Deux ans après #metoo, les hommes sont-ils devenus paranos ?

C’est en octobre 2017, dans la foulée du scandale impliquant le producteur Harvey Weinstein, que l’actrice italienne Alyssa Milano devait reprendre à son compte l’hashtag #metoo, déjà lancé en 2007, dans le louable dessein d’amener les femmes victimes de violences sexuelles à témoigner de leur expérience.  Au même moment, la journaliste française Sandra Muller lançait de son côté l’hashtag #balancetonporc, dans le même but.

Par

Olivier Kaestlé

Ces initiatives eurent pour effet de susciter une vague impressionnante d’accusations publiques, tant de célébrités que d’obscurs quidams, livrés en pâture au public hyperventilé des réseaux sociaux qui ne connait qu’un seul verdict : « Coupable ! »

Ironie du sort, Asia Argento, après avoir accusé Weinstein de viol, bien qu’ayant eu par la suite avec lui des relations sexuelles consenties pendant cinq ans, s’est vue à son tour accusée de détournement de mineur sur la personne de Jimmy Bennett.  Quant à Sandra Muller, elle s’est vue condamnée pour diffamation en octobre dernier pour avoir accusé Eric Brion de harcèlement sexuel.  Elle compte faire appel.  On a les porte-parole que l’on peut.

Serge Lama redoute les ascenseurs

Ce 27 janvier, le célèbre chanteur français Serge Lama a suscité un malaise politiquement incorrect en avouant ses craintes d’accusations mensongères d’agression sexuelle :

« (…) : « Moi j’aimerais pas prendre l’ascenseur avec une femme aujourd’hui. C’est dangereux… Moi j’ai connu des femmes à l’époque, qui auraient je pense, elles auraient dit que je les avais violé alors que c’est moi qui ne voulait pas« . 

Devant le regard surpris d’Anne-Elisabeth Lemoine, Serge Lama a poursuivi : « Comme elles étaient très en colère que je veuille pas, je pense qu’aujourd’hui, j’en ai deux ou trois dans ma tête, elles auraient :’Oh bah tu vas voir toi !’ « . Des propos qui ont provoqué un petit silence sur le plateau, avant que Patrick Cohen n’enchaîne sur un autre sujet. »

Des propos qui indiquent un ressac

Il semble bien que les appréhensions de Lama ne représentent pas un cas isolé.  Fait plus qu’improbable, Francine Pelletier, qui n’a jamais fait de la défense de la condition masculine une priorité, pour dire le moins, a compté parmi les quelques voix qui ont sonné l’alarme au Québec à propos d’un mouvement de ressac envers #metoo.  Elle citait deux enquêtes :

« La plus alarmiste des deux, une enquête menée par Leanin.org, l’organisme pour la promotion des femmes au travail créé par Sheryl Sandberg, auteure du livre du même nom (Lean In), aujourd’hui directrice des opérations de Facebook, affirme que 60 % des administrateurs sont mal à l’aise à l’idée de travailler en tête à tête avec une femme, de socialiser avec des femmes dans le cadre du travail ou encore de se proposer comme mentor à une femme plus jeune. »

La malveillance n’est pas inscrite sur le visage

En effet, la malveillance, qu’elle soit masculine ou féminine, n’est pas inscrite sur la physionomie.  Des personnes au visage avenant et sympathique, inspirant confiance, peuvent s’avérer de véritables poisons, une fois le masque tombé.  Après plusieurs, ou même un seul moment passé sans témoin en la compagnie de telles manipulatrices, rien ne les empêchera ensuite de porter contre leur victime des accusations mensongères, peu importe le motif. Dans le contexte si particulier de #metoo, c’est la condamnation publique assurée.

Pelletier poursuit :

« Une seconde étude menée par l’Université de l’Arizona confirme qu’en effet beaucoup d’hommes ne savent plus sur quel pied danser. Un tiers des hommes interrogés (27 %) craignent de se retrouver seuls dans une réunion de travail avec une collègue, 21 % hésiteraient à engager une femme avec qui ils travailleraient en « étroite collaboration » et 19 % hésiteraient à embaucher une « jolie femme ». De plus, les deux études, qui en sont toutes deux à leur deuxième sondage, s’accordent pour dire que la frilosité augmente d’une année (2018) à l’autre (2019) chez les hommes sondés. »

Le phénomène irait en s’intensifiant ?

Aux États-Unis, est né le mouvement #himtoo, à l’époque où le futur juge de la cour suprême, Brett Kavanaugh, avait dû faire face aux accusations pour le moins décousues de Christine Blasey-Ford. Les propos de la militante démocrate, émaillés de « trous de mémoire », ne firent pas long feu devant une enquête du FBI et une lettre rendue publique cosignée par 65 femmes ayant connu Kavanaugh à l’époque évoquée par Blasey-Ford et jugeant ses allégations « hautement improbables ».

Les militantes américaines de #metoo n’allaient certainement pas danser de joie devant l’aveu d’une autre plaignante d’avoir menti.  Celle-ci avait prétendu avoir été violée par Kavanaugh et l’un de ses amis avant de se rétracter.

Dangereux d’être un homme ?

Ces événements sont venus alimenter un discours voulant qu’il « était dangereux d’être un homme. »  Bien sûr, des militantes devaient donner une tournure pour le moins biaisée à cette tendance, comme par exemple Clara Wilkins, chercheuse en psychologie sociale à l’université Washington à Saint-Louis :

« Ils ont le sentiment que si les femmes progressent, eux y perdent », et chaque exemple qui va dans leur sens exacerbe ce sentiment, regrette-t-elle. « En présentant le juge Kavanaugh comme accusé à tort, Trump va renforcer la croyance des hommes qu’ils sont des victimes », prédit l’universitaire. »

Bien sûr, les femmes victimes de violence sexuelle méritent d’obtenir justice, mais est-ce « progresser » que de pouvoir détruire impunément l’existence d’un homme par de fausses accusations ?  Et depuis quand le fait de dénoncer un cas d’accusations mensongères devrait-il alimenter la croyance des hommes qu’ils sont des victimes mur à mur ?  Faudrait-il protéger les menteuses en dissimulant leurs plans tordus ?  Le mythe d’un discours « masculiniste » victimaire et largement relayé par de méchants médias patriarcaux a encore de beaux jours devant lui.

Prudence, oui, paranoïa, non !

Sans sombrer dans la paranoïa de se voir à tout moment victime de fausses allégations, une certaine prudence s’impose, surtout lors de premiers rendez-vous.  Une sortie dans un restaurant, ou tout autre lieu public, sera préférable, dans un premier temps, à un dîner aux chandelles seuls en tête à tête.  Chaque chose en son temps.  C’est le conseil que j’ai donné à mon fils.

Nul doute que la majorité des femmes soient de bonnes personnes, mais une seule manipulatrice finie peut faire basculer une vie.

Peut-être faudra-t-il se méfier des ascenseurs…

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