Les censurés de la fresque de Montréal-Nord

Le 1er août dernier, nous avons eu droit à une montée de lait de la part d’un des représentants de la famille Villanueva. J’étais dans ma voiture quand la radio diffusa une nouvelle assez étonnante : il n’y aura pas de fresque à Montréal-Nord en hommage à Fredy Villanueva, mais plutôt une capsule temporelle installée sur la place de l’Espoir, nouvellement créée. Les gens sont invités à y déposer une missive, un mot, une lettre racontant la vie ou un clin d’œil à ceux qui ouvriront cette capsule dans 50 ans. Et pourquoi ne pas y glisser un mot « N’oublions pas Freddy »?

La capsule est censée représenter la vie du quartier tout entier. La mairesse Black a, selon moi, trouvé une idée géniale : celle de faire participer tous les gens qui le désirent, peu importe l’origine, la pensée, l’allégeance politique ou la langue. L’affaire devait être conviviale et rassembleuse, représenter un endroit, une oasis, une pensée pour ceux qui y étaient et ceux qui y vivront plus tard. L’idée étant « ne monopolisons et ne politisons pas l’affaire Villanueva ».

Oubliez SLĀV et Kanata, la fresque Villanueva est le summum de la censure. Pouvez-vous relativiser?

Mais non, j’ai eu la surprise d’entendre un représentant de la famille Villanueva affirmant que le refus de cette fresque était une censure qui durait maintenant depuis dix ans. Oui, de la censure. Oubliez SLĀV et Kanata, la fresque Villanueva est le summum de la censure.

Pouvez-vous relativiser?

« Nous ne sommes pas d’accord avec une fresque incorporant Villanueva », disait l’un des intervenants, devenant donc de la censure blanche et raciste. Puis, une poétesse interviewée, lance : « Je ne participerai pas à cette capsule, car selon mes propres critères, ça ne correspond pas à mes idées. » Alors, mademoiselle, c’est réglé! Quelqu’un d’autre y mettra une missive et la vie continue. Vous allez manquer une occasion et c’est votre choix. Soyez sans crainte, la Terre ne va pas arrêter de tourner en raison de votre refus.

Je voudrais y ajouter un autre point de vue : si la fresque avait bel et bien été réalisée, aurions-nous pu aussi y voir les visages des victimes innocentes des gangs de rues? Car… il me semble qu’il y a eu un peu plus de victimes de gangs de rue que de la police. Les aurait-on oubliés?

Il est vrai que faire du bénéfice politique avec des victimes de gangs, c’est moins payant, contrairement à Villanueva, dépeint en un jeune exemplaire, victime d’un policier barbare et raciste. Alors que ces victimes sont abattues par de jeunes incompris, que voulez-vous… Comme me l’avait dit un des jeunes, membres d’un gang, dont je m’occupais : « Personne ne veut m’engager pour travailler ». Oui, mais relativise : tu te lèves à midi et tu ne cherches pas de travail.

Et si on cessait de sacraliser l’affaire Villanueva, qui en soit fut dramatique, j’en conviens. Et je ne reviendrai pas sur tout ce qui a été fait ou dit. L’idée d’une fresque, c’est vouloir raconter l’histoire à long terme d’une vie de quartier avec ses fondateurs, ses artisans, ayant comme intention de magnifier la vie culturelle de ce quartier.

Sinon, c’est une plaque payée par le comité de soutien à la famille Villanueva qu’il faut poser, mais comme je l’ai mentionné plus haut, il faudra aussi une plaque pour tous ceux que les gangs ont tués par erreur. Car, en ne le faisant pas… c’est de la censure, pire c’est du mépris.

Libre édition Claude Aubin
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