Incitation à la haine vs liberté d’expression : la différence

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Il est grossier, semble grandement manquer de sagesse, et si on se fie à ses nombreuses vidéos en ligne, il semble aussi lié par une obsession négative de la société canadienne en général et québécoise en particulier.

Par : Stéphane Gagné

Il s’agit de Pierre Dion, qui a une fois de plus fait les manchettes de l’actualité le 22 mai dernier alors qu’il passait en cour pour des accusations d’incitations à la haine. Avant d’écrire ce billet, j’ai été visionner quelques-unes de ses vidéos. Je n’en ai pas écouté beaucoup, car j’avoue que pour moi, il est une triste caricature. J’y reviens dans un instant. Pour le moment, j’aimerais plutôt parler de cette question de propos haineux.

Liberté d’expression ET d’opinion

L’aspect important ici va bien au-delà de cet homme comme tel. Ce dont il est question dans ce jugement de culpabilité de la cour risque de définir ce qui constitue de l’incitation à la haine. Avec le premier ministre Trudeau qui vient de prendre des engagements au niveau international pour encadrer les propos haineux au Canada, il devient primordial d’éclaircir la question. Pourquoi? Parce que j’ai le grave sentiment que les droits et libertés fondamentales sont sous attaque en ce moment, et que la première brèche pour faire tomber ces droits pourrait passer par la liberté d’expression.

La liberté d’expression fait partie des droits universellement reconnus. L’organisme Amnistie internationale se consacre depuis des décennies à faire libérer des gens en prison à travers la planète pour avoir exprimé leurs opinions – récemment encore, on n’a qu’à penser au cas de Raif Badawi. Établissons tout de suite ceci : la liberté d’expression vient automatiquement avec la liberté d’opinion. Cela va de soi, sinon à quoi servirait-il de pouvoir s’exprimer si ce n’est pas pour dire ce que l’on pense?

Le droit de haïr?

Avons-nous le droit de haïr? Ça peut sembler incorrect, mais n’avez-vous pourtant jamais entendu parler d’un pédophile récidiviste finalement condamné à la prison et vous surprendre à espérer qu’une fois à l’intérieur, quelqu’un lui fasse payer? Ou lorsque vous apprenez qu’un individu est arrêté pour avoir torturé un innocent animal? La question ici n’est pas de savoir si c’est moral ou immoral. C’est simplement de déterminer si c’est légal. La réponse est oui, ça l’est. Le premier ministre Trudeau a déjà dit à une Canadienne d’origine qu’elle n’avait pas sa place au Canada et ne s’est pas fait arrêté pour penser de telles choses (et même les dire). Le président Trump a qualifié certains pays de « shitholes » (traduction : trous à merde) et n’est pas accusé pour ces propos. Ces propos ne sont pas sages, et ceux de Pierre Dion non plus. Je n’approuve pas ses paroles, mais la question demeure : était-ce de l’incitation à la haine? Personne ne semble avoir déterminé la ligne judiciaire. Les gouvernements mettent de plus en plus de pression sur les réseaux sociaux comme Facebook afin que ceux-ci imposent de la censure, et Facebook censure de plus en plus. Mais lorsqu’on remarque que la censure se fait de plus en plus sur un côté de l’échiquier politique que de l’autre, il y a de quoi s’inquiéter.

Exprimer ou inciter ?

Exprimer ne signifie pas inciter. Si vous me dites que vous haïssez le poisson, ça ne veut pas dire que vous m’invitez à le haïr aussi. Elle est là, la ligne. Il faut qu’elle soit mise là. Avez-vous le droit de détester une certaine catégorie de gens? OUI! Est-ce bien? Probablement pas. Ce n’est pas moral d’entretenir des préjugés, mais brimer la liberté d’opinion et d’expression des gens l’est encore moins. Tant qu’ils ne commettent pas d’actes criminels, les gens ont le droit à leur propre opinion. Si je dis : « J’aimerais que tous les maudits d’une telle race retournent dans leur pays », j’exprime mon opinion. Par contre, si je dis : « Il faut pendre toutes ces personnes! », LÀ je viens de faire une incitation/invitation à la violence. J’ai fait plus qu’uniquement exprimer mon simple ressenti. Je viens dans les faits d’amorcer l’équivalent d’un complot à un crime. Relisez ma première phrase au début de cet article où je vous décris ce que je ressens à propos de M. Dion; c’est un autre exemple. J’y dépeins ma perception négative de l’homme, sans jamais exprimer qu’il mérite notre haine, ni quoi que ce soit du genre. Vous demeurez libres d’aller voir ses vidéos et vous faire votre propre opinion. Elle est là, la différence. Lui nous dit ce qu’il pense des islamistes. Sa haine peut sembler être un appel à la violence envers eux, mais pour le prouver, il faut trouver des propos directs en ce sens, et non pas seulement des vidéos d’un homme obsédé par la haine. Le moment où on ne fait plus cette distinction – et ça viendra, je le crains –, nous serons sous la menace de « Remember, Big Brother is watching you ! » et les mots « liberté d’expression » auront perdu toute signification pour n’être qu’une manière de parler en souvenir d’une époque disparue.

Saviez-vous qu’aux États-Unis il y a encore des membres du Ku Klux Klan? Ils tiennent encore des propos disgracieux envers les Américains de couleur et ne se font pas arrêter… tant qu’ils ne commettent pas de crimes haineux comme il s’en commettait au siècle dernier.

Oh, j’ai dit que je reviendrais sur le fait que je crois que M. Dion est devenu une caricature. L’ironie de l’approche de Dion est qu’il est devenu un idiot utile pour les gens qu’il méprise. En agissant comme il l’a fait, il aura probablement porté des gens à NE PAS vouloir penser comme lui de crainte de lui ressembler. Il aura aussi aidé à faire croire que les citoyens qui ont des inquiétudes raisonnables devant l’immigration de masse imposée par Justin Trudeau sont possiblement motivés par la haine, alors que ce n’est pas forcément le cas. Il a travaillé contre sa propre cause.

Néanmoins, tant qu’il n’y a pas de complot de violence criminelle démontré, un imbécile doit demeurer libre de dire des imbécillités. On y survivra. On l’a toujours fait… même avant Justin Trudeau.

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