Un père tue ? Opéra médiatique. Une mère tue ? Petite musique de nuit…

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À notre époque où les stéréotypes d’homme prédateur et de femme victime sont devenus une norme sociétale, faut-il se surprendre de la surmédiatisation des meurtres d’enfants impliquant un homme en comparaison de ceux initiés par une femme ? C’est à croire qu’un enfant tué par un père est trois ou quatre fois plus décédé que lorsqu’il l’est par une mère.

Par : Olivier Kaestlé

Triste parité

Des données récentes de l’Institut national de la santé du Québec nous informent pourtant que les hommes sont responsables de 55 à 60 % des meurtres d’enfants, ce qui implique une presque parité avec le même délit commis par la mère. Qui est au courant ?

En France, les femmes sont à l’origine de 70 % des meurtres d’enfants !

Une enquête exhaustive de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, publiée en 2017, « souligne notamment que « les personnes condamnées pour homicide sur mineurs de moins de 15 ans sont majoritairement des femmes ». Sur les 325 condamnations prononcées entre 1996 et 2015, 227 l’ont été à l’encontre de femmes, soit dans environ 70 % des affaires. « Souvent, ce sont des mères qui tuent leur enfant », explique à 20 Minutes Christophe Soullez, directeur de l’ONDRP. »

En ce qui concerne l’infanticide, soit le meurtre d’un nouveau-né, il existe un consensus établissant que l’écrasante majorité des auteurs sont des femmes.

Comment, avec de telles données, continuer à croire que le meurtre d’enfant n’a qu’un sexe comme auteur ?

« L’affaire » Jonathan Pomares

Il faudrait vivre sur une île déserte pour ne pas avoir entendu parler du double meurtre d’enfants suivi du suicide commis par Jonathan Pomares le 23 octobre dernier. Inévitablement, journalistes et gérants d’estrade de médias sociaux s’en sont donnés à cœur joie afin « d’analyser » cette tragédie, certains condamnant un geste bien évidemment monstrueux, d’autres essayant de comprendre comment un père apparemment aimant pouvait en arriver à assassiner aussi sauvagement sa progéniture, d’autres enfin s’interrogeant avec empathie sur l’accessibilité comme sur l’efficacité des ressources offertes – quand elles le sont – aux hommes.

En avez-vous entendu parler ?

Deux jours après le double meurtre commis par Jonathan Pomares, un article paru dans Le Soleil nous apprenait qu’une femme de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, dans les Laurentides, venait d’écoper d’une sentence de 8 ans de prison après avoir été reconnue coupable de trois infanticides. Les cadavres avaient été découverts par la police à la suite d’une alerte donnée par le personnel hospitalier de l’établissement où la mère s’était présentée en 2017.

Trois nouveau-nés morts, on ne sait dans quelles circonstances. Un tout petit article relate l’événement. Un vol de dépanneur n’aurait pas retenu davantage d’attention. Pas de condamnation publique ubuesque de la violence familiale, pas de cris d’indignation stridente, pas de dénonciation de féminité toxique, d’un girls club, pas plus que de tentatives d’explication des motivations d’un tel geste. Rien. Nada. Nothing. Le chant du silence.

Des femmes souffrent de leur propre violence

Comment ne pas comprendre à quel point notre silence gêné devant la violence familiale féminine contribue à entretenir les préjugés, fort répandus, voulant que seuls les hommes soient responsables de gestes aussi horribles, qu’ils soient des monstres, comme le dénonçait fort à propos Richard Martineau ?

En ce qui concerne les meurtrières d’enfants, une même question se pose que pour les hommes. En niant la réalité de leur violence, ne leur bloque-t-on pas l’accès à des ressources qui pourraient les soutenir et prévenir l’irréparable ?

Des organismes de prévention de la violence féminine, en connaissez-vous ? Moi non plus. J’ai pourtant déjà entendu des témoignages de femmes souffrant de leur propre violence et qui se plaignaient de l’absence de ressources pour les aider. Il s’agit sans doute du seul domaine en santé et services sociaux où les hommes ont un avantage sur les femmes. Pourquoi ai-je l’impression que le dossier de la violence féminine passe six pieds par-dessus la tête de nos militantes ?

Non seulement nos préjugés démonisant les hommes en souffrance les écrasent, mais les femmes dont on nie la violence restent emmurées dans leur silence jusqu’à l’irréparable. Entre-temps, des enfants meurent. Beau portrait de société…

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