Une affaire incroyable

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Comme à son habitude, Paul, mon lieutenant-détective cabochon, venait une nouvelle fois de déposer une plainte sur mon bureau avant de disparaître comme par magie. Des plaintes, je ne savais déjà plus ou les mettre. J’étais pour lui le dépanneur idéal.

Par : Claude Aubin

Notre-Dame-de-Grâce, 1986

Cette fois, je lis la plainte avec une attention toute spéciale. Un homme hérite de cinquante mille dollars et le cache dans une armoire de la toilette, de peur de perdre son chèque d’aide sociale. Mais la somme disparaît.

Je commence donc par rencontrer ma victime, un pauvre bonhomme qui ne comprend pas tout à fait ce qui se passe. La seule chose qu’il comprend, c’est que l’argent n’y est plus depuis la visite d’une amie de sa fille. Voilà, j’ai un suspect !

Pourtant, des suspects, je ne vais pas en manquer, à commencer par la fille de mon plaignant et son copain, un petit voleur sans envergure.

Bon, si nous allions rencontrer la première suspecte, une jeune et jolie petite française qui n’est pas très surprise de me voir. Nous allons l’appeler Amélie.

– Je crois que tu sais pourquoi je suis ici ?

– Oui… Tout le monde ne parle que de ça et tout le monde croit que c’est moi.

– Disons que moi aussi… un petit peu.

La jeune femme me regarde sans colère et me dit tout simplement :

– Comment pensez-vous que la fille et le chum ont été faire un voyage en train à Toronto, qu’ils sont restés dans des hôtels ?

– Tiens, ça devient intéressant.

– Vous saviez qu’il fouillaient régulièrement dans le magot depuis un mois?

Voilà, trois suspects maintenant. En fait quatre : ma victime croit avoir vu un jeune homme avec ma suspecte. J’allais repartir quand je m’arrête sec.

– Tu peux me dire avec qui tu étais quand tu es allée voir mon plaignant ?

– Oui… J’étais avec Doug.

Eh bien, un autre voleur à la petite semaine. L’affaire commence à devenir intéressante.

Le lendemain

Le lendemain, je reçois à mon bureau, la fille et son ami, bien sûr. Ils ne savent rien et tombent des nues. Mais après quelques minutes de questionnement, comme elle ne peut expliquer les hôtels et les restos, l’étau se resserre.

Dans la même journée, une amie d’Amélie vient me rencontrer pour me parler des malheurs de son amie. Selon elle, c’est une autre personne qui aurait empoché l’argent. Un gars. Doug, bien sûr.

Le lendemain, mon ami Nick, ce policier qui ne me laissera jamais tomber, arrive avec une jolie surprise.

– Doug s’est acheté un tas de trucs récemment, on pourrait aller lui rendre visite.

– Quelle idée… Bien sûr que nous allons lui rendre visite.

Nous voilà tous les deux chez mon nouvel ami Doug qui, lui aussi, ne semble pas très surpris de notre visite. Cette fois, c’est avec une paire de menottes qu’il ressort de la maison.

Une fois au poste, notre jeune met à peine une demi-heure pour étaler sa vie.

– C’est pas ma faute, c’est Amélie qui a insisté pour qu’on vole vingt mille dollars.

– Vingt mille dollars?

– Ouais !

Ouf, ça se complique. Il va me manquer trente mille à la fin.

– Et c’est elle qui a tout manigancé, moi je n’ai rien fait d’autre que de la suivre.

– Et où est l’argent ?

– Euh.. je l’ai dépensé.

– Tout ?

Cette fois, le jeune homme fait une longue pause. Nick me lance un regard qui en dit long.

– C’est le gros Morgan W. qui est venu m’enlever le reste. Il est venu ici avec ses fils et des bâtons de baseball. Ils ont ramassé les quinze mille qui restaient.

Là, pour être compliqué, ça le devient de plus en plus. Je me ramasse avec trois suspects de plus.

Alors récapitulons : la fille de ma victime, le chum de celle-ci, ma petite française, son chum qui lui a pris ses sous et Morgan et ses deux fils. Cette famille est connue pour ses amitiés avec le groupe irlandais de l’ouest et il semble bien qu’ils règnent en maîtres sur la petite communauté anglophone blanche du secteur. Tout le monde dans cette maison rapporte son lot de larcins tous les jours. La mère vole dans les grands magasins et les comptoirs de viande, les fils font de même en plus de jouer aux bras. La jeune fille n’a jamais les jambes assez écartées, sauf pour courir lors des petits vols qu’elle commet et papa joue au parrain auprès de tous les paumés des bars miteux de la rue Saint-Jacques.

Je ne les connaissais pas encore, mais cette fois, j’allais me frotter à des bandits qui se croyaient intouchables. Ce sera le début d’une longue saga qui se terminera assez mal.

À suivre …

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