Fredericton : deux policiers meurent en devoir

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J’ai attendu quelques jours avant d’écrire ce texte. Quelques fois, l’émotion nous enlève le filtre qu’un blogueur devrait avoir, dans certaines circonstances.

Ce jour-là, deux policiers se sont précipités pour aider des gens, même en sachant qu’ils couraient un danger. C’est le job de flic, il n’y a rien à y redire.

Puis, j’ai repensé à mes 11 660 jours passés au SPVM entre 1966 et 1999. Mon premier souvenir de mort de flic remonte à 1968. C’est celui de Gilles Jean, un sergent-détective tué d’une balle en pleine poitrine, et des funérailles qui suivirent. J’avais à peine deux années de service à l’époque, c’était mon premier flic décédé de cette façon.

Puis Gilles Boutin, en 1969, suivi de Bernard Charlebois et Jean-Guy Sabourin en 1971. Je pourrais allonger cette liste avec 19 autres noms, sans vous parler des blessés par balles ou par armes blanches, il y en a trop.

Faire face, chaque jour

Les policiers font face à des conflits à tous les jours, qu’ils soient bénins ou très graves. Je ne me souviens pas avoir déjà eu des appels pour me faire dire combien nous étions appréciés. Je sais, c’est notre job, on est payé pour ça. On est aussi payé pour ramasser des cadavres pourris, annoncer la mort aux proches. Nous sommes aussi payés pour transporter des enfants maltraités, des femmes battues et des malades psychiatrisés. Ceux qui n’ont pas vu un corps passé sous le métro, un plongeon du pont Jacques-Cartier, un suicide au fusil de chasse ou même un pendu ne peuvent qu’imaginer le trouble qu’on ressent. Oui, on est payé pour ça.

J’ai perdu plusieurs amis dans ces trente années de service.

Des gens, fatigués de cette constante vision d’un monde plus noir que gris, ont décidé de démissionner de façon radicale. Clic… Bang. Nous n’avons pas tous la même résilience face à ces événements. J’ai eu un partenaire dont le fils faisait des vols à main armée en se foutant de tirer sur des flics. Pouvez-vous juste imaginer le désarroi de cet homme? D’autres, pris dans des conflits avec des supérieurs inhumains, se sont tiré une balle en pleine conversation avec ces mêmes supérieurs. Un autre, perdu dans une relation malsaine, se retrouvera pendu dans un garde-robe.

J’ai fait un décompte rapide des armes de tout genre qui ont été pointées vers moi pendant mes 11 660 jours de travail… Trente-neuf fois. Vous me direz c’est peu, mais, pour la roulette russe, c’est beaucoup. Je ne vais pas me plaindre ni me glorifier, je tente de faire comprendre ce job que tout le monde croit assez simple.

Certains se créent des sources d’information et combattent le crime, parfois avec succès.

Oui… on donne des billets! Mais ça, ce n’est pas tous les policiers. Certains se créent des sources d’information et combattent le crime, parfois avec succès. Je dis « parfois », car ils ont de plus en plus de règles à suivre. Juste le « mandat d’entrée ». Ou même dans un cas d’homme recherché par mandat d’arrestation pour meurtre, les policiers doivent se munir d’un mandat pour pénétrer, sinon il n’y a plus de cause en justice. Ou, le mandat de perquisition lors d’un meurtre, juste pour saisir des preuves ou prendre les photos et empreintes. Autres temps…

Un jour, une dame qui s’était fait voler son sac m’avait demandé pourquoi je n’arrivais pas à changer ça. J’avais répondu : « J’ai passé trente ans à tenter de changer le monde, mais il a malheureusement changé malgré moi. »

La vie de flic est remplie de petites surprises et habituellement, elles ne sont pas agréables.

Oui, deux policiers sont morts en défendant des vies. Ils ne s’attendaient pas à mourir ce jour-là. La vie de flic est remplie de petites surprises et habituellement, elles ne sont pas agréables. Ouais, on dira « ils ont choisi le métier ». J’aimerais savoir combien savaient dans quoi ils s’embarquaient à l’embauche, quel que soit le métier que nous professons.

 

Libre édition Claude Aubin
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