Journée mondiale du hijab : de quelle solidarité parlez-vous ?

J’ai vu passer sur le web une nouvelle ayant pour titre « Journée mondiale du hijab : les femmes non-musulmanes font preuve de solidarité ».  Solidarité ?  Vraiment ?  Envers qui au juste ?  L’article trouvé sur le site de Radio-Canada date de trois ans déjà mais pourtant, l’orientation idéologique de cette journée reste exactement la même de nos jours.

Par

Olivier Kaestlé

Et notre société d’État de citer complaisamment cette porte-parole :

« Nadia Kidwai, musulmane et employée de CBC à Winnipeg, soulève qu’à l’heure actuelle, il est particulièrement important d’appuyer les droits des femmes musulmanes : « Quand nous portons le hijab, nous sommes très visiblement musulmanes, donc dans le cas des crimes haineux […] c’est souvent les femmes musulmanes qui portent le hijab qui sont les plus susceptibles d’être la cible d’attaques. » »

C’est souvent les femmes musulmanes qui portent le hijab qui sont les plus susceptibles d’être la cible d’attaques, vraiment ?  Et qu’en est-il de celles qui le refusent ?   Mme Kidwai affirmait sans sourciller « qu’il est particulièrement important d’appuyer les droits des femmes musulmanes » ?  Au nom de quelles femmes musulmanes parliez-vous, Madame, vous et vos semblables « militantes » ? Des femmes battues, vitriolées, fouettées, incarcérées, assassinées pour avoir refusé de porter ce symbole d’oppression de la femme ?  Ces musulmanes, avez-vous seulement eu une pensée pour elles ?

Un libre choix, vraiment ?

Et vous aviez le culot d’afficher une « solidarité » envers celles qui choisissent en tout état de cause de porter ce vêtement et de demeurer coincées entre les paramètres nombriliques d’une conscience sociale inexistante ?  Comment vous et vos semblables osiez-vous vous prétendre féministes en arborant le symbole ultime, extrême, de valeurs de sociétés vraiment patriarcales ?

Vos consœurs et vous pourriez faire votre profit des commentaires du blogueur et essayiste Patrick Aulnas :

« L’esclave peut-il librement revendiquer son statut d’esclave ? C’est évidemment impossible. Or les femmes portant le voile islamique, même lorsqu’elles affirment qu’il s’agit d’un choix, sont des femmes soumises à un archaïsme machiste, qui n’est même pas considéré par tous les musulmans comme une prescription religieuse. »

L’insurrection iranienne

C’est à croire que certains sociologues et certaines hijab Barbies de ce monde vivent dans la totale ignorance du mouvement d’insurrection – vraiment – féministe qui agite présentement l’Iran.  Là-bas, la militance prend d’autres formes que des cafés-rencontres de propagande où l’on sert café et pâtisseries devant une horde médiatique complaisante et dénuée d’esprit critique.

Ces bienpensants n’ont vraisemblablement jamais entendu parler de Vida Mohavedi, cette Iranienne qui devait la première braver l’interdit de se promener sans hijab en Iran le 27 octobre 2017 :

« Visible par tous dans cette grande artère animée, elle brandit son voile au bout d’un bâton. Un geste de contestation inédit en République islamique, où le port du voile est obligatoire depuis la révolution de 1979. « Vida est restée presque trente minutes sans voile avant qu’on ne l’arrête. Comme c’était la première, les forces de l’ordre ne savaient pas comment réagir », expliquait alors Nasrin Sotoudeh. Vingt jours plus tard, Narges Hosseini, une étudiante, agit de même. »

Une avocate paie un lourd tribut

Vida Movahedi sera arrêtée lors d’un second geste de rébellion, l’année suivante, et condamnée à un an de prison le 2 mars dernier. Plusieurs femmes et hommes la soutiennent cependant et son initiative devient un mouvement de résistance.

Une avocate, Nasrin Sotoudeh, soutient la militante, et en paie un lourd tribut :

« De nombreuses charges pèsent contre l’avocate, arrêtée en juin 2018 : « insulte au guide suprême », « incitation à la débauche »… Au fur et à mesure de ses procès – en son absence –, ses peines s’élevaient, le 11 mars dernier, à 38 ans de prison et 148 coups de fouet. L’équivalent d’une condamnation à vie. »

Une pétition de 400 000 signatures en appui à l’avocate

Le 12 mars 2019, le Conseil national des barreaux a adressé au président Emmanuel Macron une pétition de 400 000 signatures en appui à l’avocate et revendiquant sa libération.

Une troisième femme, qui a aussi retiré publiquement son voile, avait évoqué ainsi l’avocate, avant son emprisonnement :

« « Nasrin Sotoudeh s’est proposée pour me défendre, mais on a fait peur à ma famille. On leur a dit que, si elle devenait mon avocate, j’allais écoper de quinze ans de prison. » Lorsqu’elle décide de participer au mouvement, Azam Jangravi connaît les risques qu’elle encourt. Mais, aux yeux de ces jeunes femmes, certains principes passent avant leurs préoccupations personnelles. « Dans nos vies, nous avons toutes vécu une atteinte à nos droits […] mais, là, il est question de la place de la femme parmi toutes les autres femmes », estiment-elles.

Oseriez-vous soutenir son regard ?

« Certains principes passent avant leurs préoccupations personnelles. »  « Il est question de la place de la femme parmi toutes les autres femmes. »  Voilà des prises de position qui, venant de femmes vraiment opprimées parce qu’elles n’ont pas de choix véritable, devraient interpeller les militantes qui font la promotion d’un accessoire aussi odieux que dégradant.

Si vous, « militantes » pro-hijab, deviez rencontrer Nasrin Sotoudeh, qui croupit dans une cellule iranienne depuis juin 2018 pour défendre le droit des Iraniennes de refuser le hijab, oseriez-vous soutenir son regard ?  Pensez-y, entre deux pâtisseries…

Pour vos actualités c’est : DixQuatre.com

Publicité de remorquage

Faites pas les timides donnez votre avis !
Chargement ...
DixQuatre
DixQuatre.com est un média en Abitibi-Témiscamingue couvrant l’actualité locale et régionale. Nous avons une équipe de collaborateurs et collaboratrices réputés qui offrent, chaque jour, une couverture des faits divers, des événements et des enjeux qui vous concernent.

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience d'utilisation. Nous vous invitons à en lire davantage sur notre politique de confidentialité. Accepter En savoir plus