8 mars atypique : 114 avocates défendent la présomption d’innocence !

Je m’étais d’avance fait à l’idée.  À l’occasion de la Journée internationale des femmes, nous allions éventuellement entendre parler d’injustices bien réelles vécues par des femmes à travers le monde, un discours nécessaire, mais régulièrement accusé d’islamophobe, puisque plusieurs pays islamiques ne sont pas reconnus pour leur respect de la gent féminine.  

Par

Olivier Kaestlé

Les néo-féministes allaient de leur côté inévitablement rendre l’homme blanc occidental hétéro et quinquagénaire responsable de tous les maux subis par les femmes.

Est-ce par provocation devant le délire victimaire qui secoue en ce moment la planète dans le cadre de #metoo, dont une leader, Asia Argento, est elle-même accusée de détournement de mineur, et dans celui de #BalanceTonPorc, dont l’initiatrice a été reconnue coupable de diffamation, mais toujours est-il que 114 avocates ont choisi ce 8 mars pour livrer, dans le quotidien Le Monde, un vibrant plaidoyer en faveur du respect de la présomption d’innocence.

« Seuls remparts efficaces contre l’arbitraire »

Elles n’hésitent pas à qualifier ce concept, ainsi que la prescription, de « seuls remparts efficaces contre l’arbitraire ».  Ces principes représentent de suprêmes irritants pour bien des idéologues qui souhaiteraient qu’on croie une accusatrice ou une plaignante sur parole.

Notez que je ne parle pas ici de « victime alléguée », ni de « victime présumée ».  Le recours à de telles expressions implique nécessairement un « coupable allégué » ou un « coupable présumé », concepts tout à fait incompatibles avec le respect de la présomption d’innocence.

Ça prenait du culot !

Il est pour le moins surprenant de voir autant d’avocates, unanimement des femmes, de surcroit, s’exprimer d’une seule voix sur un sujet aussi controversé, par les temps qui courent, en osant invoquer le lynchage médiatique réservé à Roman Polanski, en plus de choisir la journée internationale de la femme pour se prononcer.  Gageons que leur audace ne demeurera pas sans réponse…

On peut lire cet extrait de leur lettre, publié dans le site Ouest France :

« On se pique d’avoir à le rappeler, mais aucune accusation n’est jamais la preuve de rien : il suffirait sinon d’asséner sa seule vérité pour prouver et condamner écrivent ces 114 femmes, avocates et pénalistes, viscéralement attachées aux principes qui fondent notre droit et confrontées chaque jour à la douleur des victimes mais aussi, et tout autant, à la violence de l’accusation. »

 Pas des instruments d’impunité

 Les néo-féministes grinceront des dents à cet énoncé :

« Il est urgent de cesser de considérer la prescription et le respect de la présomption d’innocence comme des instruments d’impunité : en réalité, ils constituent les seuls remparts efficaces contre un arbitraire dont chacun peut, en ces temps délétères, être à tout moment la victime, estiment les avocates qui dénoncent le tribunal de l’opinion publique. »

La populace vindicative et gérante d’estrade pour qui « accusé » rime avec « coupable » en prend pour son rhume, de même que les idéologues qui hurlent à la conspiration patriarcale quand on ne croit pas aveuglément une plaignante sur parole :

« Pour elles, il est faux d’affirmer que l’ordre judiciaire ferait montre aujourd’hui de violence systémique à l’endroit des femmes ou qu’il ne prendrait pas suffisamment en considération leur parole. »

Vers une présomption de culpabilité ?

Le constat que font ces avocates a de quoi glacer le sang.  Sommes-nous en train de régresser en tant que société au point de recourir à une justice inquisitoriale ?  C’est bien ce qu’elles semblent redouter :

« Nous constatons au contraire, quelle que soit notre place à l’audience, qu’une inquiétante et redoutable présomption de culpabilité s’invite trop souvent en matière d’infractions sexuelles. Ainsi devient-il de plus en plus difficile de faire respecter le principe, pourtant fondamental, selon lequel le doute doit obstinément profiter à l’accusé ajoutent-elles. »

 Phénomène occidental

L’inquiétude quant au maintien de la présomption d’innocence ne concerne pas que la France.  Il s’agit d’un phénomène occidental.  À l’occasion des accusations d’agressions sexuelles non fondées qui avaient été portées contre Brett Kavanaugh, alors candidat à la Cour suprême des États-Unis, le président Donald Trump s’était ouvertement inquiété de la menace qui pesait sur ce principe fondamental :

« « C’est une époque vraiment terrifiante pour les jeunes hommes en Amérique, vous pouvez être coupable de quelque chose dont vous n’êtes pas coupable », a-t-il déclaré depuis les jardins de la Maison-Blanche.

« C’est vraiment une période difficile », a-t-il martelé, estimant que la présomption d’innocence était trop souvent piétinée.

« Toute ma vie, j’ai entendu que vous étiez innocent tant que vous n’aviez pas été reconnu coupable. Aujourd’hui, vous êtes coupable tant que vous n’avez pas été reconnu innocent », a-t-il ajouté. »

En ce moment même, au Canada…

On peut bien penser ce qu’on veut de Donald Trump, ses inquiétudes deviennent de plus en plus partagées.  Et si vous croyez que le Canada est à l’abri d’une abolition arbitraire de la présomption d’innocence, considérez le concept si convivial « d’inversement du fardeau de la preuve », dans les causes d’agression sexuelle, défendu – notamment – par nul autre que le directeur du SPVM, le plus important corps de police au Québec :

« Par ailleurs, le premier ministre fédéral a évité de se prononcer sur le renversement du fardeau de la preuve dans les cas d’agressions sexuelles, une suggestion faite entre autres par le nouveau chef du Service de police de la Ville de Montréal, Sylvain Caron, et une idée que le premier ministre du Québec, François Legault, a dit regarder avec prudence. »

Je sais, c’est la troisième fois que je publie cette citation dans autant de billets.  C’est que je pense que ses implications échappent encore à trop de gens…

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