Congédiée pour une manif avec la Meute, à cause d’un « corbeau » ?

Il semble qu’on ne plaisante pas avec la rectitude politique à la MRC Mékinac, en Mauricie.  Si l’information recueillie par Le Nouvelliste s’avère fondée, Stéphanie Fortin, engagée en décembre dernier à titre de coordonnatrice à l’accueil et à l’intégration des nouveaux arrivants à ladite MRC, en a été remerciée le 17 janvier pour avoir participé à une manifestation du groupe identitaire La Meute trois ans auparavant, le 20 août 2017.

Par

Olivier Kaestlé

Non seulement le motif invoqué par la jeune femme a de quoi faire sourciller, mais, si ses propos sont exacts, les circonstances mêmes du congédiement ont des allures de purge purificatrice.  Mme Fortin assure même avoir cru à une blague entre employés, tant les raisons communiquées par la directrice générale de la MRC de Mékinac, Nathalie Groleau, lui auraient parues sur le coup improbables.

L’œuvre d’un corbeau ?

La délation à propos d’événements de gravité variable, souvent insignifiants, semble devenue un hobby de plus en plus répandu au Québec.  Certains délateurs, surnommés les corbeaux, sont plus discrets que d’autres et ne recherchent pas nécessairement les feux des projecteurs.  La « satisfaction du devoir accompli », le bonheur d’avoir gâché une existence, deviennent pour eux un vif motif de jouissance.  Mais qui sont ces gens si désireux de nuire :

« Mais si on appelle aujourd’hui un corbeau celui qui émet des messages anonymes dénonciateurs ou plein de fiel, qui empoisonnent la vie des destinataires et de leur entourage, c’est en souvenir du film d’Henri-Georges Clouzot, « Le corbeau », sorti sur les écrans en 1943 et qui relate justement une histoire de ce genre, où l’auteur des lettres signe ses messages par un dessin de corbeau. »

Un cas similaire

Il semble bien que nous ayons affaire à ce genre d’individu, si on s’en rapporte à l’article du Nouvelliste :

« Selon son témoignage, la directrice générale de la MRC de Mékinac, Nathalie Groleau, l’a convoquée à son bureau, le 13 janvier, pour l’aviser qu’elle avait reçu un appel anonyme et des vidéos confirmant sa présence lors de cette activité. Elle aurait invoqué cette participation comme motif pour mettre fin à son contrat. »

Il semble que la direction ait été saisie d’un tel émoi, que l’expulsion de leur ex-employée aurait relevé de la plus grande urgence :

« « Ils m’ont sortie, escortée jusqu’à mon auto sur-le-champ, comme une criminelle », raconte Mme Fortin, visiblement encore ébranlée. »

Des pressions en vue de faire signer une lettre de démission à Mme Fortin auraient été exercées sur elle, mais sans résultat.  Qu’à cela ne tienne, le conseil des maires de la MRC a finalement signifié la fin du lien d’emploi ce 17 janvier.

Qui serait le délateur ?

Le mystère plane autour de l’identité du délateur à l’origine de ce psychodrame municipal et du congédiement qui en aurait résulté :

« Je n’en dors plus! », mentionne-t-elle (Stéphanie Fortin). « Je n’ai aucune espèce d’idée. Ça prend quelqu’un qui a fait beaucoup de recherches. »

En effet, la manœuvre du corbeau aurait demandé une minutie de laborantin alliée à un acharnement qui relève de la vindicte.  Du côté de la MRC, on invoque des motifs de renvoi tout à fait différents, comme le révèle Alexis Rheault, coordonnateur aux loisirs, à la culture et aux communications, qui confirme toutefois la fin du lien d’emploi :

« Malheureusement, Mme Fortin n’a pas rempli les attentes de la MRC, sur des questions administratives surtout. Le poste est accompagné de demandes et de diverses choses à remplir. Certains éléments n’ont pas été atteints. Avec ces constats, la MRC a mis fin au lien d’emploi et le conseil des maires a adopté une résolution en ce sens. »

L’important, c’est ce qu’on ne réfute pas

Ce qui laisse perplexe, dans les propos de M Rheault, c’est ce qu’il ne réfute pas :

« Il demeure toutefois vague sur les raisons et ne veut pas commenter l’épisode de la manifestation. » 

Si « l’épisode de la manifestation » n’avait rien à voir avec le congédiement de Mme Fortin, il aurait été si facile d’écarter ce motif du revers de la main.  En fait, il aurait été préférable de pouvoir le faire, tant une telle raison va à l’encontre du bon sens populaire et d’un droit légitime reconnu par la loi.

Le porte-parole de la MRC ne conteste pas cependant avoir reçu un envoi anonyme « incriminant » pour Mme Fortin, ni que cet envoi contenait une « preuve » vidéo, encore moins que cette « preuve » concernait la participation citoyenne de Mme Fortin à une manif, ce qui reste son droit le plus strict.  J’aurais les plus grandes difficultés à croire que des questions sur ces aspects de l’affaire n’aient pas été posées…

Qui dit vrai ?

Il est difficile, dans un tel contexte, de croire que Mme Fortin aurait inventé de toute pièce une histoire qui serait si facile à réfuter si elle était fausse.  La MRC de Mékinac aurait alors beau jeu de présenter son ex employée comme une mythomane désireuse de se venger de ses anciens employeurs.

Cet épisode est inquiétant par les nombreuses zones d’ombre qu’il met en relief.  Si les prétentions de Mme Fortin sont exactes, et que le motif de son renvoi est bel et bien ce qu’elle prétend, elles confirment la tendance au néo-maccarthysme qui agite le Québec, en ce moment, et qui vise à punir toute prise de parole penchant le moindrement à droite.

Hors de la gauche, point de salut !

Il y a fort à parier que Mme Fortin n’aurait jamais eu de problème si elle avait milité pour Québec solidaire, ou pour toute autre organisation de gauche, néo-féministe ou multiculturaliste.  Dans ces derniers cas, le conseil des maires et la direction de la MRC se seraient roulés en boule sous leurs fauteuils plutôt que de respirer dans sa direction avec un air désapprobateur.

En 1948, Paul-Émile Borduas et plusieurs peintres dits automatistes ont signé un recueil polémique intitulé Refus global qui constituait une véritable attaque frontale contre le contexte d’étouffement clérical qui sévissait alors au Québec en pleine grande noirceur.  Là aussi, la liberté de parole était devenue menacée à un point tel où Borduas, après s’être vu condamné au chômage, dut s’exiler en France.

Devant cette gauche dénaturée et asphyxiante de bienpensance, faudra-t-il opposer un nouveau Refus global ?

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