Quand les militantes et militants sentent leur parti persécuté par les médias

Pour avoir été attaché politique et attaché de presse dans une autre vie, je me sens pas mal confortable de vous parler de ce sentiment de persécution que l’on peut ressentir parfois, tous partis confondus, durant les élections. Je vous raconte pas la volée de bois vert qui m’est lancée par des militantes et militants péquistes depuis mes 2 billets sur Michelle Blanc. C’est attendu, courant, habituel, ça fait partie des passions qui se déchaînent et du manque d’objectivité que l’on peut avoir quand on milite avec coeur pour une ou un candidat.

Beaucoup de péquistes ont déchiré leur chemise dans les médias sociaux pour condamner le traitement réservé à Michelle Blanc et Jean-François Lisée durant la présentation de la stratégie numérique du Parti québécois. Les journalistes ont opposé un réel barrage de questions sur les frasques web de Michelle Blanc et plus particulièrement sur la question des juifs hassidiques. Tentons un peu d’y voir plus clair et de se demander si vraiment les journalistes ont été différents avec le PQ en comparaison avec les autres partis.

Pourquoi les journalistes ont occulté le lancement numérique du Parti québécois

Les journalistes détestent qu’on joue à la cachette avec eux. Parlez-en au candidat Mohammed Barhone du Parti libéral qui vit une chasse à l’homme assez intense par les journalistes. Il en va de même pour Michelle Blanc à qui les communications du Parti québécois ont certainement suggéré, depuis l’affaire Camus, de ménager ses transports et de se tourner la langue 7 fois avant de parler.

Jean-François Lisée a joué la carte de la victime en taxant d’intimidation la lettre du B’nai Brith. Il en a fait un sujet majeur de son point de presse. Rappelons qu’à ce même point de presse, la candidate Michelle Blanc n’était pas présente. C’est ce qui a principalement laissé les journalistes sur leur faim. En plus du silence imposé à Michelle Blanc jusqu’à l’annonce de l’enjeu du numérique, les journalistes n’avaient pu avoir l’accès voulu à la candidate de Mercier et à son chef en même temps.

Quand on ne répond pas aux journalistes, quand on tente de choisir ce qu’ils devront retenir, ils acceptent rarement cette position. C’est excessivement rare que l’on voit un journaliste choisir de poser exactement la même question que son collègue, pour bien faire sentir la solidarité des médias à ne pas s’en faire passer une ce matin-là. Mais est-ce de la haine pour autant envers Michelle Blanc ? Non ! Plantez Mohammed Barhone aux côtés de Philippe Couillard, Éric Caire aux côtés de Legault et vous aurez droit au même acharnement, je vous le garantie.

La différence entre Éric Caire et Michelle Blanc, c’est que Caire a fait un point de presse, et seul

Caire a réussi à se donner une pause de la faim des médias en affrontant directement la crise. Il s’est présenté en conférence de presse dès le lendemain du scandale (qui en est bien un!) et s’est offert aux questions des médias. Même chose pour Dubé qui a répondu aux questions en compagnie de son chef.

Croire qu’il suffit de citer Churchill, de dire que c’est de la vieille histoire et non un manque de discernement, c’est tenter de faire avaler des couleuvres que les médias par définition n’aiment pas se faire pousser.

Est-ce que les choses ont été pires pour le Parti québecois dans l’acharnement médiatique insinué ? Voyons un peu ce qu’en dit Influences Communications. Pour la semaine du 27 août au 2 septembre 2018, l’espace média était partagé ainsi :

Source : Influence Communications

Prenons ensuite la semaine suivante, où les péquistes se disent maltraités par les médias :

Source : Influence Communications

Sur Twitter, pas de quoi non plus crier au scandale, Christian Dubé devance de loin les « posts » à son sujet.

Source : Influence Communications, semaine du 27 août au 2 septembre 2018

En conclusion, avant de déchirer sa chemise, il importe de prendre le temps de voir sa réelle couverture média, de prendre aussi le temps de sortir un peu de son nombril partisan et de voir les choses comme elles sont : répondre aux journalistes avec humilité est le meilleur moyen d’avoir une couverture ensuite.

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