Immigration : Les règles ont changé!

perreault-pieces

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, vient d’annoncer des « investissements » pour favoriser la francisation des migrants, nouveaux et anciens. Comme toujours, pour que ça passe mieux, on commence par présenter devant les médias chaque point touché pour ensuite mentionner le montant « alloué » à chacun des points.

Par : Stéphane Gagné

Ça fait moins mal que de mentionner le total de toutes ces dépenses d’entrée de jeu, et bien entendu les dépenses sont appelées des « investissements » (vous savez, comme pour les millions « investis » dans Bombardier), et l’on remplace la mention « argent donné » par les mots « montants alloués ». Bienvenue en politique.

Le montant qui est alloué pour la francisation des immigrants totalisera désormais plus de 170 millions de dollars selon le site du gouvernement provincial.

Je souhaite vraiment ici vous faire voir des réalités, alors voici : nous sommes 8,4 millions d’habitants au Québec. Or, dans un article publié par le Journal de Montréal le 24 avril 2017, David Descôteaux rapportait que seulement 6,5 millions présentent des rapports d’impôts et qu’en plus, seulement 4,1 millions de ces contribuables sont imposables. Donc, le ministre de l’Immigration vient tout bonnement de vous annoncer chers payeurs d’impôts du Québec qu’il vient d’augmenter à 46,41 $ le montant qu’il va aller chercher dans vos poches chaque année pour apprendre gratuitement le français aux immigrants. C’est ce que cette annonce toute banale (une parmi tant d’autres) vient en vérité de vous passer. Mais blague à part (pourtant ce n’en était même pas une), cela m’amène à certaines questions qui accompagnent souvent le débat sur les migrants. Certains mentionnent, à juste titre, que l’Amérique, même après l’époque de son émancipation (qu’elle vient justement de fêter ce 4 juillet), a largement été construite et a profité en prospérité justement grâce à ses immigrants, tout comme le Canada; c’est une vérité que l’on ne saurait nier. Mais il y a un « mais ». Ce « mais », c’est le contexte.

La statue de la Liberté

Sur le socle de la statue de la Liberté se trouve une invitation envers les pays miséreux qui est devenue très populaire. Une partie pourrait se traduire ainsi :

« […] Donne-moi tes pauvres, tes exténués,

Qui en rangs pressés aspirent à vivre libres,

Le rebut de tes rivages surpeuplés,

Envoie-les moi, les déshérités, que la tempête m’apporte […] »

C’était en effet une invitation à venir en Amérique et des masses y ont répondu. Des familles fuyant la persécution, la pauvreté, entretenant l’espoir d’une vie meilleure et libre, pour eux et pour leurs enfants. Italiens, Juifs, Japonais, et ainsi de suite, venant de tous les coins du monde pour miser sur… la promesse!

La promesse

Maintenant j’arrive dans le vif du sujet.

La venue en Amérique du Nord venait avec une promesse. Une seule et unique promesse, mais qui contenait tout ce qu’il y avait de primordial. C’était ni plus ni moins que ceci : si vous êtes reçu comme immigrant en Amérique, vous aurez le droit, la liberté, de tenter votre chance comme les autres! Ce n’était pas le cas partout dans le monde à l’époque (et ce ne l’est même pas encore partout aujourd’hui). Par exemple, être juif pouvait vous faire mettre de côté; pas uniquement par des individus (car ça aussi ça pouvait aussi arriver en Amérique), mais bien par les gouvernements! Même chose en Inde ou en Afrique du Sud, sous l’emprise coloniale! Ainsi, plusieurs devaient même d’utiliser des passeports falsifiés pour fuir vers l’Amérique dans l’espoir de cette promesse de liberté. Mais qu’arrivait-il une fois qu’ils étaient acceptés aux douanes?

Bienvenue en Amérique et bonne chance

Comprenez bien, le gouvernement vous accordait la liberté et une chance égale aux autres, et c’était tout! Pas d’aide financière. Pas forcément d’allocation. Pas de cours payés pour apprendre la langue du pays. Pas même un toit. Ceci pouvait se trouver chez les nombreux organismes religieux, mais même ces organismes ne recevaient pas d’argent du gouvernement. (Ils ne recevaient pas non plus d’entraves de sa part, ni de réglementations à n’en plus finir. Votre toit n’est pas solide? C’est votre risque et vous êtes libre de prendre ce risque. Le reste tenait des municipalités elles-mêmes).

Donc, notre migrant arrive libre et dans la rue. Son premier souci devait être d’abord de trouver de la pitance et un abri pour la nuit. Il devait donc aussi rapidement trouver une source de revenus. Les emplois pouvaient être rares dépendamment des régions, mais le gouvernement ne se mêlait pas de ça, alors était-il cordonnier? Il pouvait aussi bien se trouver une petite boîte et quelques outils de fortune et proposer ses services dans la rue ou en frappant aux portes. Pas besoin de permis. S’il arrivait avec du temps à faire pousser des légumes ou même s’il trouvait des pommes dans la nature, il pouvait les cueillir et les vendre dans la rue. Plusieurs terres étaient encore sauvages et sans propriétaires à l’époque.

