Avortement tardif : y a-t-il vraiment consensus sur la question ?

Même aux yeux du citoyen pro-choix, il existe deux cas de figure, en ce qui a trait à l’avortement, qui peuvent éventuellement susciter chez lui un profond malaise, pour ne pas parler de vive réprobation : l’avortement selon le sexe et de l’avortement tardif.

Par

Olivier Kaestlé

L’avortement selon le sexe demeure inadmissible en ce sens que sa seule motivation est discriminatoire, peu importe le sexe de l’enfant à naître, son état de santé ou celui de la mère.  Pour ce qui est de l’avortement tardif, on peut lui trouver deux justifications : soit la santé de la mère est menacée, soit celle de l’enfant à naître serait à ce point hypothéquée que sa vie, et celle de ses parents, deviendrait un véritable enfer quotidien.

En dehors de ces deux cas de figure, à partir du moment où le fœtus est viable, indépendamment de la mère, et en bonne santé, est-ce qu’on parle toujours d’un « simple » avortement ?  À la suite de l’annonce, par François Legault, de former de nouvelles équipes pour faciliter l’accès aux avortements tardifs, un mot a commencé à circuler sur les réseaux sociaux : infanticide !

Peut-on en débattre ?

À n’en pas douter, il y aurait matière à débat sur cette question épineuse, si seulement nous étions capables de débattre pareil sujet au Québec.

Avec la Chine et la Corée du Nord, le Canada reste le seul pays à disposer d’un vide juridique pour toute législation sur l’avortement.  En théorie, ça signifie que tant que le fœtus n’a pas quitté le ventre de sa mère, il ne saurait être considéré comme un enfant, même quelques heures avant l’accouchement. L’avortement pourrait en principe être autorisé.  En pratique, une telle boucherie de dernière minute est-elle déjà survenue ?  Souhaitons que non.

Qui plus est, nombreux sont les médecins mal à l’aise avec le concept d’avortement tardif également appelé de troisième trimestre, soit effectué après 24 semaines de grossesse. Un rapport confidentiel du Collège des médecins indique que les praticiens qui effectuent ce type d’avortement seraient « stigmatisés et intimidés ».  La rareté des ressources contraindrait même des femmes à accoucher malgré elles.

Toutes les raisons sont valables

Or la ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, a été formelle : toutes les raisons de demander un avortement tardif sont valables :

« Il faut que les femmes aient accès à ce service, peu importe la raison, a-t-elle ajouté.  Toutes les raisons leur appartiennent, et on n’a pas à remettre ça en question. Notre rôle, c’est de donner accès » à l’avortement. »

Bref, la décision de la femme de disposer de son corps est érigée en absolu.  Ce point de vue se défend à l’intérieur d’un délai raisonnable, mais lorsque l’on parle d’un avortement tardif, est-il seulement question du droit d’une seule personne, ou de celui de deux: la génitrice et l’enfant à naître ?

Avons-nous toujours affaire à un simple foetus ?

Car passé 24 semaines, on peut envisager l’hypothèse que nous n’avons plus seulement affaire à un simple fœtus.  Sa viabilité serait cependant un facteur variable :

« Il est difficile de fixer une limite de développement, d’âge, ou de poids par lequel un fœtus est considéré automatiquement comme viable ou bien dont la survie est réellement assurée. Néanmoins l’expérience montre que les bébés dont le poids est inférieur à 500 grammes ou dont l’âge est inférieur à 22 semaines d’aménorrhée survivent très rarement, et encore moins sans séquelles. Entre 22 et 26 semaines d’aménorrhée, moins de 15 % des enfants nés vivants sortent des soins intensifs sans séquelles majeures4. Même les fœtus nés entre 26 et 28 semaines ont des difficultés pour survivre, principalement parce que leurs systèmes respiratoire et nerveux central ne sont pas complètement différenciés5. »

Porte ouverte aux militants extrémistes ?

Bref, si la viabilité d’un fœtus devait devenir un critère pour interdire les avortements tardifs, nous nous retrouverions dans une zone grise. Par ailleurs, plusieurs redoutent, et ils n’ont pas tort, qu’une telle interdiction ouvre la porte à une remise en question pure et simple du droit à l’avortement, peu importe le contexte, par les éléments extrémistes du lobby pro-vie.  Ce serait le retour aux faiseuses d’ange clandestines ou aux aiguilles à tricoter pour des femmes qui n’auraient plus d’autre recours.

Une telle perspective resterait cependant inimaginable dans une société aussi néo-féministe que le Québec.  Cependant, les réactions sur les réseaux sociaux à l’annonce de la CAQ d’accroître les ressources facilitant l’accès aux avortements tardifs sont plus qu’évocatrices d’un malaise, allant dans certains cas jusqu’à la plus vive condamnation.

Le Québec, paralysé par la bien-pensance

Le fait que le Canada partage avec des pays aussi peu humanitaires que la Chine et la Corée du Nord la réalité peu banale d’une absence de balises régissant l’avortement pourrait donner matière à nous interroger sur ce vide juridique.  Pourrons-nous éternellement esquiver toute forme de débat autour de la question des avortements tardifs quand la presque totalité des pays civilisés ont établi un cadre juridique sur le sujet ?

Dans un Québec néo-féministe, paralysé par une bien-pensance de gauche autant universitaire que médiatique, on peut légitimement douter qu’une telle discussion soit même envisagée.  Une minorité empêchera pendant longtemps encore toute discussion sur un sujet qui, pourtant, semble loin de faire l’unanimité.

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