Les horloges, quand la queue… suite

 

Les horloges, quand la queue… suite

Première partie : Quand ta queue parle plus fort que ta tête, tu risques de te retrouver dans le pétrin

Je venais de faire la paix avec la petite, c’était aussi pour moi une façon d’en savoir plus.

– Tu veux un café?

Encore une fois mon ami Sean Poirier se retrouvait au centre de vols dans le secteur. Cette petite peste avait un don, celui de séduire les filles et celles-ci n’arrivaient pas à lui dire non. Mais il semble que j’avais moi aussi un don avec les filles, alors nous verrions bien qui de nous deux allait gagner.

Je réussis à remonter une partie de la piste grâce à Dina. Notre premier arrêt, un petit hôtel de la rue Sherbrooke, juste au coin de la rue St Hubert.

– On a couché ici.

Le gérant un peu surpris commença par tout nier en bloc, mais aux doux mots perquisition, groupe de polices et fermeture de l’hôtel, l’homme eut une illumination soudaine.

– Des horloges! Maintenant que vous en parlez…

– Oui j’en parle.

– Vous comprenez, il n’avait pas d’argent pour payer et comme il se disait vendeur itinérant…

Ce tenancier me prenait vraiment pour un couillon. Foxie avait autant l’air d’un vendeur itinérant que je ressemblais à Sidney Poitier. Mais bon, le principal était de retrouver ce que je cherchais.

– Elles sont ici.

Je venais de retracer une douzaine de cliquetantes horreurs. Dina me regardait tout sourire; je crois qu’elle commençait à apprécier mon style.

– Bon, j’ai faim. Tu as faim, toi?

La petite n’allait pas dire non et c’est devant un truc appelé burger qu’elle commença à me raconter sa vie.

– Ma mère est morte il y a trois ans et je n’avais pas de père. J’ai rencontré Harrold.

– Le gorille?

– Oui, je sais, il n’est pas gentil, mais sa mère m’aime bien et ma fille n’est pas dans la rue. Tu sais ce que j’aimerais?

– Non, mais je sens que tu vas m’en parler.

Dina rit de bon cœur, elle ne me sent plus comme une menace. Un symbole d’autorité, mais pas une menace.

– J’aimerais avoir pleins d’enfants. Des enfants, c’est une famille. Tu as des enfants, toi?

– Oui, ma belle, deux beaux enfants.

– Quelle chance ils ont d’avoir une famille.

Je ne le savais pas trop. Mes enfants m’ont toujours trouvé absent, j’ai toujours été sur des quarts de travail donc ils ne me voient que partiellement. Pire maintenant, avec les enquêtes, je suis souvent en temps supplémentaire, alors la chance d’avoir un père?

– Oui, quelle chance.

Le repas terminé, nous repartons ramasser quelques autres monstruosités. Nous avons la ville à ratisser, Foxie a un vaste réseau d’acheteur.

Le reste de la journée fut une longue randonnée de ramassage. Quelques cartes à donner et des rendez-vous au bureau pour les pseudo-receleurs.

Notre génie avait même réussi à vendre quelques horloges à une communauté religieuse. Le père les avait prises en pensant faire acte de charité.

Vers la fin de la journée, j’avais récupéré plus de quatre-vingt pour cent du chargement. C’était quand même pas trop mal.

-Tu vas m’accuser? Je vais faire de la prison?

Pour la première fois depuis notre trêve, Dina redevenait inquiète. La petite comprenait que le périple s’achevait et qu’il fallait bien que je prenne une décision.

– T’accuser de quoi, ma belle? D’être idiote et de tomber dans les bras d’un séducteur? Non, je ne vais pas t’accuser. Tu vas devoir témoigner s’il le faut, mais je ne vais pas t’accuser.

Dina retrouve le sourire et pour la première fois, elle se serre contre moi. C’est sa façon de se réconforter et de me dire merci.

La soirée était déjà avancée quand ma victime vint chercher ses affaires.

– Je ne sais pas comment mon boss va réagir, ni ce que ma femme va dire. Mais merci pour tout.

– C’est ok…

– Voulez-vous accepter une horloge comme remerciement?

Comme je ne voulais pas lui dire que j’aurais sans doute lancé celle-ci à bout de bras, alors je refusai poliment.

– On ne peut accepter les cadeaux. C’est une directive de la police.

– Ah je comprends.

Mon plaignant n’insista pas. Il était heureux. Il s’était aussi promis de ne plus se faire de petites soirées arrosées. Je ramasserai Foxie chez une autre de mes amies. Le juge se montrera clément.

De son côté, Dina continuera à prendre des cafés avec son vieil ami l’enquêteur Aubin et finira par avoir quatre enfants tout en gardant sa petite taille d’adolescente et sa fameuse frimousse de Tina Turner.

Il y a quelques temps, alors que j’écumais les allées de l’Armée du Salut, je me retrouvai face à face avec une de ses horreurs encore dans sa boîte d’origine. Elle ne me paraissait pas plus attrayante.

Première partie :

Quand ta queue parle plus fort que ta tête, tu risques de te retrouver dans le pétrin

Libre édition Claude Aubin
Libre édition Claude Aubin

 

Chargement ...
DixQuatre
DixQuatre.com est un média en Abitibi-Témiscamingue couvrant l’actualité locale et régionale. Nous avons une équipe de collaborateurs et collaboratrices réputés qui offrent, chaque jour, une couverture des faits divers, des événements et des enjeux qui vous concernent.

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience d'utilisation. Nous vous invitons à en lire davantage sur notre politique de confidentialité. Accepter En savoir plus