il y a aussi un petit détroit et du courant, en ce lieu situé dans Duhamel-Ouest, près de Ville-Marie. Il s’agit d’un rétrécissement du lac Témiscamingue tout comme il y en a un au lieu-dit Opémican. L’algonquin et l’atikamewk font toutes deux partie; comme langues, de la grande famille linguistique algonquienne (algonquien est un terme anthropologique et archéologique).