Quand tu dois honorer ta parole

J’aimerais partager avec vous quelques anecdotes d’une vie de 32 ans de flicaille. Elles sont véridiques et sans l’ombre de censure. Autre chose que j’aime partager avec vous, les commentaires et les questions. Alors ne vous privez pas de m’écrire, je serai ravi de vous répondre. Vous trouverez au bas de mes billets, l’image de mon site Web. Allez regarder il vous étonnera sûrement. Claude Aubin


Mon ami Bob Bertrand le sergent du groupe 2, celui avec qui je travaille le plus souvent, est un joueur de tours pendable. Alors il faut toujours se méfier un peu avec lui. Ce franco-anglais aux allures d’un joyeux luron est toujours à la recherche d’un coup pendable. C’est un flic formidable, mais avec lui, surveille tes arrières.

Un matin d’été pas très tranquille, le voici qui se présente à mon bureau pour faire une gageure. Je ne l’avais pas vu venir et je ne pressentais pas encore le piège qu’il me tendait.

Nous étions en pleine conversation et taquineries, quand il me lance d’un coup sec :

– Je te gage ce que tu veux, that I can take a picture de toi tout nu avec une fille.
– Ça, j’en serais surpris!
– Tu veux gager?
– Une gageure sans entourloupette?
Well, tu sais bien!

Pour une fois je me disais que jamais cette gageure ne pourrait être tenue et que cette fois, il aurait l’air idiot.

– On gage quoi ?

Bob fait semblant de réfléchir, ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Puis, il fait comme s’il venait d’avoir une inspiration.

– Tu sais que Jenny va se marier. Alors, si tu perds, tu fais un strip tease à son shower.

Jenny était une de nos policières et effectivement, elle allait se marier. De là à danser nu, il fallait quand même que Bob trouve le moyen de me faire coucher avec une fille et de prendre une photo. Ça, je l’aurais su.

– Bon, dans le cas contraire, c’est toi qui s’exécute.
Sure! We have a deal.

Bien sûr, pendant près d’un mois, ce fut la blague du jour. Tout le monde venait me demander si Bob avait enfin pris cette photo. Même que des gens de la direction commençaient à y croire et Bob ne faisait absolument rien pour dissiper l’affaire. Le beau Paul, mon lieutenant-détective me regardait avec une certaine crainte, sans jamais me poser la question. Il aurait eu à faire un rapport et comme il n’était pas le bienvenu ni au motel, ni à mon bureau… Il se disait fort probablement que ce qu’il ne savait pas, ne pouvait pas lui faire de mal.

Enfin, le dernier jour de la gageure, juste après le travail, tout le monde se rendit au chic motel Le Colibri situé sur la rue Saint-Jacques. C’était un endroit tranquille un peu retiré et les propriétaires étaient des amis de longue date.

Il me restait quelques lignes d’un rapport d’accusation à terminer et j’avais hâte de voir mon ami Bob danser nu.

– Tu arrives?
– Une minute, JP, le temps de faire les photocopies et j’y suis.

Donc, quelques minutes plus tard, je me retrouvais avec tout le groupe de flic heureux de faire autres choses que de la police et buvant une bière tout en plaisantant avec JP et le petit Martel. Je savais bien que le moment fatidique arrivait et je me disais que ce pauvre Bob allait devoir s’exécuter. Celui-ci, en maître de cérémonie impeccable, vint faire taire l’audience.

– That’s the moment. Mon cher Claude, nous avions une gageure et c’est le moment de savoir qui de nous va se retrouver tout nu.

Je riais de bon cœur, car je savais bien qu’il n’avait pu me prendre en photo. Alors j’étais tranquille jusqu’à ce qu’il sorte un truc tout enveloppé et un dictionnaire.

Well, my dear Claude, j’ai apporté ce dictionnaire anglais pour te faire comprendre que lors de notre première conversation, je t’ai dit que je prendrais une picture de toi. Tu t’en souviens?

Je commençais à peine à comprendre l’entourloupette; bien sûr il y avait un os. Le mot picture.

Bob ouvrit le dictionnaire et lu tout ce qui était écrit sous le mot picture. C’était assez simple. Picture : Une photo, un dessin, un sketch, une ébauche.

– Tu comprendras que je n’ai jamais mentionné le mot photo.

Sur ce, Bob me remet le truc tout emballé dans du papier brun, et ce, avec le sourire d’un gars qui vient de dévaliser la Banque de France.

Je dois maintenant m’exécuter et ouvrir le paquet. Surprise! Comme Bob est un caricaturiste extraordinaire, je suis bien représenté tout nu, derrière une femme qui a dû voir passer la moitié de la planète entre ses jambes. Bien sûr que tout le monde rit à s’en péter les côtes.

Sorry Claude, une gageure est une gageure.

Il me restera à danser et m’effeuiller pour le plus grand plaisir des filles du groupe. Jenny voyant mes hésitations à laisser tomber le slip aura l’audace de me glisser quelques glaçons pour accélérer le mouvement.

J’étais devenu effeuilleuse, mais j’avais quand même fait honneur à ma parole. Une gageure est une gageure.

Libre édition Claude Aubin
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Claude Aubin: Sergent détective à la retraite du S.P.V.M., il a travaillé sur les groupes organisés tels la mafia Russe, les groupes Jamaïcains, les Pakistanais et les gangs de rues. Il aura plus de 5,000 arrestations à son palmarès. Puis de 2003 à 2012 il devient chroniqueur au Photo Police, en plus d’écrire trois livres et faire un peu de cinéma. En 2014, il se retrouve blogueur au Huffington Post. Et devient collaborateur au Dixquatre.com

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