Le secret

Le point ici est que chaque nouvel arrivant devait, pourrait-on dire… porter du fruit! Prospérer, fructifier, faire multiplier le peu qu’il possédait en talent ou dans sa poche. Celui qui arrivait avec uniquement le contenu d’une ou deux valises devait souvent ne partir de rien et, peu importe son état au départ, il devait rapidement se mettre dans un meilleur état qu’à son arrivée. Sans le sou et dans la rue, il devait rapidement se débrouiller pour passer d’itinérant à chambreur avec un revenu, si petit soit-il. C’était ça ou mourir de faim. C’était la loi de la jungle. Voilà pourquoi des métiers universels tel que cordonnier, barbier, couturier, marchand et ainsi de suite ont rapidement trouvé pignon sur rue. Ceci, je vous le dis, ÉTAIT le secret de l’incroyable rapidité avec laquelle l’Amérique a prospéré! Car chaque nouvel arrivant ajoutait rapidement de la valeur à sa personne et donc forcément à la richesse globale du pays aussi. Le PIB, vous vous souvenez? Quand chaque nouvel habitant part à zéro une année et fait augmenter la production intérieure brute de son nouveau pays en une seule année, la prospérité devient inévitable, ainsi que la qualité de vie de tous les habitants du pays! Et ça se faisait sans AUCUNE dépense (ou « investissements ») aux frais du pays et des autres habitants; pardon, contribuables. De zéro fruit à un Jardin d’Éden en un temps record.

Une anecdote

Enfant, j’habitais un quartier pauvre dans un piètre 4 1/2 d’un immeuble à logements. Milieu des années 70, l’Expo 69, les Jeux olympiques de Montréal, la ville a rapidement saisi l’attention de ceux qui cherchaient un pays où vivre. Nos petits logements ont vite reçu des familles d’immigrés, mais nous fûmes sous le choc. Les pelouses devant les logements représentaient pour eux une source de revenus inexploitée. De la terre qui dort? Alors qu’elle pourrait nourrir? Ces familles se mirent à faire des jardins dans ce qui pour les autres locataires était le terrain de jeu de leurs enfants. Cela fit de la grogne, mais que voulez-vous; l’immigrant était poussé à prospérer pour sa survie. À cette époque, ils pouvaient vivre plusieurs en commune dans un même logement. Après avoir travaillé en surtemps et cultivé les coins de terre, ils achetaient un restaurant ou un dépanneur, et ils prospéraient!

Avant vs aujourd’hui

Conclusion : oui l’Amérique du Nord, Canada inclus, a été construite par des immigrants, mais ceux qui s’entêtent à ça comme argument pour l’immigration de masse doivent réaliser une chose : les règles ont changé! Les règles du jeu ont tellement changé qu’on ne peut plus continuer comme s’il s’agissait du même « jeu »! Aujourd’hui, nous devrions favoriser les demandeurs qui ont déjà du capital à apporter ici (ils ne sont pas tous pauvres, au départ). Ensuite, parmi les moins fortunés et même les demandeurs d’asile se trouvent des tonnes d’Africains très travaillants qui parlent déjà français! Pas besoin de dépenser 170 millions pour ceux-là. C’est aussi vrai pour plusieurs demandeurs musulmans (oui je sais, « musulmans » n’est pas une nationalité, je parle de gens d’origine arabe, mais qui vivent présentement là où le français est une langue courante).
Bref, jadis, l’immigrant même pauvre et illettré arrivait ici à coût nul et devenait contribuable envers son pays très rapidement. Aujourd’hui, il arrive trop souvent avec rien et coûte des millions avant de pouvoir commencer à contribuer.

Les « investissements » de la CAQ, le 46 dollars pris de vos poches annuellement, et ses pratiques coûteuses en matière d’immigration ne sont PAS un jeu à somme nulle. L’argument de la prospérité par l’immigration de jadis est dépassé et ne tient plus la route dans le contexte actuel de notre gouvernement. Oui nous avons besoin de maintenir une croissance démographique pour soutenir notre avenir économique, mais pas à n’importe quel prix ou n’importe quelle dépense.

Migrant vs immigrant

En passant nous n’entendons plus que le mot « migrant » depuis que Justin Trudeau est premier ministre. Quelle est la différence entre un migrant et un immigrant?

L’immigrant vient avec l’intention de faire de notre pays son nouveau pays définitif, alors que le mot « migrant » désigne ceux qui vont et viennent sans avoir l’intention de demeurer forcément. En ce sens, à titre d’exemple, les « Snow Birds », ces Canadiens français qui passent l’hiver en Floride et reviennent en été, sont des migrants, tout comme les outardes et certains papillons. Le ministre a d’ailleurs mentionné que ses mesures touchaient aussi des migrants au statut temporaire. Vos 170 millions « d’investissements » annuels s’envoleront-ils pour de meilleurs cieux? Les paris sont ouverts.

Pour vos actualités c’est : DixQuatre.com

Chargement ...
DixQuatre
DixQuatre.com est un média en Abitibi-Témiscamingue couvrant l’actualité locale et régionale. Nous avons une équipe de collaborateurs et collaboratrices réputés qui offrent, chaque jour, une couverture des faits divers, des événements et des enjeux qui vous concernent.

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience d'utilisation. Nous vous invitons à en lire davantage sur notre politique de confidentialité. Accepter En savoir plus