En 2019, doit-on encore subir la fumée secondaire au travail ?

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OPINION | Avant de répondre à cette question, je vous parlerai d’un temps que les moins de vingt ans ne doivent pas connaître, comme le chantait si éloquemment le grand Aznavour. Le Québec en ces temps-là, affichait ses cendriers jusque sous nos fenêtres et… bon j’arrête ici avec Charles. Toujours est-il que nous vivions, avant que notre belle province ne serre la vis aux fumeurs, dans un Disneyworld de la fumée secondaire.

Par Olivier Kaestlé

Le fumeur était roi et pouvait s’intoxiquer le plus librement du monde dans les centres commerciaux, les collèges et universités, les bars et restaurants, les édifices gouvernementaux et même dans les hôpitaux et jusque dans les salles d’attente aux urgences ! Bref, l’arriération tabagique était totale.

Tant pis pour les asthmatiques et autres non-fumeurs incommodés par la merde grise provenant de la cigarette : ils n’avaient qu’à faire preuve de tolérance, que diantre ! Avant que la cigarette ne soit – enfin – interdite dans les édifices publics, une de mes connaissances, amatrice de bowling, me disait ne plus s’adonner à cette occupation puisqu’elle ne pouvait plus supporter la fumée secondaire. Elle est malheureusement décédée un an après l’interdiction.

Depuis 1998, les droits des non-fumeurs ont fait reculer la sidération tabagique au point où même les terrasses de bars et de restaurants sont devenues exemptes de fumée secondaire en 2016. Les parcs publics sont désormais dans la mire du Conseil québécois sur le tabac et la santé. Devançant les intentions de cet organisme, la Ville de Normandin, au Lac-Saint-Jean, a interdit les produits du tabac dans ses parcs depuis 2015.

Désormais, les propriétaires ont le droit d’exiger que leurs locataires ne fument pas dans leur propre logement, à la suite d’un sondage affirmant qu’un locataire non-fumeur sur deux est incommodé par la fumée secondaire de ses voisins fumeurs. Dur, dur, d’être un fumeur…

la fumée secondaire au travail

Au travail, les non-fumeurs sont-ils tous également protégés ?

Ce portrait m’amène au sujet de ce billet. Avec tous les progrès accomplis dans la lutte au tabac, que certains confondent avec une vendetta contre les fumeurs, les travailleurs sont-ils tous également protégés de la fumée secondaire ? Si la réponse est évidemment « oui » dans les bureaux ou autres espaces internes, il en va différemment, notamment, pour les réceptionnistes ou agents de sécurité responsables du contrôle d’accès aux entrées d’édifices, qu’ils soient privés ou gouvernementaux.

L’interdiction de fumer à moins de neuf mètres d’une porte, c’est mieux que rien, mais ça n’empêche absolument pas la fumée d’atteindre les réceptions et officines où travaillent des employés qui doivent la subir. La fumée est moins envahissante qu’avant l’interdiction, c’est tout. En clair, même lorsqu’un employé dans cette situation n’est pas consciemment incommodé par la fumée secondaire, il y reste tout de même exposé et c’est sa santé qui est en jeu… ou en joue !

Une norme vraiment minimale…

Cette norme, minimale, est à la protection efficace des non-fumeurs, ce que l’aide sociale est à un revenu décent. Plusieurs entreprises, conscientes de l’insuffisance de cette mesure, ont d’ailleurs développé leurs propres politiques, nettement plus rigoureuses afin de protéger tous leurs employés, allant d’une interdiction de fumer à moins de 30 mètres d’une entrée jusqu’à l’interdiction totale de fumer sur leurs sites.

Bien sûr, il y a des réceptionnistes fumeurs qui adorent pouvoir en griller une à l’occasion sans quitter leur poste de travail. Il y a aussi les non-fumeurs de type « vivre et laisser vivre », qui s’accommodent fort bien de la situation. Il y a cependant les non-fumeurs que la fumée agresse particulièrement, au point où ils doivent s’intoxiquer pour gagner leur vie.

Ces gens vivent perpétuellement agressés par la fumée secondaire avec des conséquences qui les suivent même une fois de retour chez eux : gorge et yeux fortement irrités, baisse du tonus cardiovasculaire, toux insistante, difficulté à dormir, etc.

À l’évidence, ces travailleurs ne bénéficient pas de la protection à laquelle ils ont droit dans une société civilisée consciente de ses obligations envers les non-fumeurs. Une seule solution : interdiction formelle de fumer devant leur poste de travail ou éloignement significatif empêchant la fumée secondaire de les atteindre. Une simple question de bon sens, de santé et de respect.

 

la fumée secondaire au travail

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