Les crises révèlent les failles

Dernièrement, un sujet qui revient régulièrement sur les médias québécois est celui de nos « Centres de Soins Hospitaliers de Longues Durées » (CHSLD).

Par : Stéphane Gagné

CHSLD : le cas Herron

Le cas du CHSLD Herron de Dorval a fait beaucoup parler dernièrement au Québec. Selon un article du 11 avril dernier, le journal « La Tribune », pour ne nommer que celui-là, écrivait « (…) le premier ministre François Legault a partagé l’ampleur des atrocités découvertes au CHSLD Herron, où des résidents ont été retrouvés dans un état dégradant, souillés par leurs excréments ou même morts, à la fin du mois dernier. Dans la foulée de cette découverte, il a ordonné une inspection immédiate de tous les CHSLD privés non conventionnés. » Il aura donc fallu une crise, et même des décès, pour que le gouvernement réalise la nécessité de faire ces inspections. Quelle tristesse! Il y a eu d’autres cas. Un des premiers fut celui du CHSLD de Ste-Dorothée.

CHSLD de Ste-Dorothée

Le CHSLD comptait 22 décès à date du 14 avril. Selon des entrevues auprès de familles de résidants à la chaine LCN, les supposés « renforts » annoncés ne se sont fait voir qu’une seule journée, et selon eux par la suite; plus rien. Portant; 22 décès! Ce n’est pas rien!

Les crises offrent des opportunités

Dans mon dernier billet, je discutais de la manière de voir les possibilités dans chaque opportunité. C’est ce que les vrais « leaders » font. Ici la crise du Covid-19 fait une chose qui devrait nous faire prendre des notes. Elle met en lumière les faiblesses du système. À vrai dire elle met en lumière les faiblesses de plusieurs de nos systèmes. Elle montre les faiblesses de notre économie; entre autres le danger de trop dépendre des autres pays. On dit que chaque foyer devrait avoir en économie accessible en tout temps l’équivalant de deux mois de budget pour prévoir les imprévus tels que, par exemple, une mise à pied; exactement comme le vivent à l’heure actuelle plusieurs citoyens, mais apprendrons-nous en économisant pour la prochaine fois ou préférerons-nous encore nous payer une vacance dans le Sud?

L’exemple de la DPJ

Il a fallu une crise – le drame de la petite « Aurore » de Granby – pour révéler les failles du système de la DPJ. Des failles confirmées où il y a eu des responsables ont du démissionner de leur poste. Pourtant encore dernièrement j’ai entendu le témoignage d’un jeune adulte qui avait été battu et maltraité par sa mère et dont le jeune frère de 10 ans vit présentement les mêmes souffrances aux mains de la marâtre en question. L’école le sait. La DPJ a bien été appelée, puis… rien. Où donc cet enfant vit-il? Selon le grand frère en question : GRANBY!!! Décidément comme quoi le changement se fait attendre!!! Il a aussi consulté la police qui ne peut rien faire. Lui est désormais parti de chez sa mère, mais à 20 ans il vit sous médication et juste le fait d’arriver à tenir un boulot ne lui est pas de tout repos, stress post-traumatique oblige.

Rien de nouveau

Comme pour le drame de Granby, l’écrasement économique de 2009 révélait les grandes failles du système économique. Des ajustements ont été supposément faits, mais étaient-ils vraiment suffisants? Le problème est que : comme pour les risques pris par les grandes banques, et comme pour le système – misérable à mes yeux – de la DPJ, la situation des CHSLD n’a rien de nouveau. Ça fait plusieurs années que nous savons et disons que les coupures en CHSLD sont inhumaines et que le personnel soignant de notre système de santé est épuisé! Les crises ne font pas que créer des problèmes; ELLES METTENT EN LUMIÈRE CEUX QUI EXISTENT DÉJÀ!!! Elles nous obligent à les regarder en face! On peut demeurer aveugles lorsqu’un résidant se voit passer de deux bains par semaine à un seul, mais lorsqu’il y a des décès de masse on ne peut l’ignorer. C’est le dur côté des crises!

Apprendrons-nous enfin?

La différence entre les crises économiques et des cas comme la DPJ et les CHSLD est que dans les deux derniers cas on ne manipule pas que de l’argent, on joue avec des vies humaines, et de manière directe. Nos établissements de santé manquent de ressources, ça, nous le savions. Pourtant, regardons ceci : l’engorgement des salles d’urgence dure depuis des années. À vrai dire elle existe depuis les coupures de Pauline Marois dans les années ’90. Même si plusieurs semblent ne pas s’en souvenir c’est à cette période que le temps d’attente dans les salles d’urgence est passé de 2-3 heures à 14-17 heures. Pourtant la quarantaine nous a fait passer d’hôpitaux qui débordent à des hôpitaux pratiquement vides! Et pas de drames notés à cause de ça! Aurions-nous manqué quelque chose? Se pourrait-il que certains d’entre nous aient été un peu prompts à voir tous pépins de santé comme des « urgences »? La question se pose. Il y a longtemps que certains répètent que ça prendrait un « ticket modérateur ».

L’héritage de Pauline Marois

Alors qu’elle était ministre de la Santé, Pauline Marois a mis à la retraire des………. D’infirmièr(e)s et de médecins. Depuis ce temps on entends chaque semaine nos infirmièr(e)s, nos préposé(e)s, et nos médecins dirent qu’ils/elles font des doubles en heures supplémentaires OBLIGATOIRES comme si c’était devenu chose normale et habituelle. (J’en profite d’ailleurs pour leur dire toute mon admiration, spécialement ceux et celles qui réussissent à garder le sourire pour leurs patient(e)s malgré ça.)

Résultat aujourd’hui? Le gouvernement demande à tout le personnel de la santé à la retraite de… revenir aider?!? Bien en voilà une faille mise en lumière!

 Et maintenant M. Legault?

M. Legault, je connais des infirmières à la retraite qui auraient encore l’âge et l’énergie de répondre à votre appel à l’aide, et elles ne le font pas. Elles ne le font pas et même si je trouve ça triste, je les comprends entièrement et ne les juge pas. Comment des gens pourraient-ils les juger alors que plusieurs d’entre eux n’ont même pas la volonté de suivre les simples consignes d’éviter de se déplacer? (N’est-ce pas, Justin Trudeau? C’était bien cette sortie au chalet pour Pâque?)

Oui les crises sont une opportunité pour chacun de nous de réaliser nos faiblesses, soient-elles budgétaires. Soit-elles morales (comme de disputer pour s’arracher le papier de toilette à l’épicerie) ou autre, mais si on ne change rien nous deviendrons comme dicton qui dit qu’il faut être fou pour croire que l’on va toujours faire la même recette et espérer obtenir un repas différent.

Autrement dit, ce serait comme un premier ministre qui après avoir demandé à des infirmièr(e)s retraitées de venir à son secours, n’en réengagerait pas une fois la crise passée et ces retraité(e)s parti(e)s.

Celui qui n’apprend pas de ses erreurs est destiné à les répéter.

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