Février : Mois de l’histoire des Noirs au Canada

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Vous saviez peut-être que les États-Unis commémore le Mois national de l’histoire des Noirs, comme le font également les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Mais saviez-vous que février est également le Mois de l’histoire des Noirs au Canada?

Par: Stéphane Gagné 

La majorité des Canadiens l’ignorent. Pourtant, le Canada a joué un grand rôle dans l’histoire des Noirs. Histoire qui, nous devons le considérer, a été marquée par la triste période de l’esclavagisme. Alors en ce mois qui aurait besoin d’être davantage souligné – espérons que notre premier ministre le fera – je crois qu’il est bien de le faire ici. Allons-y donc avec un peu d’histoire dans ce que l’espace de cette chronique nous permet de résumer.

Le premier Noir

On doit remonter au début des années 1600 pour trouver des personnes d’ascendance africaine en Nouvelle-France (aujourd’hui le Canada). Selon les registres, le premier était un dénommé Mathieu (Mateus) Da Costa, navigateur, dont la connaissance de plusieurs langues en faisait un efficace interprète auprès des peuples autochtones. Certains Canadiens ignorent encore que l’esclavage a été pratiqué dans leur pays. Le premier esclave africain y fut enregistré sous le nom de Olivier LeJeune. Il s’agit d’un jeune enfant africain à qui le prêtre qui l’acheta donna son propre nom de famille. Durant ces années, les Noirs apprirent que s’ils acceptaient de combattre pour l’Empire britannique contre les rebelles américains, ils seraient affranchis. Ceci fit en sorte que 10 % de tous les loyalistes qui débarquèrent dans les Maritimes étaient noirs.

Février : Mois de l’Histoire des Noirs au Canada

Esclavage, puis abolition

L’esclavage au Canada dura de 1628 jusqu’à l’abolition de l’esclavage au Haut-Canada (aujourd’hui l’Ontario) en 1793, puis dans tout l’Empire britannique en 1833 à la suite de la campagne de William Wilberforce. Ceci fit du Canada un havre pour plusieurs esclaves africains des États-Unis qui prirent la fuite. On estime qu’au moins 30 000 esclaves (et peut-être plus de 100 000) sont venus au Canada par ce qui était appelé…

« Le Chemin de fer clandestin »

Ce titre désignait, non pas un vrai chemin de fer, mais plutôt un véritable réseau de chemins de fuite à usage furtif et utilisés surtout de nuit, afin d’éviter les chasseurs d’esclaves ou chasseurs de primes puisque des primes étaient souvent promises pour ceux qui ramenaient des esclaves en fuite. Une prime était d’ailleurs offerte pour quiconque capturerait Harriet Tubman, « la femme appelée Moïse ».

Février : Mois de l’Histoire des Noirs au Canada

La petite Harriet Thubman, surnommée historiquement « Moïse », était « chef de convoi », titre-code que l’on donnait à ceux qui conduisaient des esclaves à travers le chemin de fer clandestin vers la liberté. L’abolition ayant eu lieu au Canada, le Nord devenait une véritable terre promise pour les esclaves en fuite.

Comme on peut le voir sur la carte ici, un des chemins du réseau menait à la ville de Montréal. Un autre menait aussi à la ville de Sainte-Catharines, une ville située près de la frontière américaine en Ontario, qui offrait des possibilités d’emploi ce qui, malgré l’abolition de l’esclavage, n’était malheureusement pas le cas dans toutes les villes du Canada.

Libres, mais encore discriminés

Par exemple, la charte de la ville de Saint-John au Nouveau-Brunswick fut spécialement amendée en 1785 pour empêcher les Noirs de posséder un commerce, de vendre des marchandises, de pêcher dans le port ou de devenir des hommes libres. Ces dispositions restèrent en vigueur jusqu’en 1870.

Plus près de nous chronologiquement, il aura fallu attendre à l’an 1968 avant de voir un premier Noir élu à la Chambre des Communes. Il s’agit de l’honorable Lincoln M. Alexander (1922-2012) qui y est demeuré jusqu’en 1980 où il a occupé notamment le poste de ministre fédéral du Travail en 1979-1980. Le gouvernement a d’ailleurs créé la Journée Lincoln Alexander, le 21 janvier, en reconnaissance de ses nombreuses contributions.

Jean Augustine

La première femme noire à être élue à la Chambre des communes fut Jean Augustine. Née en 1937, cette militante sociale et enseignante de métier a aussi été la première commissaire à l’équité nommée par le gouvernement d’Ontario. C’est d’ailleurs elle qui, en 1995, a déposé une motion au Parlement afin de proclamer le mois de février Mois de l’histoire des Noirs. Cette motion fut adoptée à l’unanimité, établissant de ce fait une longue tradition visant à souligner l’importante contribution des Canadiens noirs dans l’histoire, la culture, l’évolution et le patrimoine du Canada. 

Pourquoi souligner ce mois?

Certaines personnes, notamment l’acteur Morgan Freeman, croient que souligner un tel mois ne contribue qu’à perpétuer les stigmas envers les gens de couleur. Ce n’est définitivement pas mon impression. Dans ce monde où nous sommes bombardés de nouvelles négatives, de « fake news » et de messages interprétés de manières qui ne sont pas toujours édifiantes, nous pouvons facilement nous créer une conception à vision unique et biaisée de notre monde. Voilà pourquoi, plus que jamais, il est important de montrer d’autres réalités, d’autres modèles, afin de rappeler les possibilités positives sur tout ce qu’il est possible d’accomplir.

Pages web à l’histoire des Noirs

Souligner les bons accomplissements de l’histoire est une manière efficace et inspirante d’amener les gens à viser plus haut sur le plan personnel; chose dont notre génération a bien besoin. D’ailleurs, ce n’est pas sans raison que même le fameux Massachusetts Institute of Technology (MIT) consacre une partie de ses pages web à l’histoire des Noirs au sein de l’institut. Cela amène d’autres personnes à aspirer faire partie de cet institut légendaire.

Nous vivons une étrange époque. Jamais l’éducation et la connaissance n’ont été aussi accessibles à autant de personnes de toutes les castes de la société, et pourtant nos jeunes semblent se chercher plus que jamais. Si nous n’offrons pas de bons modèles aux jeunes gens, ils s’en trouveront eux-mêmes avec ce qu’ils auront sous les yeux. Dieu sait qu’ils ont le choix. Sachons donc mettre de l’avant de bons modèles et soyons-en nous-mêmes.

Source photo titre : droitsdelapersonne.ca 

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