Quand ta queue parle plus fort que ta tête, tu risques de te retrouver dans le pétrin

Comme d’habitude, le beau Paul se cache pour distribuer les plaintes. Ce n’est pas tout à fait vrai. Mon lieutenant-détective aux yeux de merlan frit ne se gêne pas pour les mettre sur mon bureau. Il a peur des plus vieux qui ne le ménagent pas, alors il vient déverser son lot de plaintes sur mon bureau déjà encombré.

– Claude I need to talk to you.

Ça aussi, c’est une vieille habitude, celle de crier à partir de son bureau. Il ne sait pas que nous possédons des téléphones ou qu’il pourrait lever son postérieur juste assez pour faire une partie du chemin. Et il a beau s’appeler Paul, il est anglo a 99%.

– C’est quoi cette fois-ci, mon boss?

Paul prend un air sérieux et me fait signe de m’asseoir. Je ne le fais pas, j’ai trop de choses à terminer. Je suis déjà ailleurs, la tête dans mes plaintes.

– Claude, tu es late dans tes plaintes. Tu as douze plaintes en retard ce mois-ci. Nobody n’a autant de plaintes en retard.

Je ne sais pas si je dois rire ou me mettre en colère. J’opte finalement pour la première solution.

– Dis-moi donc combien j’avais de plaintes ce mois-ci?

– Une quarantaine.

– Non, cinquante-huit. Sais-tu combien tu donnes de plaintes aux autres? Entre dix et quinze. Alors, mon beau Paul, fais pas suer.

Paul ne dit pas un seul mot et oh! surprise, il me tend une nouvelle plainte.

– J’ai pas d’autres gars pour le faire et la victime est en avant. And, c’est le vacances, you know!

Je demeure quelques instants totalement muet. Non seulement Paul vient gentiment de me donner de la merde, mais il ajoute une plainte à mon tas déjà volumineux. Bon, il ne me reste plus qu’à rencontrer la victime.

En moins de dix minutes, je comprend qu’il est camionneur, qu’il transportait un chargement d’horloges, qu’il se sentait seul à Montréal et qu’il a trouvé un ami qui lui a présenté une jolie fille. Le problème, c’est qu’une grande partie de ce chargement s’est volatilisé.

– Pis quand j’vas dire ça à mon boss! C’est mon beau frère.

Oups, ça risque de chauffer. Heureusement, quand il me décrit le gars et une des filles, je comprends à qui j’ai affaire. En moins d’une heure, ma copine Paula me renseigne sur le sujet. Je dis ma copine, car la petite est aussi impliquée; c’est une de mes putes du coin et c’est chez elle que mon chauffeur s’est présenté.

– La fille que tu cherches demeure sur la rue Delinelle et s’appelle Dina. C’est elle qui a aidé Foxie.

– Tu as des horloges chez toi?

– Oui, j’en ai huit.

– Tu n’y touches plus, compris?

Je venais de retracer huit horloges, c’était quand même un début. J’avais deux noms, Foxie, mon vieil ami San Poirier et une petite que je ne connaissais pas encore. Alors, préséance aux dames!

Quinze minutes plus tard, je suis dans l’escalier en train de m’engueuler avec un jeune qui tient plus du gorille que de l’être humain.

– Qu’est ce que tu veux, ti-blanc?

– Pas toi sûrement, mais Dina.

Derrière lui, une toute petite jeune femme aux allures de Tina Turner me regarde avec insistance. Je sais bien que c’est Dina, mais pour m’y rendre il me faut passer sur le corps de cette grosse brute. Finalement, une dame imposante finit par raisonner la bête, car j’en étais à frapper les couilles, nous aurions eu un furieux combat.

La petite s’amène en rechignant un peu, mais elle me suit, c’est le principal. Je devrais toujours prévoir des renforts, mais c’est ma marque de commerce, avoir l’air cool!

En route vers le bureau, la petite ne cesse de se plaindre de mon attitude et exige que je la reconduise chez elle après l’interrogatoire. Nous étions à une minute du poste quand au coin des rues Somerled et Cavendish j’entrevois deux jeunes noirs qui flânent près d’une banque. Je me stationne et je les surveille du miroir. La belle semble outrée.

– Les noirs ont aussi le droit d’aller à la banque.

– Pour changer leur chèque de B.S.

Je sais, ce n’est pas très joli, même raciste, je voudrais bien ne pas l’avoir dit, mais cette petite peste n’arrête pas de me chercher et je manque de patience. Finalement, les deux jeunes n’attendaient que l’autobus.

Une fois au bureau, je lui montre un dossier qui comporte des photos de personnes âgées qui ont étés sauvagement battues et qui sont encore à l’hôpital.

-Tu vois, ce sont deux jeunes noirs qui font ça. Ils attendent près des banques et attaquent les vieilles dames. C’est juste pour ça que je me suis arrêté. Désolé pour la stupide remarque.

Dina me regarde les larmes aux yeux. Les photos viennent de la bouleverser.

– J’espère que tu vas les attraper, ces salauds.

Nous venions de faire la paix.

À suivre.

 

Libre édition Claude Aubin
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