Claude Aubin : Un gars armé mais pas dangereux

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Un après-midi de février, le gérant d’un cinéma du centre- ville me téléphone. Le bonhomme est en panique : les employés ont trouvé un sac à dos laissé sur un des fauteuils de la salle de projection. Jusque là, rien pour écrire à sa mère. Mais quand les employés fouillent le sac, ils y trouvent un pistolet automatique.

Poste 25, centre-ville, 1992.

Par : Claude Aubin

Panique à bord! Alors le gérant au bord de la crise cardiaque m’informe que le propriétaire du sac vient d’appeler pour le récupérer.

– Faut que vous veniez tout de suite.

– On arrive.

Nous voilà, mes équipes et moi, à attendre dans le cinéma. Comme on ne connaît pas l’individu, nous ne prenons aucun risque. Se promener avec un 9 mm n’est pas banal, donc on peut supposer qu’il est dangereux. Alors nous attendons avec impatience l’arrivée de notre dangereux individu.

Finalement, un jeune homme se pointe. Il ne peut pas être ce dangereux criminel, tout petit, tout frêle, presque souffreteux. J’attends le signe du gérant qui tout à coup s’énerve. Hein? C’est notre homme! Toute l’équipe se lance vers lui. Le pauvre est tellement traumatisé qu’il pisse dans son pantalon. Il n’avait jamais eu aussi peur, sauf pour la fois où il avait été battu par quatre gars. Oui, il avait été battu et c’est pourquoi il s’était procuré un pistolet automatique.

Claude Aubin : Un gars armé mais pas dangereux.

– Je ne veux pas tuer personne, juste leur faire peur.

Pour faire peur, il aurait fait peur. Ce jeune maigrichon était étudiant à l’Université du Québec et n’avait pas de dossier criminel. Il me restait à prendre une décision.

– Je vais faire un marché avec toi : je t’échange l’arme contre un contenant de poivre contre les chiens.

Oui, c’est aussi illégal de s’en servir contre une personne, mais si tu as à t’en servir, l’attaquant n’ira pas se plaindre à la police. Mais si d’aventure le jeune avait tiré pour se défendre, c’est la prison pour homicide involontaire. J’avais choisi le moindre mal. C’était une décision prise par compassion, j’ai toujours fait à ma tête et avec mon cœur. Je n’allais pas détenir ce jeune et le laisser sans défense.

Je n’entendrai plus parler de lui, c’est ce qui m’importait. Il faut parfois faire la différence entre ce qui est illégal et ce qui est immoral. Question de vision de société.

Je vous invite à venir voir mon site internet : www.claudeaubin.com. Pour lire d’autres de mes histoires c’est ICI.

Claude Aubin : Un gars armé mais pas dangereux.

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