Mon père, Benigni, le coronavirus et la culture du « safe space »…

Le vent de panique qui souffle présentement sur le Québec, comme sur la planète, et que certains combattent en stockant des quantités himalayennes de papier cul, incite plus que jamais à un équilibre entre une saine prudence et le délire paranoïde.

Par

Olivier Kaestlé

Mon fils, bientôt 25 ans, suit présentement un cours d’électromécanicien.  Il adore sa formation et se démarque comme un premier de classe.  En raison des risques liés au coronavirus, ses cours, comme ceux de tous les établissements scolaires du Québec, sont suspendus pour deux semaines, une sage précaution.

Mon gars et moi avons discuté hier calmement de la situation, des risques pour la santé, des précautions à prendre et de l’incompétence crasse du clown qui nous sert de premier ministre fédéral, contrastant d’avec son homologue provincial. J’ai toujours été partisan de la franchise et de la vérité avec mes enfants, en tenant compte, bien sûr, de leur âge et de la quantité comme de la pertinence des informations que je leur transmettais.  Un enfant averti d’un danger en vaut deux.

« La peur est un signal d’alarme, vérifie d’où elle vient » – mon père, José Kaestlé

Ce n’est pas ma faute, c’est comme ça que mon père (photo ci-haut) m’a éduqué.  Élevé dans un contexte social où l’on disait encore aux garçons qu’un homme, ça ne pleure pas, et qu’un vrai homme, ça n’a jamais peur, j’avais posé cette question à mon père : « As-tu déjà eu peur, as-tu déjà pleuré ? »

Il m’avait répondu que d’avoir de la peine était humain et normal, et que si je ressentais le besoin de pleurer, il n’y avait pas de honte à y avoir.  Pour ce qui était de la peur, il m’avait dit : « Seuls les imbéciles n’ont jamais peur.  La peur est un signal d’alarme.  Il faut que tu vérifies d’où elle vient.  Si elle n’est pas fondée, cesse d’avoir peur, si elle l’est, protège-toi avec les moyens du bord. »

Un film culte sur les « safe spaces »…

La crise que nous traversons en ce moment m’a rappelé une discussion récente, sur Facebook, à propos du film La vie est belle, de Roberto Benigni.  Pour des raisons qui m’échappent obstinément, plusieurs personnes, dont je respecte par ailleurs l’intelligence, voient en ce film une œuvre charmante, profondément touchante, et si porteuse de sens.

De mon côté, tout en reconnaissant au film des qualités artistiques évidentes, son propos général me pue au nez et reste à mes yeux symptomatique d’une dérive sociétale certaine : la culture du « safe space », consistant à dissimuler à nos enfants des réalités que nous jugeons trop dure pour eux même si, en les cachant, on expose justement notre progéniture auxdites réalités.

Un message consternant et annonciateur d’une tendance lourde

Rappelons l’intrigue du film.  Durant la deuxième guerre mondiale, un Juif et son fils de cinq ans sont internés dans un camp de concentration nazi.  Afin de protéger son garçon d’une aussi dure situation, le père lui fait croire que le camp de concentration est une colonie de vacances et que le tirage d’un char d’assaut viendra couronner son séjour.  Complètement irresponsable.

On aura beau dire que ce film est une fiction, le message qu’il véhicule reste consternant et annonciateur d’une tendance sociétale lourde qui consiste à cacher à nos enfants des réalités inquiétantes, soi-disant pour leur bien.  Dans nos institutions, en premier lieu, on leur insinue que les femmes voilées portent presque toutes le hijab par choix, que le multiculturalisme est une bénédiction, qu’on n’ouvrira jamais assez nos portes à l’immigration, que le néo féminisme sauvera l’humanité du sexisme, entre autres fadaises vides de sens.

On ment à nos enfants

Bref, comme Benigni et son « camp de vacances », on leur ment et, ce faisant, on les expose au danger de se voir dépourvu de tout esprit critique, aptitude que notre système d’éducation devrait pourtant être le premier à stimuler.  « Si tu as peur, vérifie la cause de ta peur, » disait mon père.  Mais si on chloroforme la peur de nos enfants, comment les rendre aptes à reconnaître un danger ?

Dans un camp de concentration, un regard de travers pouvait valoir à son auteur d’être abattu séance tenante.  Et les nazis ne faisaient pas dans le détail quant à l’âge du « contrevenant ».  Un sage conseil du père de La vie est belle aurait été de dire à son fils de ne jamais quitter son paternel et d’éviter de fixer qui que ce soit dans les yeux.

Des hommes, des femmes, étaient déshabillés, maltraités et humiliés publiquement.  Comment dissimuler pareille réalité ?  Des séances de bronzage, peut-être ?

Présenter un enfant, même à cinq ans, comme un être assez naïf pour croire qu’un camp de concentration est une colonie de vacances est une injure à l’intelligence enfantine.  Et puis, comment expliquer à son fils qu’aucun repas n’était servi, ce qui était la norme ?  Un jeûne thérapeutique, sans doute ?

Des pelures de pomme de terre pour toute nourriture

Mon père, capitaine d’infanterie dans l’armée française lors de la deuxième guerre mondiale, a été interné quatre mois dans le camp de concentration de Schirmeck.  Pour toute nourriture, les nazis jetaient des pelures de pomme de terre aux prisonniers.

Mon propre père, un modèle de droiture et de dignité, en a été réduit à se battre pour… des pelures de pommes de terre !  Des années après qu’il me l’ait faite, cette confidence me bouleverse encore, au point que je pense toujours à lui chaque fois que j’épluche des patates.  Alors, quant à moi, Benigni et son film insignifiant, je ne vous dis pas où il peut se le fourrer !

Une réalité impossible à cacher

Toute situation, si problématique soit-elle, recèle une part de leçons dont nous pouvons faire notre profit.  Sans les dramatiser, comment dissimuler à nos enfants les risques liés au coronavirus, alors que cette maladie est devenue LE sujet de conversation numéro un au pays comme ailleurs sur la planète ?  Une armée entière de Benigni ne parviendrait pas à transformer ce virus en bonne fée venue les border à l’heure du dodo.

Conscients du danger, et pour peu que leurs parents ne perdent pas la carte en transformant leur garage en entrepôt de papier cul, nos enfants peuvent apprendre à réaliser que rien, sur notre planète, n’est acquis, que le danger existe, que les moyens de s’en protéger également, qu’il faut rester vigilant, sans être paranoïaque, prudents, sans devenir obsessifs, et conscients, sans devenir pessimistes.

Bref, nos enfants peuvent apprendre de cette expérience de vie à devenir lucides mais encore trouver que… la vie est belle !

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