Arrêter un train pour des évadés

Ma soirée commençait mal, le gros Robert mon capitaine que je n’appelais pas affectueusement du tout « le gros graisseux », venait de demander à mon lieutenant de relève d’insister pour que je porte la cravate.

Par : Claude Aubin 

Des gens ordinaires

J’avais toujours refusé de le faire, car sur la route tu rencontres des gars qui n’ont pas envie de te suivre et quand tu parles à des gens ordinaires, un habit cravate fait monde à part pour eux. Gerry mon pauvre lieutenant était venu tout piteux m’annoncer qu’il devait m’aviser sévèrement et moi je venais de l’envoyer promener un peu trop durement.

Quêter des cafés

J’avais un gars dans mes cellules pour violence conjugale et il ne semblait pas tout à fait prêt à me parler. J’allais donc faire un tour pour me changer les idées. Je passais régulièrement au Resto de beignes de la rue Sherbrooke et Grand Boulevard, les filles me connaissaient et j’y étais tranquille pour une bonne heure, sauf quand ma gang d’itinérants venait s’asseoir pour me quêter des cafés. Alors, la gérante me regardait d’un air entendu et elle se mettait en frais de servir quatre ou cinq cafés à mes enfants adoptifs. Ce n’est pas ce qui allait m’appauvrir.

Mon Paget

Il n’y avait pas cinq minutes que j’étais installé, que mon Paget se mit à vibrer. Le poste me cherchait déjà. À cette époque, je gardais un Paget que je louais de mes propres deniers. Mes patrons étaient trop radins pour payer ne serait-ce que la moitié de la location, même si trois appels sur quatre étaient pour le travail. J’empruntai donc le téléphone du resto pour m’enquérir de la situation auprès de Gerry.

— C’est juste que Marty est au bureau, il a besoin de toi.
– Dis-lui que j’arrive.

Comme mon frère

Marty était comme mon frère et quand j’avais besoin de ses services, il accourait sans regarder les heures, alors je faisais pareil. Je laissai donc le café, les filles et mes itinérants pour retourner à mon poste de la rue Mariette.

– Hey Marty… Tu veux quoi ce soir, ne fille disparue ? Un autre jules à ramasser ?
-Well not far from that.

Marty m’expliqua rapidement qu’il devait ramasser deux jeunes évadés qui avaient fait quelques vols et qui semble-t-il, revenaient de Toronto ou ils étaient recherchés.

– Ils sont dans le train direction Montréal et si on les manque, ils vont encore disparaître pour un bout de temps.
– Ok Marty, on y va quand ?
– Maintenant Claude, le train arrive en gare là, maintenant.

On a quand même un petit quinze minutes pour atteindre la gare et même avec ma conduite, pas sûre d’y arriver à temps.

– Aller on y va.

Le pauvre

C’est à ce moment que Gerry vient pour arranger les choses entre nous. Le pauvre sait bien que personne ne veut travailler comme enquêteur sur sa relève, Gerry est un peu idiot sur les bords et même je dirais stupidement borné, mais je le connais depuis des années ça me ferait de la peine de le voir s’enliser avec un autre enquêteur. Alors je reste.

– Claude…
– Pas le temps Gerry, on s’en va arrêter un train.

Le pauvre devient livide, faut expliquer qu’il me prend pour un détraqué, faut dire que pour l’endurer il faut l’être un peu.

– Tu ne fais rien de dangereux hein ?
– Non-Papa, promis !

Nous voici en route dans notre super car de police, un joli reliant K tout brun et qui peine à se rendre à 140 kilomètres heure. Mais avec moi il y est toujours à cette vitesse.

Je réussis finalement à faire le trajet en moins de dix minutes. Marty habitué à ma conduite ne bronche même plus quand j’effleure les miroirs des traînards.

– Shit… Le train est là.

Je fonce sur la gare

Effectivement il est là et il siffle, donc il devrait partir dans la minute. Tant pis. Je fonce sur la gare et lance la voiture directement sur les rails, ce à quelques mètres seulement de la locomotive. Les deux ingénieurs du train me font des signes d’impuissance et d’incompréhension.

– Ne vous en faites pas, on en a que pour deux minutes.

Deux voyous

Pas le temps de discuter, nous voilà à courir dans les wagons et quelques minutes plus tard, nous ressortons avec nos deux voyous qui ne comprennent pas encore ce qui leur arrive. Nous retournons à la voiture, les deux ingénieurs sont encore médusés et j’imagine qu’ils vont en parler longtemps.

– Ça va les gars, je vous l’avais dit, on ne sera pas là longtemps.

À mon retour au poste, Gerry regarde les deux jeunes qui ont gardé cet air idiot de gars qui ne comprend plus rien.

– Tu n’as pas eu de problèmes ?
– Non mon Gerry.

À ce moment dans un élan d’incrédulité, un des garçons lance à mon lieutenant.

– Il a mis le char sur la track !.
– Ben non, Gerry, ils ont rêvé !

Cerner l’animal

Gerry n’ose même plus poser de question et tourne les talons sans dire un mot de plus. Marty qui ne me connaissait que depuis peu commençait lentement à cerner l’animal. Nous aurons des tonnes de souvenirs à partager.

Pour vos actualités c’est : DixQuatre.com

Faites pas les timides donnez votre avis !
Chargement ...
DixQuatre
DixQuatre.com est un média en Abitibi-Témiscamingue couvrant l’actualité locale et régionale. Nous avons une équipe de collaborateurs et collaboratrices réputés qui offrent, chaque jour, une couverture des faits divers, des événements et des enjeux qui vous concernent.

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience d'utilisation. Nous vous invitons à en lire davantage sur notre politique de confidentialité. Accepter En savoir plus