« Bitch ! Une incursion dans la manosphère » : gare aux amalgames !

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Le 16 octobre prochain, à 20 h,Télé-Québec présentera un documentaire intitulé Bitch ! Une incursion dans la manosphère, produit par Marie-France Bazzo et réalisé par Charles Gervais avec le concours de Marc-André Sabourin, journaliste à L’Actualité. Le film entend faire la lumière sur la manosphère, cette collectivité d’hommes présentée comme ténébreuse et inquiétante par les trois acolytes.

Par : Olivier Kaestlé 

Le documentaire est divisé en quatre segments. Le premier nous montre les pick-up artists, des hommes qui donnent des conseils aux gars pour séduire les filles; le second donne la parole à un mgtow (men going their own way), une communauté d’hommes qui ont décidé de renoncer à toute relation amoureuse avec les femmes; j’occupe moi-même le troisième segment, celui des men’s right activists ou « masculinistes », qui dénoncent les dérives du discours féministe dominant; enfin, les incels, ces hommes obstinément boycottés par la gent féminine, clôturent ce tour d’horizon.

D’abord les fleurs…

Ayant eu la chance de visionner le documentaire, j’en suis ressorti avec des impressions mitigées, mais je commencerai par les bons côtés. Premièrement, la facture du film est soignée, quoi qu’un peu glauque, la réalisation de Gervais, alerte, les questions posées par Sabourin, pertinentes et, enfin, ma prestation a été rendue avec justesse.

En fait, après les trois premiers segments, j’étais satisfait. C’est le quatrième, celui des incels, liés à l’attentat au camion bélier commis l’an dernier à Toronto par Alek Minassian, qui m’a indisposé. Me retrouver dans un documentaire, côte à côte avec un individu frustré au point de tuer 10 personnes n’avait rien pour m’emballer…

… ensuite le pot

L’importance donnée à cette tragédie, tant au plan de la durée, 22 minutes sur les 52 du film, qu’à celui de son impact, m’a fait me demander si l’attentat de Toronto n’était pas le vrai thème du documentaire, par-delà le propos officiel d’informer sur la manosphère. Un tel choix éditorial ne va pas sans entraîner des risques d’amalgames, ainsi que l’a souligné fort à propos Sophie Durocher, chroniqueuse bien connue au Journal de Montréal, en entrevue avec Marc-André Sabourin, à son émission On n’est pas obligé d’être d’accord :

« Moi, j’ai trouvé ça (le documentaire) extrêmement intéressant, mais je te fais un reproche, Marc-André. Je trouve que, toute la partie où tu parles des incels, donc les célibataires involontaires, et que tu fais évidemment le lien avec Toronto, c’est pertinent. Mais le fait que dans le même documentaire, t’aies mis des gens comme Olivier Kaestlé, qu’on va entendre dans deux secondes, qui est un masculiniste qui dit… il a pas de propos violent, il n’a pas de propos haineux envers les femmes, je comprends pas l’amalgame que tu fais dans ce documentaire-là et je trouve ça dangereux parce que, quand il y a des attentats, on dit justement qu’il faut pas faire d’amalgames et dans ce sens-là, je trouve que t’en fais un peu. »

Malgré les dénégations de Sabourin, les craintes de Sophie ne sont pas restées sans fondement, ou beaucoup s’en est fallu, comme en témoigne ce communiqué affiché sur le site même de Télé-Québec :

« Le documentaire fait la lumière sur une facette méconnue, intrigante et inquiétante du Web et de la masculinité. Sept hommes se confient : pour eux, la femme est tantôt une proie sexuelle, tantôt une manipulatrice responsable du malheur des hommes, tantôt une cible à abattre. »

Pas d’amalgame ?  Voici un autre point de vue, paru dans le site C’est juste de la TV :

« C’est à travers les propos complètement déplacés d’hommes envers les femmes que l’on en apprendra davantage sur un mouvement idéologique présent même au Québec. Ce documentaire sera certainement choquant, mais un incontournable de l’automne. »

Pas d’amalgame ?   Et que dire de cet extrait, paru dans Hollywood PQ :

Bitch! Une incursion dans la manosphère (16 octobre) fera la lumière sur toute une facette du web, celle où des hommes qualifient de « héros » des meurtriers comme Marc Lépine parce qu’ils estiment que les femmes sont responsables de leur malheur. Sept de ces internautes s’adressent ici à la caméra. »

…dont votre humble serviteur.  Toujours pas d’amalgame ?

Et que dire de cette « analyse» féministe de Paméla Dumont et Geneviève Pettersen à leur émission Les effrontées dont le thème en dit long : « D’où vient la violence des masculinistes ? »

Une fois de plus, pas d’amalgame ?

Marc-André Sabourin lui-même en rajoute une couche à l’émission de Pénélope McQuade :

« La violence des mots et des images est ce qui frappe le plus quand on plonge dans cette communauté pour la première fois. […] Mais une fois qu’on filtre la violence – qui demeure impardonnable – on découvre des hommes qui ont parfois des propos articulés, qui souffrent réellement. »

Bon, me voilà devenu violent, mais parfois articulé.  Un – autre – problème : je ne ressens aucune souffrance, inconscient que je suis.  Je n’ai pas non plus décelé la moindre violence chez les pick-up artists, pas plus que chez le mgtow, qui m’a semblé désabusé, certes, mais en aucune façon haineux. Les seuls à avoir exprimé de l’hostilité envers les femmes, sont les deux incels et encore, le Québécois parlait de sa haine au passé, ayant réussi à dépasser ses états d’âme négatifs pour se retrouver en couple.

Dérive médiatique

Devant une telle dérive médiatique, on comprendra mes réticences à accorder des entrevues sur le sujet.  Je n’allais cependant pas lever le nez sur une rencontre avec Richard Martineau, qui a eu la générosité de m’accorder, avec empathie et sans préjugés, une vingtaine de minutes à son émission, Politiquement incorrect, me permettant ainsi de donner mon point de vue sur le documentaire.

Condition masculine

L’avenir nous dira si le public parviendra à faire la part des choses entre les militants articulés et humanistes de la défense de la condition masculine et des êtres complexés, en souffrance et capables de la pire violence.

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