Prof de philosophie au Collège Ahuntsic et blogueur. Résolument progressiste, je valorise l’égalité en droit et de fait de tous les êtres humains. Je m’intéresse tout particulièrement aux questions de racisme, d’islamophobie et à l’essor de l’extrême-droite identitaire. Pour finir, je suis pour l’émancipation des peuples, puis pour l’émancipation et la reconnaissance des minorités plurielles.

François Legault, un génie des affaires?

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Francois Legault et sa conjointe

M. Legault est cet homme, près du peuple, qui a fondé la CAQ en 2011, avec son bon ami Charles Sirois – fédéraliste notoire – dont la fortune est évaluée à environ un milliard $.

Le chef caquiste est lui-même issu du milieu des affaires, ayant été PDG d’Air Transat, une compagnie aérienne. La vente surprise de ses actions en 1998 – sans prévenir ses associés – lui avait procuré un gain d’environ 14 millions $.

Legault fut recruté peu après au Parti québécois par Lucien Bouchard, car, dit-on, leurs enfants fréquentaient la même école privée, et leurs conjointes respectives étaient amies (Le Soleil, 19 fév. 2011).

Comment Legault fit-il fortune? À 29 ans, il emprunta tout d’abord 50 000 $, sans informer sa famille, pour démarrer Air Transat avec des partenaires : « J’ai fait ça en cachette de mes parents, qui m’auraient tué parce que c’était plus que ce qu’on valait toute la famille ensemble, raconte-t-il aujourd’hui. C’était beaucoup d’argent dans ce temps-là » (Ibid.).

Dans un article de l’« Aut’journal », on ne se montrait guère admiratif des prouesses de Legault chez Air Transat, puisqu’il tira tout d’abord avantage d’un conflit de travail, pour ensuite prendre de l’expansion grâce à des subventions publiques :

« Air Transat a profité, dans les années 1980, du conflit de travail chez Nationair. Le conflit a traîné en longueur et a permis à Air Transat de prendre les parts de marché de Nationair […] Il faut plutôt parler d’un beau cas de B.S. corporatif lorsqu’on sait que Air Transat est une créature du Régime d’épargne actions (RÉA) et du Fonds de solidarité de la FTQ. »

« On peut conclure que l’émergence de Air Transat vient beaucoup plus du fait qu’elle a profité d’un conflit de travail chez un concurrent et du coup de pouce du RÉA (une émission de 7 millions $ en 1986) et du Fonds de solidarité que des qualités d’entrepreneurship de M. Legault » (François « Air Transat » Legault, L’Aut’journal).

Dans un article de « L’Actualité », Legault confia d’ailleurs que sa compagnie était déjà rendue au bord de la faillite en 1990 (4 ans après sa fondation), et fut sauvée in extremis par le Fonds de solidarité FTQ :

« Legault a déjà frôlé la faillite et c’est la FTQ qui l’a sauvé. Il parle d’ailleurs avec émotion de ce moment difficile de l’histoire de son entreprise et du coup de pouce névralgique donné par le Fonds de solidarité FTQ, sans lequel il aurait probablement fait faillite :

« Je vis le stress et les nuits blanches, […] en me demandant si nous pourrons payer nos employés le jeudi suivant. Normand Boulay et Denis Pétrin, du service des finances, font des ententes avec nos fournisseurs, mais ce n’est pas suffisant. Le Fonds de solidarité FTQ investira 4 millions $. » » (L’actualité, 24 oct. 2013).

Notons que le Fonds FTQ demeurera « longtemps premier ou deuxième actionnaire » (TVA, 24 oct. 2012).
Une fois l’entreprise sauvée, son salaire annuel de PDG sera d’environ 150 000 $, et il recevra des primes variant de 42 000 $ à 146 000 $, jusqu’au jour où il décide de vendre ses actions de manière cavalière, d’après Denis Lessard :

« En 1997, rien n’allait plus. Il a claqué la porte et vendu ses actions sans même prévenir ses deux associés, une hérésie dans le milieu des affaires. » « J’ai eu un différend avec eux, la convention d’actionnaires était terminée, j’avais le droit de vendre», a-t-il dit. Depuis lors, il est devenu multimillionnaire » (La Presse, 26 fév. 2011).

Rappelons que Legault n’était pas le seul fondateur d’Air Transat; il avait lancé l’entreprise avec ses partenaires Jean-Marc Eustache et Philippe Sureau. Comme la compagnie battait de l’aile, l’homme d’affaires a tourné le dos à ses propres associés pour empocher le pactole. Le philosophe Jacques Dufresne l’a résumé ainsi :

« Quand j’ai vu apparaître François Legault en tant que chef de parti, sa réussite en affaires me semblait devoir être mise à son crédit. Jusqu’au jour où j’ai appris comment il avait encaissé ses premiers millions : en vendant ses actions d’Air Transat sans avertir ses partenaires. Il s’enrichissait ainsi lui-même et appauvrissait ses partenaires, et cela dans une conjoncture très difficile pour l’entreprise » (Agora.qc, 27 août 2012).

Pour couronner le tout, ajoutons qu’Air Transat a aussi tiré parti de paradis fiscaux, comme l’a admis François Legault avec peine, en janvier 2015 :

« François Legault affirme qu’Air Transat n’a jamais créé de filiale dans un paradis fiscal, puis reconnaît ensuite que l’entreprise avait une antenne à la Barbade […] Il a plus tard admis que le transporteur aérien a créé en octobre 1996 une société à la Barbade, Transat A.T. (Barbados) Ltd. » (JdeM, 25 janv. 2016).

Le professeur Léo-Paul Lauzon se demande si ce n’est que la pointe de l’iceberg : « Pas seulement à la Barbade, mais aussi une au Luxembourg tel que mentionné dans le texte écrit par Sylvain Laroque. Et fort probablement ailleurs? » (JdeM, 18 fév. 2016).

Doit-on vraiment être impressionné des succès en affaires de M. Legault?