CLAUDE AUBIN | Un artiste de talent

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J’aimerais partager avec vous quelques anecdotes d’une vie de 32 ans de flicaille. Elles sont véridiques et sans l’ombre de censure. Autre chose que j’aime partager avec vous, les commentaires et les questions. Alors ne vous privez pas de m’écrire, je serai ravi de vous répondre. Vous trouverez au bas de mes billets, l’image de mon site Web. Allez regarder il vous étonnera sûrement. Claude Aubin


Depuis une dizaine de jours, nous avons des introductions par effraction dans un certain secteur de Notre-Dame-de-Grâce. Les plaintes se mettent à affluer vers mon bureau. Paul en est à ses derniers jours comme lieutenant-détective à notre bureau. Son manque de décision semble bien lui servir car on parle de lui comme remplaçant dans une section. Si j’avais su, j’aurais travaillé moins fort.

– Claude, j’ai ces plaintes for you. They are bonnes.

Oui, Paul est anglophone malgré un nom très français, alors il me parle dans les deux langues sans s’exprimer vraiment.

It’s encore your gars de break-in.

Oui, mon gars d’introduction. Trois plaintes de plus sur le tas. Comme mon directeur n’a pas l’intention de m’aider, car je coûte trop cher en temps supplémentaire, je devrai donc utiliser le système D pour trouver du personnel. C’est aussi ça, la police, faire des miracles et espérer que ça marche, comme je me suis fait dire par cet idiot de directeur que mon ami Jean-Marie nomme « Cucu ».

– Tentez de les arrêter à l’intérieur de votre quart de travail.

Il faudrait que j’appelle mes voleurs pour leur donner mon horaire de travail et leur demander de collaborer un peu quand même. Malheureusement, ça ne se passe pas toujours comme ça.

– J’ai essayé, mais ils ne veulent pas.

Mon ironie ne le touche pas du tout. Il s’en fout et c’est comme ça. Par contre, il se pète les bretelles lors des conférences interpostes sur ces rendements face à la criminalité. Ça aussi c’est comme ça!

Encore une fois, je mets deux de mes lieutenants de relève à contribution et j’obtiens quatre policiers qui seront en civil.

L’affaire ne va pas traîner car je ne les ai que pour les trois prochaines nuits. Alors j’ai l’obligation de réussir. Malheureusement, dans les deux nuits suivantes, pas un seul crime ne se commet. C’est à croire que notre homme sait que nous sommes là. Mes quatre jeunes sont un peu découragés, ils s’attendaient à une opération rapide et enlevante. Malheureusement, ce n’est jamais comme ça dans le métier. Il faut apprendre la patience, puis apprendre la patience et pour finir être patient et la patience ne rime pas avec jeunesse.

Finalement, au petit matin de la dernière nuit, coup d’éclat. Notre homme se fait ramasser avec un tas d’objets entre les bras. Les jeunes m’appellent, bien oui, pas de temps supplémentaire, ça veut dire que je ne participe pas la nuit, mais je fais mon travail de jour à faire avancer les autres plaintes.

– Mon boss… On l’a ton gars. Il est dans les cellules.

Je m’élance rapidement vers le bureau pour féliciter mes gars et regarder la bête qui nous faisait si bien suer. Le bonhomme est un grand gaillard habillé d’une longue salopette qui le couvre en entier. Il a le visage barbouillé de noir ce qui fait contraste avec sa longue tignasse blonde.

– Salut, c’est moi qui serai l’enquêteur.

Le grand bonhomme me regarde avec indifférence, puis sourit faiblement avant de s’asseoir sur le lit de métal.

– Bonjour monsieur l’enquêteur, moi je suis le voleur.

J’aime bien son sens de l’humour. Je constate quand même qu’il n’a pas l’air d’aller.

– Je suis héroïnomane et là, je suis en manque. Si je pouvais avoir du chocolat ou un truc avec plein de caféine.

Je l’amène avec moi, ramasse un café et une tablette de chocolat. Le jeune me regarde sans sourire, mais il dévore la tablette avec vigueur.

Nous sommes assis depuis quelques minutes quand il se met à me raconter sa vie.

– Vous savez, je suis un céramiste de renom. J’ai fait des murs à Florence et à Naples. L’Université de Montréal a pensé à moi pour une œuvre dans le hall principal. J’ai commencé à prendre de l’héroïne pour me calmer et faire tomber la pression. Je n’ai jamais pensé que je pourrais tomber aussi bas.
– Ça fait longtemps que tu as commencé à faire des maisons?
– Un mois, peut-être un peu plus. Avant j’avais encore de l’argent pour vivre, mais comme mon père sait pour la drogue, il ne veut pas m’aider financièrement et moi, je ne voulais pas aller en détox.
– Et si je te trouve une place?

Mon Arsène Lupin de service me regarde avec un sourire las et hoche la tête doucement.

– Tu pourrais recommencer ta vie.
– Ouais, peut-être.

En fait, mon jeune ira en désintox, il se sauvera à quelques reprises, mais à toutes les fois, il reviendra. La prison, il fera en fait une peine assez réduite, ce n’était pas sa place. Je ne le reverrai plus jamais, sauf par quelques œuvres qu’il fait toujours. C’est finalement une belle histoire car elles ne finissent pas toutes comme celles-ci, combien d’autres se finiront par une mort sous les piliers du pont ou tout simplement dans des maisons abandonnées. C’est aussi ça la vie.

Libre édition Claude Aubin
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