La mort par confinement?

Tout le monde le sait, nous sommes en crise économique. Alors que le Premier ministre Trudeau distribue des millions avec le même zèle qu’il le ferait en campagne électorale, les gens eux s’assurent surtout de pouvoir garder la tête hors de l’eau, et c’est normal.

Par : Stéphane Gagné

Quelqu’un dernièrement me disait que tant que les gens n’ont pas à s’inquiéter pour la nourriture tout est beau. Ah bon? Les gens n’ont pas à s’inquiéter pour la nourriture? Si tout pouvait être aussi simple! Désolé, mais les choses sont bien plus compliquées que ça.

La réalité

Nous vivons au sein d’un système où tout est relié et réglé comme dans une horloge. Les épiceries dépendent des distributeurs. Les distributeurs dépendent des producteurs, et ainsi de suite. Prenons les producteurs, justement : en cette période de confinement et de frontières fermées aux déplacements des citoyens, plusieurs agriculteurs dépendent de la main-d’œuvre étrangère.

C’est dernièrement encore que notre gouvernement a dû prendre des mesures spéciales pour permettre l’arrivée de travailleurs mexicains dont le Québec DÉPEND pour la survie de ses agriculteurs. (Encore une fois; tout est relié).
Les érablières du Québec (pour ne nommer que celles-là) n’ont pu tirer profit du printemps pour organiser les repas dont leur industrie fragilisée a tellement besoin pour survivre.

Être « dans les patates »

Avec nos restaurants fermés, plusieurs fournisseurs en alimentation enregistrent des baisses de productions et des pertes désastreuses, qui menacent la survie de leurs entreprises. Près de chez moi, l’entreprise qui fournit une partie des commerces de l’Estrie en pommes de terre met des vendeurs sur le bord de la route devant l’usine pour tenter de vendre des poches de 50 livres aux automobilistes qui passent.

Et c’est pareil partout : en Idaho on rapportait que les agriculteurs devaient se débarrasser de centaines de millions de pommes de terre invendues, car ils n’ont pas la capacité de conserver de telles quantités. (Près de 20 000 kilos ont été distribués à des fins charitables.) Pourquoi? La fermeture de l’industrie hôtelière!

Industrie hôtelière en péril

Selon le site « Restaurant Canada », une enquête/sondage suggère que si les conditions ne s’améliorent pas d’ici deux mois un restaurant indépendant sur deux ne croit pas pouvoir survivre, et la plupart des entreprises à établissements multiples devront fermer au moins un de leurs établissements.

La page mentionne aussi que « L’industrie a désormais perdu 800 000 emplois et l’on prévoit que les pertes d’exploitation se chiffreront à près de 20 milliards de dollars pour le deuxième trimestre de 2020 en raison de l’impact de la COVID-19 ». Pas étonnant que nos agriculteurs et éleveurs soient en détresse financière!

Les éleveurs partout

Juste au Québec, le journal « La Presse » annonçait il y a 10 jours qu’après les millions de litres de lait jetés, les abattoirs fermés et les porcheries qui débordent, ce sont plus de 200 000 poussins qui ont dû être euthanasiés dans les couvoirs du Québec, tandis qu’environ 2 millions d’œufs en incubation ont été détruits. La directrice générale des Couvoiriers du Québec, Julie Boudreau, attribue ceci à la fermeture des restaurants et dit que sans ce geste ce sont des bêtes adultes qui auraient été euthanasiées. (Du côté américain, ce sont des millions de poulets adultes qui sont euthanasiés!)

 En Pennsylvanie, au Delaware, dans le Maryland, un peu partout on doit « réduire » la population aviaire car on n’arrive plus à la vendre ni à la contenir.

Et la contagion en elle-même?

Il n’y a pas que la fermeture des restaurants qui fait des ravages. Le manque de personnel, victime de contagion, entraine des pertes économiques dans l’industrie aussi!

Nous avons tous entendu parler, encore récemment, des périodes problématiques des usines de Cargill (un décès d’une dame dans la soixantaine y serait même relié selon cet article). Fermer pendant des semaines une usine où l’on traitait 4500 têtes de bétail par jour! Vous réalisez ce que ça représente? Les éleveurs demeurent alors pris avec ces milliers de bêtes à faire vivre alors que leur roulement d’élevage est tout bouleversé! Ils perdent un montant fou! (Olymel, pour sa part, faisait déjà face à 149 cas de Covid dans ses installations au début du mois d’avril).

Et au niveau mondial alors?

On doit comprendre que si ça va aussi mal dans les pays plus riches, il y aura forcément des répercussions sur les pays plus pauvres. Le confinement planétaire empêche l’exportation de plusieurs produits alimentaires bruts. Le directeur de la PAM (Programme alimentaire mondial) David Beasly mentionnait qu’avant la pandémie les 10 pays les plus pauvres étaient : Haïti, Le Yémen, le Congo, l’Afghanistan, le Venezuela, l’Éthiopie, la Syrie, le Nigeria, le Soudan, et le Soudan du Sud.

Désormais avec la pandémie il estime aussi que si le présent scénario tourne au pire, ce sont TROIS DOUZAINES de pays qui seront en famine! Donc ce n’est pas que le Canada ou même l’Amérique du Nord qui va mal. Ce n’est même pas uniquement l’ensemble des pays industrialisés; c’est l’ensemble de l’humanité! Comprenons-le bien! L’économie d’aujourd’hui, tout comme le confinement, est un truc planétaire où tout est relié.

« Confiner » jusqu’à la mort?

Ça m’amène à mon dernier point, mais qui, je le crois, demande une profonde considération : Beasly confirme que la famine entrainée par la présente crise économique pourrait potentiellement tuer plus de gens que le virus lui-même. 

Pourrait entraîner des famines

Oui le confinement actuel sauve des vies, mais si on le prolonge trop longtemps, la situation à plus long terme pourrait entraîner des famines et donc des victimes en nombre possiblement PLUS GRAND ENCORE! Le confinement pourrait avoir le potentiel de coûter davantage de vies humaines qu’il n’en sauve. Le jeu en vaut-il la chandelle? Il va bientôt être temps d’y réfléchir sérieusement.

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