Une marmite de géant campe au coeur de Rouyn-Noranda!

J’ai découvert, au cœur de Rouyn-Noranda, Abitibi-Témiscamingue, en pleine zone urbaine, une marmite de géant, rien de moins. Je l’ai de plus trouvée assez en hauteur, dans la partie supérieure d’un cap de roche, une trentaine de pieds au-dessus du niveau du lac Noranda.

Par : Gislain Loiselle 

Trouvaille géologique

Une marmite de géant, c’est un trou formé dans le roc par le tournoiement à grande vélocité de cailloux emprisonnés dans une faille de surface et entraînés dans ce mouvement circulaire par un fort courant d’eau.

Chaudron

Cette cavité prend à terme la forme d’un chaudron. Ses parois sont courbées, rondes, comme une marmite. Tels des abrasifs, des graviers de différentes granulosités ont ainsi poncé la roche, laissant comme témoin du travail de l’eau vive et de la matière minérale solide ce trou arrondi qui peut avoir différentes dimensions, tout dépendant.

Celui que j’ai déniché peut facilement contenir plusieurs personnes adultes. Il est précisément localisé sur le cap de roche entre le centre administratif du gouvernement du Québec et le tout nouvel édifice de la compagnie d’assurance Pro-Mutuel. On y a directement accès en prenant le chemin montant sur le cap de roche, par le côté, sur les heures d’affaires, d’ouverture au public, car c’est un terrain privé tout de même.

8500 ans

Il y en a donc sûrement d’autres ailleurs en pleine ville! Il faut juste tomber dessus. Rouyn-Noranda engloutie sous des dizaines de pieds d’eau. Cela signifie que les parties les plus basses de Rouyn-Noranda se trouvaient engloutie sous l’eau enragée, lors de sa formation. Ma marmite de géant date de 8500 ans maximum. Ça correspond à l’arrivée des premiers hommes dans cette partie-ci du Québec, les ancêtres des Algonquins ou Anichnabes. Cette eau qui l’a formée provient de la fonte de l’inlandsis laurentidien, le super glacier nord-américain qui a commencé à fondre il y a 20 000 ans à New-York, à Chicago et dans le Wisconsin, pour ne s’en tenir qu’à l’Est du Canada et des États-Unis d’Amérique.

Un colossal évacuateur de crues

L’époque glaciaire wisconsinienne a duré 90 000 ans. Il y a 12 000 ans, le monstre de glace recouvrait tout le Témiscamingue, en plus de l’Abitibi. Il y a 10 000 ans, le Témiscamingue était entièrement dégagé des glaces. Le lac Témiscamingue se trouvait toutefois gonflé à bloc et portait le nom de Barlow. Comme aujourd’hui, il constituait un colossal évacuateur de crues. La rivière Outaouais en faisait partie comme aujourd’hui. Il y a 8400 ans, l’Abitibi était noyée dans le lac Ojibway. Au cours du millénaire suivant auquel on peut ajouter plusieurs siècles, le lac post-glaciaire s’est peu à peu retiré, coulant d’abord vers le sud, bloqué par le mur de glace plus au nord, puis pouvant se vidanger vers le nord, lorsque l’inlandsis a été rendu à la latitude de la mer d’Hudson, branché aux océans Arctique et Atlantique.

Parc national d’Aiguebelle

C’est cet écoulement des eaux de ce grand lac s’étendant jadis jusqu’au Manitoba (on l’a baptisé Agassiz dans sa partie ouest) qui est à la source de la formation de marmites de géants, au parc national d’Aiguebelle et à combien d’autres endroits où l’eau s’écoulait vivement, dont au centre de la ville rouynorandienne.

Difficile à imaginer

Peut-on imaginer l’épaisseur de l’eau qui séjournait autrefois au-dessus du boulevard Rideau, de la rue Gamble, de l’avenue Principale, de la rue Perreault, de la mine Noranda! Et la force du courant qui, sous la glace et avec le concours de l’eau encore solidifiée par le froid, façonnait les collines rocheuses du camp minier de Rouyn-Noranda, caldeira formée par de l’activité volcanique sous-marine au temps de la Pangée, continent unique remontant à il y a près de 300 millions d’années! Les roches sur lesquelles on marche ont 2 milliards d’années. Et dire que nous nous trouvons à la hauteur des terres, là où deux bassins versants se rencontrent, ceux du fleuve St-Laurent et de l’immense mer appelée baie d’Hudson.

Centrales hydro-électriques

Rien n’arrête l’eau, cet oxyde. Pas même les plus grosses montagnes. Nos centrales hydro-électriques ne font que profiter de son passage. Nos barrages ne font que la contrôler, sans jamais l’arrêter de couler! Sinon, l’eau finirait par passer par-dessus, voire à les détruire. Il arrive parfois que le vase déborde… Le déluge du Lac-St-Jean après des pluies exceptionnellement abondantes en témoigne.

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