Malgré des fellations à un élève, elle ne fera pas de prison et pourra enseigner…

Une nouvelle frontière vient d’être franchie à New York dans le domaine des doubles standards judiciaires. Non seulement Doris Myers, une enseignante mariée de 29 ans, ne fera pas de prison après avoir reconnu avoir pratiqué des fellations sur un élève de 14 ans, mais elle pourra même continuer d’enseigner. La justice new-yorkaise est d’un cool…

Imaginez un prof masculin bénéficiant d’une pareille clémence. La planète serait en feu. Mais quand il s’agit d’une prédatrice, c’est fou comme la donne change. Faut croire que l’enseignante a contribué au développement psychosexuel de son élève… Elle figurera tout de même au registre des agresseurs sexuels et devra assumer une probation de 10 ans.

Pour ce qui est du maintien de son droit d’enseigner, il serait justifié par la possibilité de travailler auprès d’adultes. Son employeur, The New School for Leadership and Arts, l’a toutefois démise de ses fonctions dès qu’un élève ayant recueilli les confidences de la victime a dénoncé l’éphébophile aux autorités.

Étant donné l’âge de l’élève impliqué, soit 14 ans, Myers se trouve juste sur la limite qui sépare les pédophiles, dont les victimes ont 13 ans et moins, des éphébophiles, qui s’en prennent aux adolescents à partir de 14 ans.

Bien sûr, il se trouvera inévitablement des petits malins pour s’exclamer qu’ils auraient bien aimé bénéficier des leçons particulières d’une pareille enseignante au même âge. J’ai moi-même recueilli quelques témoignages enthousiastes d’hommes qui avaient expérimenté ce type d’initiation quand ils étaient adolescents sans qu’ils semblent en avoir souffert.

J’ai aussi reçu des témoignages moins positifs de la part d’hommes qui ont eu de la difficulté à développer ensuite une vie sexuelle normale, mais souvent les abus avaient été infligés par des femmes pédophiles.

Clémentine Trébuchon, psychologue à l’institut Philippe-Pinel de Montréal, et Suzanne Léveillée, professeure au département de psychologie à l’université du Québec à Trois-Rivières, ont pris position sur le sujet tabou des prédatrices sexuelles et de leur impact sur les victimes :

« Enfin, selon certains préjugés, les abus sexuels perpétrés par les femmes seraient moins traumatisants pour la victime (Denov, 2004b ; Hetherton, 1999 ; Poiret, 2006). Or, il semblerait que, d’une part, la rareté du phénomène peut au contraire contribuer à exacerber des réactions traumatiques chez les victimes qui ont l’impression d’être des cas uniques, isolés ou qui sont confrontées au scepticisme ou à la banalisation des faits par leur entourage (Chevrant-Breton, 1994 ; Tardif, 2001). Et, d’autre part, il apparaît que les abus sexuels perpétrés par les femmes peuvent être aussi sérieux et intrusifs que ceux des hommes (Finkelhor et coll., 1988 ; Saradjian, Hanks, 1996 ; Tardif, 2001). En effet, les agressions sexuelles commises par les femmes apparaissent similaires à celles des hommes quant aux gestes posés, à savoir la présence de violence, de pénétrations anales et vaginales ainsi que de masturbations réciproques (Claude, 2000). De même, les femmes peuvent tout autant que les hommes éprouver de la satisfaction à voir leur victime souffrir et utiliser des armes ou avoir recours à la force au cours des abus (Tardif, 2001). Pour Tardif (2001), il est donc primordial que ces préjugés soient reconnus et dépassés afin de pouvoir offrir l’aide et les services adaptés aux victimes de ce type d’abus. Puis, une fois cette réalité acceptée et prise en compte, doit venir le temps de l’exploration de ce phénomène chez les femmes agresseurs. »

Comme il faut s’y attendre, il n’existe pratiquement pas de ressources pour les victimes masculines d’abus sexuel, ainsi que le souligne, Benoît St-Jean M.A., sexologue :

« Un seul organisme au Québec vient en aide aux survivants masculins : le Centre de Ressources et d’Intervention pour Hommes Abusés Sexuellement dans leur Enfance (CRIPHASE). L’organisme communautaire offre la possibilité aux hommes adultes, autant francophones qu’anglophones, sans égard à leur orientation sexuelle, de s’inscrire à des démarches de groupe et de participer à diverses activités. Le CRIPHASE permet à ces hommes de sortir de leur silence et de leur isolement, de mieux comprendre ce qu’ils ont vécu et de trouver les moyens de se libérer des souffrances qui alourdissent leur vie. »

Le constat des abus sexuels commis par des femmes et la reconnaissance de leurs victimes masculines, majoritaires, se heurte à des résistances dénoncées il y a un an par la chercheuse et psychologue Franca Cortoni, qui affirmait que la violence sexuelle féminine était six fois plus répandue que ce que l’on suppose. Du côté du Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles, les « spécialistes », deux groupes-membres ont démissionné et un autre a été flanqué à la porte de cet organisme pour avoir décidé de s’occuper des victimes masculines.

Parlez-moi d’une ouverture d’esprit compatissante…

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