Le père d’Alexandre Bissonnette écrit à Justin Trudeau

Le père d’Alexandre Bissonnette a écrit une lettre ouverte au premier ministre du Canada, Justin Trudeau. Rappelons que leur fils a écopé d’une peine de prison à vie sans possibilité de libération avant 40 ans. Le 29 janvier 2017, il avait fait feu sur les fidèles réunis à la grande mosquée de Québec, tuant six d’entre eux. Voici la lettre ci-dessous.

Monsieur le Premier Ministre Trudeau,

Je désire porter à votre attention une situation de plus en plus préoccupante.

Le lendemain du crime commis par mon fils Alexandre Bissonnette au Centre Culturel Islamique de Québec (CCIQ), vous avez affirmé catégoriquement, avant toute enquête : «Il s’agit d’un acte terroriste». Quelques jours plus tard, le Commissaire de la Gendarmerie Royale du Canada a confirmé que plusieurs politiciens canadiens avaient déjà étiqueté Alexandre Bissonnette de «terroriste».

Le 28 septembre 2017, suite à une enquête des plus exhaustives où tous les aspects de la vie d’Alexandre ont été scrutés à la loupe, la Couronne a déposé plusieurs accusations de meurtre au premier degré et de tentative de meurtre contre Alexandre. Le procureur au dossier a aussi confirmé qu’aucune accusation de terrorisme n’a été déposée au motif que: «La preuve a été rigoureusement analysée et les accusations portées sont le fruit et de la preuve et de l’état actuel du droit au Canada». Alexandre a plaidé coupable à toutes les accusations. Le 8 février 2019, il a été condamné à 40 ans de prison, soit une peine des plus sévères. Dans la sentence, le Juge l’a dépeint dans des termes très durs, cependant, il a aussi confirmé que l’acte posé ne peut être qualifié de «terroriste».

Je tiens à répéter que le crime commis est un acte des plus terribles. Tout crime entraînant des pertes en vies humaines est inacceptable, en particulier ceux impliquant plusieurs victimes. L’absence d’accusations terroristes ne diminue en rien la gravité du crime. Alexandre n’avait aucun lien avec le terrorisme ni aucune idéologie particulière.

Même en l’absence d’accusation terroriste, vous avez continué de qualifier le crime « d’acte terroriste», notamment lors de la «Journée Nationale du Souvenir des Victimes de Terrorisme» le 23 juin 2018. Vous avez fait de même lors de la première commémoration de l’événement en janvier 2018 en confirmant la nature «terroriste» du crime. Lors de la deuxième commémoration en 2019, vous avez encore confirmé qu’il s’agissait d’un «attentat terroriste». Le 16 mars 2019, lors d’un entretien avec le Premier Ministre de la Nouvelle-Zélande pour exprimer vos condoléances aux victimes d’un attentat terroriste à Christchurch, vous lui avez rappelé l’attaque perpétrée au CCIQ, laissant entendre que les deux crimes avaient les mêmes motivations. Le 28 mars 2019, cela a continué avec Mme Chrystia Freeland, Ministre des Affaires Étrangères, qui a prononcé une allocution sur le terrorisme devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies, soit une tribune mondiale. Elle a qualifié, sans nuance, le responsable de la fusillade au CCIQ de «terroriste».

Je ne suis pas un expert, cependant il m’apparait évident que de qualifier une personne ou un crime de «terroriste» ajoute une dimension sociale et politique qui peut s’avérer lourde de conséquences. On comprends bien pourquoi les chefs d’état sont très prudents et attendent les résultats des enquêtes avant de qualifier un tel acte.

Il m’apparait aussi que l’étiquette accolée à Alexandre a amplifié de façon exponentielle le danger pour ma famille. Je n’ai pas oublié que vers le 12 avril 2017, soit quelques semaines après votre déclaration initiale, une personne a pris l’avion de Londres pour Québec avec l’intention de venger l’attaque dite «terroriste» à la mosquée. Selon le récit de la Couronne, cette personne cherchait où était emprisonné Alexandre, où habitait sa famille et avait de la difficulté à comprendre pourquoi personne n’avait «vengé» les victimes. Cette personne a été mise en arrestation pour avoir proféré des menaces de mort, a été condamnée et rapidement expulsée du pays.

Le danger pour ma famille est bien réel. Est-il irréaliste de penser que ce danger guette aussi tout canadien, ici et à l’étranger, qui pourrait devenir la cible d’extrémistes pensant venger une «attaque terroriste» survenue dans une mosquée au Canada ? L’épouvantable attaque terroriste perpétrée au Sri Lanka le 21 avril 2019 pour venger celle commise à Christchurch en est un exemple effrayant qui, j’espère, va vous sensibiliser sur le danger de qualifier un crime «d’acte terroriste».

Je considère que les déclarations répétées qualifiant, sans fondement, Alexandre Bissonnette de «terroriste» ont déjà causé un sérieux préjudice à ma famille. Pour cette raison, je vous demanderais respectueusement de vous en tenir aux conclusions de la Couronne, de rétablir les faits et ne plus qualifier Alexandre Bissonnette de terroriste.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de mes meilleurs sentiments.

Raymond Bissonnette

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